Di sak na pou di

9 prouesses du vivant pour libérer l’imaginaire

Frédéric Paulus / 27 novembre 2017

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Ce courrier annonce l’énumération - dans un second temps l’exposé - de 9 prouesses du vivant qui devraient révolutionner notre approche de la santé et de l’éducation en libérant l’imaginaire. Ces 9 prouesses frappent à la porte de notre conscience. Lorsqu’elles seront reçues et intégrées, elles devraient susciter des réactions du type : « Mais c’est bien sûr ! », « Je suis d’accord », etc. Nous ne maitriserons pas l’étape suivante. Sans être exhaustives, ces 9 prouesses sont :

1) La mobilité. Nous sommes obligés de nous déplacer pour nous alimenter.

2) La mémoire. Une cellule agressée par une décharge électrique s’éloigne instantanément de la source de l’agression. Un organisme plus complexe doté d’un cerveau gardera la mémoire de l’agression, surtout si cette dernière se reproduit. Ne pouvant ni fuir, ni lutter, il s’inhibera et la cohérence de sa structure en portera la trace.

3) La conscience. Lorsque nous réalisons une action et la reproduisons, nous pouvons ressentir la différence entre les deux actions. Dès lors un début de conscience émerge dans notre esprit qui en conserve la mémoire. Nous découvrons que nous préférons le plaisir à la douleur.

4) L’émergence. Tout ce qui vit en nous cherche à faire perdurer cette énergie et se faisant, crée continuellement de la nouveauté dans une enveloppe définie selon un code génétique où demeure cependant une certaine souplesse ou plasticité adaptative, au point de modifier plus ou moins durablement ce code initial.

5) La vue. L’émergence des cinq sens - particulièrement la vue pour nous humains, pour accentuer l’efficacité de notre exposé - devra être valorisée. C’est aussi le sens qui mobilise de nombreuses aires cérébrales dont les nerfs optiques (qui se croisent curieusement) reliant les yeux à l’aire occipitale dévolue. Nous savons depuis peu que de nombreuses aires cérébrales sont mises à contribution pour capter les images, les analyser et en produire, par exemple lors des productions auto-imagées du cerveau que nous appelons « rêves ».

6) L’empathie. Nous savons depuis une dizaine d’années que des neurones dits « miroirs » sont activés dans notre propre cerveau lorsque nous assistons à une action exécutée par une autre personne comme si nous réalisions cette même action. Ce faisant, ces neurones nous renseignent émotionnellement par effet de miroir sur les intentions et la charge affective et émotionnelle soutenue par l’action perçue chez l’autre personne, ce qui nous rassure ou a contrario peut nous inciter à la prudence. Ces capacités semblent être communes à tous les mammifères, dont nous sommes.

7) Le langage parlé et articulé. Parmi ces émergences la prouesse du langage nous aura permis de nous émanciper des cris, gestes, mimiques notamment (qui n’auront pas disparus) pour nous rendre plus efficaces. En même temps, nous découvrons la dissimulation, le mensonge et la manipulation langagière.

8) La coopération, c’est-à-dire le fait de pouvoir s’associer à quelqu’un pour réaliser une tâche plus facilement qu’en étant seul. Cette prouesse aura été concurrencée par la compétition et cela, semble-t-il, lorsque nous nous sommes sédentarisés aux débuts de l’agriculture. Auparavant nous vivions de chasse, de pêche et de cueillette, la coopération était une question de survie. La propriété privée de terres agricoles au détriment de ceux qui n’en auront pas aura accentué ce changement culturel, engendrant la concurrence, la compétition, ensuite l’exploitation de ceux qui travailleront la terre pour autrui. Dès lors deux catégories émergeront, les propriétaires exploitants et les exploités - de l’esclavagisme au servage et jusqu’aux travailleurs journaliers à une époque récente. La plasticité cérébrale et comportementale est telle que ce changement culturel se sera stabilisé, laissant faussement croire que l’exploitation de l’homme par l’homme et la concurrence sont inscrites dans la nature humaine. L’idée que « l’homme serait un loup pour l’homme » serait également non fondée.

9) L’imaginaire libéré. Ce savoir fiable rassemblé et diffusé dépassera le cadre de la diffusion de l’information, constituant peu à peu une société de la connaissance et de la connaissance de soi. Mieux se connaître permettrait de s’affranchir de jugements, préjugés et croyances encombrant notre prodigieuse intelligence cérébrale. Cette dernière se manifeste, contrainte et par notre conscience et par la société qui divise idéologiquement plus qu’elle ne rassemble.

Ces 9 prouesses sous-tendent notre définition de la santé et de l’éducation pour un imaginaire libéré. La proposition de définition soumise à débats est : « désir de vivre, plaisir d’agir, rapport actif avec l’environnement, créativité ». Nous développerons ces 9 points aux bons soins des journaux quotidiens afin que des confrontations puissent naître et des amendements salutaires advenir vu l’enjeu du propos. De nos jours, le savoir qui se voudrait objectif et fiable sur la santé et l’éducation est tel que bon nombre de nos concitoyens se tournent vers les médecines douces et alternatives. Certains même fondent quelques espoirs en s’immergeant dans des cultures ayurvédiques ou tibétaines qui ambitionnent une approche holistique de la santé ou de l’éducation. On constate par ailleurs que des pratiquants orientaux de ces médecines « alternatives » viennent en Occident s’instruire des découvertes dans les sciences du vivant pourtant marquées par leur approche analytique et inévitablement réductionniste. Celles-ci, en effet, séparent et décomposent la complexité du vivant dans l’espoir de rassembler ultérieurement ce savoir. Ceux qui se chargent de réunir ce savoir sont trop souvent attaqués par ceux qui reconnaissent leur approche réductrice sans pour autant prendre le risque de s’ouvrir aux sciences limitrophes de leur spécialité. Rares sont les chercheurs qui tentent de rassembler ce savoir actuellement épars. Découverte en France grâce au philosophe Patrick Tort, nous suivrons (dans un prochain courrier) la démarche d’un grand savant espagnol biochimiste de formation, Faustino Cordon (1909–1999), qui aura tenté ce rapprochement. Nous sommes riches depuis peu de l’ouvrage d’un de ses élèves, Chomin Cunchillos, « Les voies de l’émergence », 2014, traduit en français, qui tente une synthèse que nous souhaitons populariser.

Frédéric Paulus – Cévoi