À propos de foulard islamique :
la laïcité implique tolérance et neutralité

22 novembre 2003

La presse nous apprend qu’au Koweit, ces jours derniers, 200 jeunes filles ont été exclues de leur lycée parce qu’elles refusaient de se couvrir la tête d’un foulard. En France, on le sait, c’est l’inverse : ce sont les porteuses de foulard qui se font exclure des établissements publics d’enseignement.
Cela est scandaleux, dans un cas comme dans l’autre. Je ne m’indigne pas cependant de ce qui se passe au Koweit. Pourquoi ? Parce que le Koweit n’a jamais prétendu être le pays des droits de l’Homme et du citoyen. Au Koweit, l’islam est religion d’État, comme le judaïsme en Israël et le catholicisme en Italie. Il n’y a pas eu, dans ces pays, une loi de 1905 séparant l’Église et l’État.
Je m’indigne au contraire de ce qui se passe en France. La France est le premier pays à avoir, il y a plus de deux siècles déjà, adopté une Déclaration universelle des droits de l’Homme et du citoyen, dans laquelle on peut lire : « La loi n’a le droit d’interdire que les actions nuisibles à la société » (art. 5) ; et encore : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi » (art. 10).
Le port du foulard islamique est-il « une action nuisible à la société »… ? Nul n’oserait le prétendre.
Est-il de nature à troubler l’ordre public ? Il serait ridicule de l’affirmer. Ce que l’on peut craindre, au contraire, c’est que l’interdiction du foulard et l’exclusion des récalcitrantes ne finissent par engendrer de sérieux mouvements de protestation.
La France n’est pas seulement le pays des droits de l’Homme. Elle est aussi le premier et peut-être encore le seul à avoir inscrit dans sa Constitution le principe de laïcité. Or la laïcité implique, non pas l’hospitalité, mais la tolérance et la neutralité par rapport aux croyances, comme aussi par rapport à l’incroyance.
Interdire, exclure pour fait de croyance ou d’incroyance c’est fouler aux pieds les principes de tolérance et de neutralité qui fondent notre République. Le comble étant atteint lorsque l’interdiction et l’exclusion ont prononcées sous couleur de ...laïcité !
On observera, pour la plus grande honte de nos champions de la laïcité, que les jeunes filles exclues des établissements publics pour cause de foulard sont accueillies à bras ouverts - avec leurs foulards - dans les établissements privés de confession catholique. Quelle leçon ?


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