À l’agitateur du littoral

26 octobre 2006

Je suis attristé par la mort du petit Yann, attristé par une vie injustement et précocement arrêtée. Je comprends et je m’associe à la douleur de la famille et des parents de même qu’à l’inquiétude des usagers de la route du littoral que je partage fatalement. Néanmoins, il m’est insupportable d’assister à chaque drame, aux mêmes gesticulations opportunistes dont l’authenticité et la sincérité n’ont d’égale que la médiocrité. Comment peut-on en effet exploiter de façon aussi éhontée la détresse humaine ? Comment peut-on sous couvert de défense de la veuve et de l’orphelin déverser aussi grossièrement son venin ?
Les mentors politiques de notre agitateur du littoral l’ont à l’évidence si bien conditionné, formaté, réglé et programmé qu’il ne lui est manifestement plus possible de réfléchir, d’arrêter âneries et contrevérités, de cesser si souvent de se contredire.
Pour sortir de cette dramatique situation née d’un choix politique et économique aberrant qui a consisté d’abord à sacrifier le chemin de fer et ensuite à construire cette route de la mort, il conviendra que les Réunionnais soient davantage intelligents, solidaires et constructifs que Monsieur Lambert.
Cette solidarité devra se vérifier également avec nos hommes politiques quels qu’ils soient et de quelques bords qu’ils soient.
Cette solidarité devra être aussi éclairée par le fait que l’évolution de notre île passe aussi par la construction urgente d’autres itinéraires routiers, par un retour salutaire à un transport sur rail qui devient indispensable, par des infrastructures de loisirs, de culture, de développement économique. On ne joue pas le parc du colosse contre la déviation de grand bois, la maison Valliamé contre la route des Tamarins, la maison des civilisations contre le basculement des eaux. Ne tombons pas dans l’attitude simpliste et dangereuse trop souvent utilisée ici qui consiste à tout mélanger, amalgamer dans le but inavoué de manipuler et de dresser les réunionnais les uns contre les autres. Ne donnons pas raison à celui qui rêve de nous rejouer son “coup pas ou”, de tromper une nouvelle fois les réunionnais comme il sait si bien le faire depuis plus de trente ans.
Respectons les victimes de la route, souhaitons qu’il y en ait le moins possible, arrêtons de ressasser sans les oublier les choix criminels d’avant-hier comme les promesses hasardeuses d’hier. À chacun de se faire en son âme et conscience son opinion.
Travaillons véritablement sans perdre de temps et dans la sérénité avec les acteurs locaux et les responsables nationaux actuels qui peuvent tous changer demain selon le jeu démocratique, à l’avancée de ce dossier majeur qui prendra on le sait tous encore du temps.
Si je devais être on ne sait jamais la prochaine victime de la route du littoral, je vous en conjure monsieur Lambert, restez chez vous et laissez mes proches à leur chagrin.

Daniel Cadet


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Témoignages - 82e année


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