Algérie : La France doit-elle s’excuser ?

2 janvier 2008

Si la France est l’enfant que nous chérissons le plus au monde, alors, comme à un enfant, nous serions tentés de lui dire : « Faute avouée est à moitié pardonnée ». Mais la repentance c’est un peu comme la retraite par répartition : c’est finalement un peu facile de demander aux jeunes générations de payer pour les anciennes.
La notion de nation englobe tout. C’est donc une réflexion globale, presque philosophique, qui doit être faite par tous. Le passé est la pierre sur laquelle nous construisons notre avenir. Si les souffrances et les échecs apprennent plus que les succès, encore faut-il reconnaître ces ratés de l’histoire et en tirer les leçons qui s’imposent. L’histoire des Hommes, des nations, est un tissu mêlé d’actes ignobles et sublimes. J’ai autant de haine pour les criminels de guerre que j’ai d’amour pour les héros de la paix. Oui, c’est ainsi, l’histoire est multiple. Mais pour faire toute la lumière sur le monde, il ne faut pas avoir peur d’éclairer les zones d’ombre. Comme toutes les guerres, la guerre d’Algérie fut une tragédie. L’histoire explique tout, mais n’excuse rien. Pendant de nombreuses années, le pays des Droits de l’Homme a exporté l’inégalité. Cela n’est pas excusable.
Les jeunes générations ne sont ni responsables ni coupables. Mais elles s’enrichiraient en recherchant les vérités de l’histoire.

François Maugis (20 ans en 1962)
Association Energie Environnement (
http://assee.free.fr)


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Messages

  • l’excuse est un acte civilisationnel et il est du devoir de la france de demander des excuses à toutes ces colonies pas seulement à l’algérie car il y va la mémoire de ces enfants et des générations futures, étant donné que c’est une des puissances mondiales. nous savons que tant qu’il y’aura des nostalgiques des 2 côtés, entre l’algérie et la france, c’est une vieille histoire d’amour pleine de chagrins et d’amertumes. les relations n’irons pas dans le bon sens à 100 P 100, je suppose que tôt ou Tard, les nouvelles générations des 2 côtés rectifieront ce qu’on faits leurs aieux. il signeront même un traité d’amitié, que l’actuel gouvernement français ne veut pas le faire.

    • j’ai fait la guerre d’algerie et je sais pour l’avoir vecu ce qui s’est reellement passé durant les sept annees de conflit. Mai on ne cache pas le soleil avec un tamis comme dit un proverbe oriental.
      Il serait souhaitable que ceux qui ont ete envoyé en algerie souvent contre leur gré pour combattre un peuple reclamant son independance fasse oeuvre de temoignages avant de disparaitre pour lever toutes les equivoques entretenues par certains milieux pour se donner bonne conscience au pays des "droits de l’homme".
      Les algeriens ne demandent pas des excuses mais seulement la reconnaissance des faits dans toute leur horreur comme la torture les corvees de bois les executions sommaires les bombardements au napalm et j’en passe.
      la france a toujours torturé en algerie et les exactions ou les executions de masse n’en deplaise a certains ont commence des juillet 1830 pour vider le pays de sa population (voir les temoignages de l’epoque des generaux francais) afin de faire place a la population europeenne qui n’etait pas forcement de souche francaise mais espagnole italienne ou maltaise entre autres.
      quant aux peuples des deux pays rien ne les oppose, bien au contraire et les relations amicales entre les deux rives de la mediterranee, nombreuses, sont la pour en temoigner.
      je suis fondamentalement d’accord avec vous en ce qui concerne l’avenir.

      KARIM

    • bravo pour votre point de vue, La france a dit pardon aux juifs pour les crimes commis par l’armée allemande en 1945, alors que le France n’était pas resppnsable des crimes et des tortures.
      L’allemagne a dit Pardon à la France pour les crimes de 1945, C’est super et courageux.
      La France a colonisé l’Algérie durant 132 ans, elle a pillé ce pays, on ne peut compter les milliards volés. I y a eu des tortures reconnues et des crimes impunis. En 1945, 45 000 algériens ont été assassinés par l’armée françaises sur ordre du Général De Gaulle, poutant beaucoup d’algériens ont participé à nos guerres comme chair à canon et sont morts pour notre liberté d’aujord’hui.
      Après tout ça la France refuse de dire pardon au peuple algérien et prèfère la fuite en avant : pourquoi faire deux poids deux mesures.
      A titre d’exemple voici une lettre envoyé par un ancien para au président de la république mais qui fait tout pour camoufler ces avis et fait semblant de voir ailleurs ou nous exposer sa vie privé qui nous intéresse pas.

      Lettre ouverte au président Sarkozy
      Raymond Cloarec (ex-parachutiste, « criminel de guerre ») : crimes et remord
      « MA GUERRE D’ALGERIE », « CE DONT JE ME SOUVIENS » L’objet de mes traumatismes à vie… !

