Affaire Bacar : comment sauver un chef d’Etat déchu ?

2 avril 2008

Mohamed Bacar a été relaxé pour vice de procédure et a demandé l’asile politique à la France. Mais est-ce vraiment une erreur de procédure ou une manœuvre politique pour l’extraire à la justice de son pays d’accueil et à fortiori d’origine ?


Le président déchu de l’île comorienne d’Anjouan, Mohamed Bacar, poursuivi pour "séjour sans titre, importation, port et transport d’armes prohibées", a été relaxé, samedi 29 mars, par le tribunal de Saint-Denis de La Réunion pour vice de procédure, au motif que sa garde à vue a été prolongé de plus de 24 heures sans procédure préalablement établie, constituant ainsi une "atteinte aux droits de la défense", d’après son avocate.

Ce dernier rebondissement peut à priori paraître une farce judiciaire mettant en avant l’incompétence de la justice locale (pour ne pas dire bananière), pressée de partir en week-end et faire bronzette à la plage ou randonnette à la montagne, au point de bâcler un tel dossier. Pas si sûr...
 
Vous voulez savoir comment sauver du lynchage populaire un ancien allié, chef d’un Etat Africain continental ou de l’Océan Indien ? 

Voici la recette en 5 étapes :


1) Vous facilitez sa fuite de son pays où il est menacé et son arrivée sur le vôtre en demandant aux gendarmes d’éclairer, la nuit, les plages de son débarquement (témoignages lus sur le monde.fr des habitants locaux qui ont assisté à la scène)


2) Vous l’arrêtez ensuite à son point de chute pour entrée illégale sur votre territoire et vous l’exfiltrez dans une de vos îles voisines pour l’extraire à la colère de la population locale, pas vraiment enchantée de sa présence.


3) Vous le mettez en garde à vue dans l’attente de son procès, en prenant soin de prolonger de façon illicite son emprisonnement de plus de 24 heures, rendant ainsi caduque la procédure judiciaire entamée.


4) Vous l’assignez à résidence et l’hébergez aux frais de la princesse dans l’attente d’une réponse à sa demande d’asile politique.


5) Vous acceptez sa demande de droit d’asile, parce que, au nom du pays patrie des Droits de l’Homme, "humainement et politiquement", vous ne pouvez pas la refuser, puisqu’il est menacé de mort si vous le renvoyez dans son pays d’origine.


6) Comme sa présence sur votre petite île de 730.000 habitants, proche de son lieu d’exil, risque de créer une "menace grave à l’ordre public" incompatible avec l’obtention de son droit d’asile, vous prenez soin de lui accorder le droit de finir ses jours dans l’une des somptueuses marinas de la côte d’azur qu’il aura achetée avec tout l’argent volé à son peuple pendant son règne, comme tous ses prédécesseurs avant lui.

 Et voilà, le tour est joué : vous avez débarrassé un pays d’un chef d’Etat encombrant, sauvé un homme d’une mort certaine et plus important encore, conservé votre image d’un Etat allié sur qui on peut compter en toutes circonstances...
 
A moins que, comme l’avait laissé sous-entendre le nouveau Président de la République, la politique africaine française ne change. On aura, avec cette affaire, l’occasion de le vérifier...



Jean-Hugues Mausy, Paris. 
"C’est mon opinion et je la partage".


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