Adieu Marie

9 août 2003

La voix brisée par l’émotion et les sanglots, Jean-Louis Trintignant a lu un message qu’il a reçu après la mort de sa fille Marie : « Ne pleure pas celle que tu as perdue. Au contraire, réjouis-toi de l’avoir connue ».
Je suis père. Comme beaucoup de pères de famille, je ressens que la perte d’un enfant est douloureuse. Au théâtre Édouard VII, Jean-Louis et Marie ont joué remarquablement "Apollinaire". Cette complicité dans l’action théâtrale les a davantage rapprochés.
Comédienne, actrice et mère de famille, Marie a été, pour son jeune âge, le berceau de la création de quatre fils. Elle n’a jamais joué à la star. Le 15 mai 2003, dans l’émission télévisée "Recto-Verso Première", Paul Amar retraçait admirablement son récit de vie. À la fin de l’émission, il faisait lire à l’aîné de Marie Trintignant une poésie d’Apollinaire. En écoutant cette poésie, lu par son fils, Marie n’a pas pu s’empêcher de laisser couler des larmes de joie. Se retournant vers Paul Amar, elle lui dit :
« Qu’il est beau, qu’il lit bien... ».
Paul Amar lui répliqua :
« Au mois de juillet, il sera à votre côté dans le film "Colette" ».
Marie répondit :
« Oui. Ce sera une joie ».
Cette joie, Marie l’a partagée pleinement dans le tournage du film "Colette". À la fin de ce tournage, le chanteur Bertrand Cantat, le compagnon de Marie, sur un désaccord familial, la violente, au point de la tuer. Cette mort nous rappelle la lâcheté des hommes face à la femme qu’ils ont choisie pour être la mère de leurs enfants et la compagne de leur vie. Frapper une femme est un signe de lâcheté, un manque de maturité d’esprit, l’exercice gratuit de la violence machiste. C’est le manque d’argument intellectuel face au questionnement de la femme. Malheureusement, à La Réunion comme à travers le monde, constamment la femme est victime de cette violence qui entraîne, comme ce fut le cas de Marie, la mort. Aucun alibi, aucune excuse n’est recevable devant la lâcheté de l’homme.
Comme Lambert Wilson, je citerai ce poème de Ronsard tiré des "Amours" :
« Reçois mes larmes et mes pleurs afin que vif et mort, ton corps ne soit que rose ».


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Témoignages - 82e année


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