      Mes 57 mois effectifs sur le terrain opérationnel :
      Mon peloton « Fana »
      Mes deux batailles d’Alger
      Mes 3 mois d’hôpital – hôpital militaire Ducros de Blida (en service commandé), dû à un épuisement total physique et moral, consécutif aux opérations de jour comme de nuit dans la neige, le froid de l’Atlas blidéen.
      Après le séjour à Chypre (opération pour le Canal de Suez) et le traumatisme de la 1re Bataille d’Alger jusqu’au 14 Avril 1957, dû aux exactions « dépassant l’entendement », quant à la brutalité de nos actes dus aux pleins pouvoirs civil et militaire, ont eu raison de ma résistance et de mes 20 ans.
      « Pour l’histoire » extrait
      Pourquoi Cloarec a souffert de cette guerre d’Algérie, il en a trop vu, il en a trop fait (75 morts sur sa conscience). Il a été abandonné à sa démobilisation par les instances militaires, du fait qu’il n’acceptait plus les exactions, ni la trahison. Aujourd’hui, il dévoile la réalité des faits. Il dérange.
      Je veux préciser, en ce qui me concerne, les résistants algériens tués de main fait sont ventilés comme suit :
      30 tués le 4 avril 1958 : Djebel Djedira au sud de Bir el-Ater, seul car j’ai voulu protéger mon groupe de 12, au péril de ma vie. J’ai été cité à l’Ordre de l’Armée, « une Palme » par le ministre des Armées.
      12 tués le 21 Novembre 1957 : D’anciens méharistes déserteurs, dans le grand Erg occidentale. Nous étions encerclés. Mon chef, René Sentenac, ils venaient de le tuer ainsi que le lieutenant Roher, chef de section. Nous n’avions pas le choix, c’était du tir au pigeon, dès qu’ils s’élançaient sur notre position pour nous donner l’assaut, nous n’avions pas le choix, c’était eux ou nous.
      J’ai été cité par le général d’armée Raoul Salan à l’Ordre du Corps d’armée.
      3 tués le 12 Février 1957 : Dans la casbah d’Alger, lors de la 1re Bataille d’Alger. A l’issue de cette Bataille, le 14 avril 1957, j’étais exténué de fatigue, mais surtout traumatisé par toutes nos exactions dépassant l’entendement.
      J’ai craqué. Je crachais le sang… ! Ce qui m’a valu 3 mois d’hôpital, en service commandé, du 14 avril 1957 au 22 juillet 1957, plus de 3 semaines de convalescence et le 15 août, j’étais de retour à la 2e Bataille d’Alger aussi terrible que la première, jusqu’au 4 septembre 1957.
      Je passerai sur d’autres opérations, telles que celle du 02.08.1956, lors d’un violent accrochage au sud-est de Kérane, dans les Menentchas. Avec mon groupe, nous avons tué 4 rebelles dans des conditions particulièrement difficiles qui m’ont profondément marqué… ! J’ai été cité à l’Ordre du Régiment.
      Et bien d’autres opérations puisque j’ai fait 6 ans d’année dont 57 mois effectifs opérationnel à 100% sur le terrain et dans une multitude d’opérations citées au jour le jour dans mes manuscrits déposés aux Archives nationales.
      La plus terrible reste gravée dans ma mémoire. Ce fut l’opération 838, du 13 mars au 18 mars 1956. J’étais aux avant-postes avec le peloton Fana… !
      Détails : 9h35, Peloton héliporté sur zone
      11h25 : Peloton héliporté par groupe de 8 gars vers les centres d’accrochages toujours en tête.
      Nous avions carte blanche, sous les ordres du Lieutenant Pissard. C’est là que nous avons fait le massacre d’un village : 37 tués et village incendié. C’était dans la journée du 17 mars 1956.
      Secteurs : Mondovi – Duvivier – Laverdure / Un village sur les sommets.
      Le but était de détruire les villages et les habitants civils qui servaient de pont de ravitaillement et de ralliement à des bandes rebelles.
      Ni Bigeard ni d’autres officiers ne font cas ni de nous ni du massacre, dans aucune page d’histoire. Moi, j’ai tout noté, même les détails des exécutions pour les achever… !
      Soit au total : 30 + 12 + 3 + 4 + 37 = 86
      A cela, il faut que je rajoute les exécutions sommaires individuelles citées dans mes manuscrits ou livre « Algérie, une guerre sans gloire »
      6 sur ordre soit 86 + 6 = 92
      A noter que dans les 86, je n’en compte que 75 de mon fait. La différence est le fait de mon groupe ou mon équipe. En responsabilité collective soit à Kérane, Menentchas, Timimoun, ou autres opérations, celle du 24 au 25 décembre 1960, de nuit, en embuscade où nous avons eu 3 morts dans nos rangs… ! (Lors qu’une erreur de commandement).

