Di sak na pou di

Ah ! qu’il est jeune ! Oh qu’il est beau !

Brigitte Croisier / 27 mars 2017

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Pouvoir l’approcher, recevoir une bise, faire un selfie avec lui à poster évidemment sur Facebook ! Le pied quoi !

Mais de quoi parle-t-on ? De groupies en transe devant un chanteur ? D’un concours de Mister ? Ben non, juste d’une élection présidentielle, autrement dit du choix censé être raisonné d’une personnalité qui aura à diriger les affaires d’un pays.

La venue ici d’Emmanuel Macron a donné lieu à un spectacle étrange. Certes, on commence à avoir l’habitude de ces politiques sortant de l’avion comme s’ils descendaient du ciel, la bouche pleine de paroles sucrées. Cette fois-ci s’y ajoutait une sorte de délire sentimental pour un candidat « jeune et beau ». Le désir de changement n’a-t-il pas trouvé d’autres critères ?

Bien sûr, la séduction ouvre les possibilités de communication et déploie le champ des relations. Bien sûr, l’élection en tant que choix implique un attrait assez fort pour que l’on “donne” sa voix. Le terme même d’élu-e est lourd de ce double sens : élu-e de mon cœur ou élu-e de ma conscience politique ?

Mais à mettre l’accent sur des critères esthétiques, on risque de perdre de vue l’essentiel. A mettre en scène ce déferlement émotionnel on réduit la politique à un spectacle. En fin de compte, c’est la traduction moderne, médiatique, de la vieille pratique déjà utilisée par les empereurs romains « du pain et des jeux ! » pour divertir le peuple. A croire que… ça marche !

Brigitte Croisier