      Voilà pourquoi aujourd’hui je confirme que je ne me considère non pas comme un héros, mais plutôt comme « un criminel de guerre » et rien d’autre.
      J’ai obéi aux ordres de mes chefs, comme le veut la doctrine du Commandement. A leurs yeux, j’ai été considéré comme un soldat exemplaire, un Sous/Officier d’élite qui n’a jamais eu en 6 ans d’armée ni un jour de consigne, ni un jour de prison, ni un jour d’arrêt de rigueur… !
      J’ai quitté l’armée le 8 Février 1961 à cause d’une « trahison », car, après m’avoir fait faire tout ça pour rien, tous ces morts des deux côtés, pour rien, je me suis senti trahi. D’autres ont choisi l’OAS, pas moi, d’autres sont devenus, « nos anciens chefs », des généraux illustres dont un, le général Mauric Schmitt, chef d’Etat-Major des armées.
      Moi, pour tout ça, je n’ai jamais voulu demandé quoi que ce soit, j’ai toujours eu honte de demander quoi que ce soit surtout pas des décorations.
      « Je touche en tout et pour tout 4,75 € par an… ! Grâce à ma Médaille Militaire et ma Légion d’Honneur. »
      NOTA : Se taire est une lâcheté, se couvrir du devoir de réserve est une démission. Mais trop c’est trop… ! Le moment est venu car aujourd’hui je suis détruit
      C’est terrible de repenser à toutes ces tueries pour rien… !

      NOTA : Plus vous vieillissez, plus le harcèlement de ces souvenirs vous hante… ! Et vous détruit à petit feu…

      Nice, le 6 décembre 2007

      Monsieur le Président,
      Tout d’abord, avant toute chose, permettez-moi en ma qualité d’Ancien Combattant de vous féliciter pour votre premier pas envers l’Algérie au nom de la France. D’autant plus méritoire du fait que vous êtes la génération des 50 ans, ceux qui n’ont pas connu cette guerre. Vous pouvez parler sans haine, donc plus qualifié que nous pour enfin concilier, coopérer avec ce peuple qui attend depuis 45 ans autant que nous « la réconciliation de nos deux pays ». C’est un devoir pressant, car à trop tarder, c’est nos enfants qui nous le demanderont et ils risqueraient de le faire à notre place et de nous le reprocher.
      Mais avant toute chose, la réconciliation ne pourra jamais se faire harmonieusement entre ces deux peuples, « sans la repentance ». Mais, entendons-nous bien, la repentance ne peut pas être individuelle mais collective de part et d’autre. Le jour où nous admettrons ça, nous aurons tout compris.
      Monsieur le Président, tout en vous demandant de bien vouloir intervenir pour ma requête suivante, prenez mon cas :
      Enfant, j’ai connu et survécu à la guerre 39/45. Mes parents et frère dans les FFI, une parente déportée dans les camps de concentration : Dachau, Ravensbrück, décédée.
      Du côté de mon épouse, son père, pupille de la nation (son père est mort à Verdun), lui-même blessé de guerre 39/45 et pensionné à 100% suite à de graves blessures dont la dernière par le FLN, d’une rafale de mitraillette devant sa maison à Alger. Cet homme est le plus bon que j’ai connu dans ma vie, il n’aurait pas fait de mal à une mouche… ! Il est décédé.
      Il aimait l’Algérie et les Algériens malgré cet attentat dont ce n’était pas lui qui était visé ; il ne leur en a jamais voulu. Il comprenait qu’ils défendaient leurs causes : « l’Indépendance ».
      Pourquoi j’ai tué 92 Algériens dont 75 de mon fait, sur ordres.
      Voyez mes citations (ci-jointes) : à l’ordre de l’Armée à l’ordre du Corps d’Armée à l’ordre du Régiment et la Légion d’Honneur.

      « Médaille militaire à 20 ans pour services exceptionnels par le général de Gaule
      Je m’explique : aujourd’hui, 50 ans après, quand je repense à ces tueries, M. le Président, aujourd’hui, comme d’ailleurs depuis 50 ans, ces crimes me harcèlent, me donnent envie de vomir, de hurler mes remords d’avoir obéi aux ordres, d’avoir exécuté sommairement très souvent des hommes, jamais de femmes ni d’enfants. Heureusement, car je crois qu’aujourd’hui il y a longtemps que je me serais suicidé.
      Monsieur le Président, je préfère m’arrêter là, mais ne croyez-vous pas que mes révélations sont une forme de repentance personnelle ? J’ai voulu tout écrire « en 7 volumes » non pas pour les médias ou faire de l’argent, mais pour les Archives nationales – « Fond Cloarec » côte 1KT 1208 – Château de Vincennes. Cela a été pour moi une thérapie.
      Et pourtant, aujourd’hui, je me sens de plus en plus traumatisé par ces souvenirs d’honneur. Plus de vieillissement avance, plus de harcèlement s’accentue, plus fortement jour et nuit. J’ai demandé une expertise médicale à l’autorité médicale militaire, 10, rue Lafon à Marseille.
      Depuis un an, je passe d’expertise en expertise, le 28 janvier 2008, je vais repasser pour la 5e fois devant « un super expert » pour une super expertise. En un mot, on se fout de ma gueule… ! Ou alors, circulez il n’y a encore rien à voir !
      Monsieur le Président, depuis 50 ans, pour tout cela, je perçois en tout et pour tout, « 4,75 € », par an pour médaille militaire et légion d’Honneur et depuis 5 ans, « 460 € » par an pour retraite du combattant.
      Voici ma requête, M. le Président :
      Je vous demanderai de bien vouloir étudier mes termes, pour concilier les deux peuples, allant dans le sens de la repentance collective comme nous avons su le faire avec les Allemandes. Pourquoi ? Prenez mon exemple, les Algériens m’ont pardonné depuis mes révélations. Ils me l’ont prouvé. Aujourd’hui, par exemple, plusieurs anciens FLN notoires, aujourd’hui héros algériens, sont devenus amis : Louisette Ighilahriz. Autre exemple, des parents du côté de mon épouse dont sa mère sont enterrés au cimetière de Saint-Eugène à Alger, et bien c’est une femme, héroïne nationale, combattante, résistante sur le terrain, blessée grièvement, paralysée à vie, torturée par nos paras lors de la 2e Bataille d’Alger en 57, aujourd’hui, elle est devenue une amie et c’est elle qui, après avoir restauré la tombe de la mère de mon épouse, l’entretient et y dépose des fleurs régulièrement. Et de surcroît, elle nous a fait obtenir la concession à perpétuité… !
      Vous voyez, personnellement, en dévoilant mes actes, je n’ai pas voulu me racheter, trop tard, c’est fait, mais j’ai simplement voulu exorciser mes souffrances intérieures et morales, car je ne suis pas « une bête, mais un être humain » qui a le remord aujourd’hui d’avoir obéi aux ordres d’officiers, de tuer, torturer, exécuter des hommes qui, aujourd’hui, avec le recul du temps, je considère qu’ils auraient aujourd’hui autant de droit de vivre, que moi, d’autant plus que tous ces hommes sont morts pour rien. Des deux côtés d’ailleurs.

      Monsieur le Président, ne croyez-vous pas qu’après mes révélations, largement diffusées en Algérie ou en France, dès 2001 (voir aussi le Nouvel Observateur n°2131 du 8 au 14 septembre 2005), qu’ils étaient en droit de me faire exécuter aussitôt ? Et bien, au contraire, certains assurent une discrète mais efficace protection ou m’écrivent amicalement et je suis invité régulièrement par d’anciens FLN ou leurs fils à me rendre à Alger. Tout cela du fait que nous menons un combat commun, celui que de tels faits ne se reproduisent plus et afin d’inculquer à nos enfants : « PLUS JAMAIS çA ». Voilà très certainement aussi pourquoi ils m’ont pardonné.
      « Aujourd’hui, la politique doit remplacer les armes »

      2e requête
      Je vous demanderai s’il vous plaît, M. le Président, de bien vouloir intervenir auprès de votre ministre Alain Marleix, aux Anciens combattants, délégué, secrétaire d’Etat à la Défense, de bien vouloir suivre mon « dossier médical » pour demander de pension d’invalidité justifiée, dont il connaît très bien mon cas, mais dans ses services, ce n’est pas tout à fait ça en ce qui concerne mon propre cas qui me donne l’impression que mon dossier dérange… !
      3e requête
      En votre qualité de Chef des Armées, garant des Archives nationales déposées, je vous demanderai de bien vouloir intervenir auprès de l’amiral Louis de Contenson, Chef de service des Archives nationales à Vincennes, de bien vouloir veiller au respect de mon Fond privé côte 1KT 1208 (Fond Cloarec), de le laisser à la libre lecture aux chercheurs et écrivains dans son intégralité et dont le dernier dépôt, envoyé en recommandé sans et avec avis de réception comme le veut la coutume pour le Chef de service, « resté sans réponse de sa part comme le veut aussi la loi et le règlement ».
      A ce jour, aux dires de certains lecteurs accrédités, certains de mes dépôts auraient été retirés, jugés gênants par certains généraux, lieutenants à l’époque, dont le dernier révélant les dessous de l’histoire du Sergent-chef René Sentenac dont vous avez eu un exemplaire très certainement, « jugé gênant » n’y figure toujours pas aujourd’hui 6 décembre 2007.
      Dans l’attente, je vous prie de croire, monsieur le Président, en toute mon admiration pour votre efficacité et vos actions passées, présentes et à venir.
      En particulier, votre premier pas envers l’Algérie et la libération des otagers.

      « LE COURAGE ÉTANT LA VERTU MAJEURE DE TOUT MILITAIRE, LE COURAGE AUJOURD’HUI DOIT CONSISTER a DIRE CE QUE L’ON A VU ET CE QUE L’ON A FAIT MEME SI CELA EST PENIBLE ET PEU GLORIEUX. LE CACHER EST UN ACTE DE LACHETE. » Résolution du colonel Pierre Alban Thoamas

      Raymond Cloarec

      Ancien du 3e RPCV – RPIMA – 5 années 1/2 « Opérationnel »

      Ex-caporal – caporal chef-sergent – sergent-chef – adjudant.

      NDLR :
      Nous avons reproduit intégralement et sans aucune correction le courrier adressé au Président.

      REF/ La Nouvelle République 31/12/2007

    • comme mon oncle qui a ete decoré par deux fois a monte cassino pour bravoure sous le feu ennemi, de nombreux soldats de retour en algerie apres mai 45 ont appris l’execution de leurs proches lors des evenements de setif guelma et kherrata.
      De plus pendant la guerre d’algerie, ma tante infirmiere au maquis (la soeur du caporal de monte cassino) a ete assassinee de sang froid alors qu’elle etait sans armes par un harki en kabylie.

      a noter que des soldats du contingent ayant servi en algerie continuent de venir en pelerinage y compris dans les endroits les plus recules du pays.

      Merci à dominique d’avoir rappele le temoignage de cloarec

    • Algérie : Quand Tocqueville légitimait les boucheries
      mardi 1er janvier 2008.

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      La guerre d’Algérie a une longue histoire. Elle commence le 31 janvier 1830 lorsque Charles X décide de s’emparer d’Alger. Officiellement, il s’agit de venger une offense faite au consul de France par le dey Hussein et de détruire la piraterie qui sévit dans la région. Officieusement, l’objectif est de restaurer le prestige de la royauté et de prendre pied en Afrique du Nord pour éviter de laisser le champ libre à l’Angleterre. La monarchie de Juillet hérite du fardeau.

      L’« aventure » coûte cher, elle mobilise des effectifs militaires importants et elle rapporte peu. Des voix nombreuses s’élèvent à l’Assemblée pour exiger le retrait des troupes françaises, d’autres pour leur maintien et une occupation limitée, d’autres enfin préconisent la domination, la guerre à outrance indispensable pour détruire la puissance d’Abd el-Kader et ruiner les tribus qui le soutiennent. A la fin de l’année 1840, les partisans de cette politique l’emportent.

      Le 29 décembre, le général Thomas Bugeaud, qui vient d’être nommé gouverneur de cette colonie, arrive en Algérie. La véritable conquête débute avec massacres, déportations massives des populations, rapt des femmes et des enfants utilisés comme otages, vol des récoltes et du bétail, destruction des vergers, etc. Louis-Philippe d’abord, Louis-Bonaparte ensuite récompenseront les officiers par de prestigieuses promotions. Les monceaux de cadavres kabyles et algériens (1) permettent aux généraux de l’armée d’Afrique de faire de brillantes carrières.

      « J’ai souvent entendu en France des hommes que je respecte, mais que je n’approuve pas, trouver mauvais qu’on brûlât les moissons, qu’on vidât les silos et enfin qu’on s’emparât des hommes sans armes, des femmes et des enfants. Ce sont là, suivant moi, des nécessités fâcheuses, mais auxquelles tout peuple qui voudra faire la guerre aux Arabes sera obligé de se soumettre », écrit Alexis de Tocqueville avant d’ajouter : « Je crois que le droit de la guerre nous autorise à ravager le pays et que nous devons le faire soit en détruisant les moissons à l’époque de la récolte, soit dans tous les temps en faisant de ces incursions rapides qu’on nomme razzias et qui ont pour objet de s’emparer des hommes ou des troupeaux (2). »

      Ainsi s’exprime celui qui a écrit de la démocratie en Amérique lorsqu’il rédige, en octobre 1841, après avoir séjourné dans le pays, son Travail sur l’Algérie. La colonisation en général et celle de l’Algérie en particulier lui tiennent à coeur. Deux lettres, plusieurs discours sur les affaires extérieures de la France, deux voyages, deux rapports officiels présentés, en mars 1847, à la Chambre des députés, à quoi s’ajoutent de nombreuses observations et analyses disséminées dans sa volumineuse correspondance. Tocqueville théorise l’expansion française en Afrique du Nord.

      Fidèle à sa méthode, il rassemble une documentation importante, car il projette de rédiger un ouvrage sur l’Inde et la colonisation anglaise pour la comparer à celle menée par les Français dans la Régence d’Alger comme on disait alors. Enfin, il étudie le Coran et, au terme de ses lectures, conclut que la religion de Mahomet est « la principale cause de la décadence (...) du monde musulman ». Il faut donc tenir Tocqueville pour une figure importante de la colonisation moderne à laquelle il a consacré beaucoup de temps et d’énergie entre 1837 et 1847.

      Qu’en disent les spécialistes français ? Peu de choses. Soit ils feignent d’ignorer ce corpus fort riche, soit ils euphémisent les positions de leur idole afin de ne pas nuire à son image de libéral et de démocrate (3). Il est vrai que la fréquentation assidue de De la démocratie en Amérique et de L’Ancien Régime et la Révolution est plus propice aux canonisations académiques que l’examen précis des textes qui portent sur l’Algérie. Ces textes, pourtant tous publiés, ne hantent pas les membres de l’honorable république des lettres qui explorent la pensée de Tocqueville, et s’émerveillent de la subtilité de ses analyses. On y apprend pourtant beaucoup sur certaines de ses conceptions et, plus largement, sur les premières années de la conquête, sur les origines et l’organisation de l’Etat colonial. On y découvre le Tocqueville apôtre de la « domination totale » en Algérie et du « ravage du pays (4) ».

      L’importance qu’accorde Tocqueville à la conquête de ce pays s’appuie sur des analyses de la conjoncture internationale et de la place de la France dans le monde, d’une part, et sur l’évolution des moeurs nationales, d’autre part. L’écrivain n’a que mépris pour la monarchie de Juillet qu’on découvre, sous sa plume, médiocre et pusillanime. Néfaste pour les affaires intérieures du pays, ce régime l’est plus encore pour les affaires extérieures en une période où la crise de l’Empire ottoman, en Afrique et au Proche-Orient notamment, bouleverse la situation dans les régions concernées et crée des occasions nouvelles pour les puissances européennes. Encore faut-il, pour s’en saisir, faire preuve d’audace et ne pas craindre l’Angleterre.

      Mettre un terme au déclin de la France, restaurer son prestige et sa puissance, telle est l’obsession de Tocqueville qui est convaincu que, en l’absence d’une vigoureuse politique de conquêtes, le pays sera bientôt relégué au second rang et la monarchie menacée dans son existence même. Dans ce contexte, se retirer d’Algérie serait irresponsable. Il faut y demeurer, et le gouvernement doit encourager les Français à s’y installer pour dominer le pays et contrôler aussi la Méditerranée centrale, grâce à la construction de deux grands ports militaires et commerciaux : l’un à Alger, l’autre à Mers El-Kébir.

      La réalisation de ces desseins est propre à restaurer l’orgueil national qui est attaqué par « l’amollissement graduel des moeurs » d’une classe moyenne dont le goût des « jouissances matérielles » se répand dans l’ensemble du corps social en lui donnant « l’exemple de la faiblesse et de l’égoïsme (5) ». La guerre et la colonisation se présentent donc comme des remèdes aux maux sociaux et politiques qui affectent la France. C’est pourquoi Tocqueville se prononce pour des mesures radicales qui doivent permettre de s’emparer sans coup férir de l’Algérie et de rompre avec dix ans d’atermoiements.

      « La guerre d’Afrique est une science » DOMINER pour coloniser et coloniser pour assurer la pérennité de la domination, telles sont les orientations qu’il n’a cessé de défendre. Quant aux moyens, il sont dictés par les fins... Abd el-Kader se déplace constamment dans le pays en s’appuyant sur de nombreuses tribus qui lui procurent des hommes, des armes et de la nourriture ; il faut traquer le premier sans relâche et, surtout, anéantir les structures économiques et sociales des secondes afin d’atteindre les fondements de la puissance de ce chef et de ruiner son prestige.

      Après s’être prononcé en faveur de l’interdiction du commerce pour les populations locales, Tocqueville ajoute : « Les grandes expéditions me paraissent de loin en loin nécessaires : 1° Pour continuer à montrer aux Arabes et à nos soldats qu’il n’y a pas dans le pays d’obstacles qui puissent nous arrêter ; 2° Pour détruire tout ce qui ressemble à une agrégation permanente de popu lation, ou en d’autres termes à une ville. Je crois de la plus haute importance de ne laisser subsister ou s’élever aucune ville dans les domaines d’Abd el-Kader (6). »

      L’auteur de De la démocratie en Amérique approuve sans réserve et défend, publiquement et à plusieurs reprises, les méthodes de Bugeaud. Elles consistent à mettre le pays à sac, à s’emparer de tout ce qui peut être utile pour l’entretien de l’armée en « faisant vivre ainsi la guerre par la guerre », comme l’affirme le général Lamoricière, et à repousser toujours plus loin les autochtones de façon à s’assurer de la maîtrise complète des territoires conquis. Ces objectifs une fois atteints par l’emploi d’une terreur de masse autoriseront l’implantation et le développement de nombreuses colonies de peuplement, qui rendront impossible le retour des anciennes tribus.

      Tocqueville ne compte pas uniquement sur la puissance du sabre, il entend couvrir ces usurpations et les étendre par le recours à la force du droit. Il prévoit la mise en place de tribunaux d’exception qui, au moyen d’une procédure qu’il qualifie lui-même de « sommaire », procéderont à des expropriations massives au profit des Français et des Européens. Ainsi pourront-ils acquérir des terres à bas prix et faire vivre des villages que l’administration coloniale aura pourvus de fortifications, d’une école, d’une église et même d’une fontaine, précise le député de Valognes, soucieux du bien-être matériel et moral des colons. Regroupés en milices armées dirigées par un officier, ils assureront la défense et la sécurité de leurs personnes et de leurs biens cependant que le réseau formé par ces villages permettra de tenir efficacement les régions conquises. Quant aux populations locales, repoussées par les armes puis dépouillées de leurs terres par les juges, elles décroîtront sans cesse, affirme Tocqueville.

      Tel qu’il le conçoit, tel qu’il s’est structuré aussi, l’Etat colonial se présente d’emblée comme un double Etat d’exception par rapport au régime qui prévaut dans la métropole : il repose sur deux systèmes politico-juridiques de nature différente qui s’organisent, en dernière analyse, sur des fondements raciaux, culturels et cultuels. Celui qui est applicable aux colons leur permet de jouir seuls de la propriété et de la possibilité d’aller et venir mais d’aucune des libertés politiques, car toutes doivent être suspendues en Algérie, selon Tocqueville. « Il doit donc y avoir deux législations très distinctes en Afrique parce qu’il s’y trouve deux sociétés très séparées. Rien n’empêche absolument, quand il s’agit des Européens, de les traiter comme s’ils étaient seuls, les règles qu’on fait pour eux ne devant jamais s’appliquer qu’à eux (7). »

      C’est clair, précis et concis. Les hommes venus de cette Europe glorieuse et éclairée ont droit aux droits ; quant aux autres, aux « barbares », ils ne sauraient goûter aux plaisirs de l’égalité, de la liberté et de l’universalité de la Loi. Ni aujourd’hui ni demain puisque Tocqueville ne fixe aucun terme à cette situation. Aussi n’est-il pas surprenant que le second système, celui qui est applicable aux Kabyles et aux Arabes, ressortisse à un état de guerre permanent destiné à les maintenir sous le joug brutal des colons et d’une administration dotée de pouvoirs exorbitants.

      En 1847, après plusieurs années de conflits impitoyables, Tocqueville écrit avec emphase : « L’expérience ne nous a pas seulement montré où était le théâtre naturel de la guerre ; elle nous a appris à la faire. Elle nous a découvert le fort et le faible de nos adversaires. Elle nous a fait connaître les moyens de les vaincre et (...) d’en rester les maîtres. Aujourd’hui on peut dire que la guerre d’Afrique est une science dont tout le monde connaît les lois, et dont chacun peut faire l’application presque à coup sûr. Un des plus grands services que M. le maréchal Bugeaud ait rendus à son pays, c’est d’avoir étendu, perfectionné et rendu sensible à tous cette science nouvelle (8). » Les crimes de l’armée et de l’Etat français en Algérie, les discriminations érigées en principe et inscrites dans le droit : des exceptions ? Une longue histoire.

      Olivier Le Cour Grandmaison
      Auteur de Coloniser. Exterminer. Sur la guerre et l’Etat colonial, Fayard, Paris, 2005.
      Le Monde diplomatique de juin 2001

      Notes

      (1) Dans un ouvrage qui appartient à la littérature apologétique, Pierre Montagnon écrit à propos des victimes : « 500 000 ? Un million ? La vérité doit se situer entre ces chiffres. Diminuer serait amoindrir une terrible réalité. » La Conquête de l’Algérie, Paris, Pygmalion, 1986, p. 414. A rapporter au nombre total d’habitants estimé, selon l’historienne Denise Bouche, à « environ trois millions d’habitants » en 1830. D. Bouche. Histoire de la colonisation française, tome II, Paris, Fayard, 1998, p. 23.

      (2) Alexis de Tocqueville, Travail sur l’Algérie. in uvres complètes, Paris, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1991, p. 704 et 705.

      (3) A l’exception notable de Tzvetan Todorov qui a présenté plusieurs textes de Tocqueville sur l’Algérie. Cf. De la colonie en Algérie, Complexe, Bruxelles 1988 et, du même auteur, Nous et les Autres, Seuil, Paris, 1989, « Tocqueville », pp. 219-234.

      (4) Alexis de Tocqueville, Travail sur l’Algérie, op. cit, p. 699 et 706.

      (5) Alexis de Tocqueville, Lettre à John Stuart Mill, 18 mars 1841, in oeuvres complètes, Correspondance anglaise, tome VI, 1, Gallimard, Paris, 1954, p. 335.

      (6) Alexis de Tocqueville. Travail sur l’Algérie, op. cit, p. 706.

      (7) Idem, p. 752.

      (8) Alexis de Tocqueville, « Rapports sur l’Algérie », in oeuvres complètes, op. cit, p. 806

    • les révélations d’un ancien para, par Florence Beaugé

      article de la rubrique torture

      Dans "Algérie, une guerre sans gloire" [1], où elle nous fait revivre de l’intérieur ses enquêtes pour le Monde, Florence Beaugé publie un nouveau témoignage accablant pour le général Schmitt, ancien chef d’état-major des armées.

      Ci-dessous les extraits du livre de Florence Beaugé qui ont été publiés dans le Nouvel Observateur du 8 septembre 2005. Ils éclairent l’audience du 8 septembre 2005 consacrée à l’appel du général Schmitt contre Louisette Ighilahriz.

      L’été 1957, comme chaque année en cette période estivale, l’école Sarouy s’est vidée de ses élèves. Le 3e RPC du colonel Bigeard réquisitionne le bâtiment. De mi-juillet à début septembre, la compagnie d’appui va s’y installer, avec deux hommes à sa tête : le capitaine Raymond Chabanne et son adjoint, un certain lieutenant Maurice Schmitt. L’école Sarouy, lieu d’enseignement et de savoir, va devenir un centre d’interrogatoires et de torture, l’un de ceux qui s’inscriront durablement dans les mémoires à Alger, comme la villa Sésini, le palais Klein ou le Café-Bains Maures. [...] Comment les survivants de l’école Sarouy peuvent-ils être sûrs, si longtemps après, que l’homme qui a orchestré leurs tortures, l’été 1957, était bien Maurice Schmitt ?

      Interrogés séparément, les uns et les autres font la même réponse. Les tortionnaires, disent-ils, "s’interpellaient sans gêne les uns les autres, devant nous". Il était "normal et banal, à l’époque, de passer les suspects à l’électricité, à l’eau ou au supplice de la bouteille". La torture faisait partie d’un système. "Personne, soulignent-ils, ne songeait à cacher son identité à l’école Sarouy." Par ailleurs, chacun de ces témoins a eu l’occasion, des années plus tard, de revoir le général Schmitt à la télévision française - captée en Algérie par satellite et très regardée - ainsi que dans des magazines. Certains ont reconnu leur ancien tortionnaire au moment de la guerre du Golfe, au début des années 1990, et découvert alors "avec stupéfaction", disent-ils, qu’il était devenu chef d’état-major... [...] Hani Mohamed, dit Lyès Hani, est né le 22 mars 1929. De petite taille, les yeux étonnamment clairs, le cou toujours entouré d’un keffieh à carreaux noirs et blancs, cet homme vif et rieur est entré très jeune dans la résistance à l’occupation française. Il est d’abord membre de l’Organisation spéciale (OS) puis rejoint le FLN lorsque éclate la révolution, en novembre 1954.

      Quand Alger est découpée en trois régions, Lyès Hani est nommé responsable militaire de la région II. Arrêté le 17 août 1957, il est conduit à l’école Sarouy. On veut lui faire dire le nom des membres de son réseau. "On m’a d’abord mis nu. Puis on m’a fait monter au premier étage, dans la salle des tortures. Il y avait là une grande bassine, pour le supplice de l’eau. On m’a passé à l’électricité, puis à l’eau, raconte-t-il en montrant les lieux. Le lieutenant Schmitt était présent. Il a toujours été là, pour chacune de mes séances de torture, une dizaine environ. C’est lui qui donnait les ordres. Il disait : “Arrête, continue, arrête.” C’était le patron. Le lieutenant F., un homme sanguinaire, exécutait les ordres. C’était l’été, il faisait chaud, les tortionnaires étaient souvent torse nu. L’un d’eux avait une grosse cicatrice, une sorte de plaque, sur l’épaule ou l’omoplate. Il disait que c’était une blessure qu’il avait ramenée d’Indochine." Lyès Hani a le souvenir d’une "autre brute", un certain Babouche, un proxénète de la Casbah, acquis à l’armée française. Tous les survivants de l’école Sarouy parlent de ce préposé aux basses œuvres.

      Babouche, considéré comme un traître et un assassin par le FLN, sera étripé, au sens propre du terme, en pleine rue, en 1958. Lyès Hani lui attribue de nombreux viols à l’école Sarouy, l’été 1957. L’ancien responsable militaire de la région II ne s’étend pas sur ce qu’il a subi. Il préfère témoigner pour ceux qui ne sont plus là, en particulier son adjoint, Berrekia Mohamed, dit Fodil, ainsi qu’un menuisier, Aichkadra. Lyès Hani s’indigne du fait que le général Schmitt ait pu écrire dans son livre "Alger, été 1957" que l’un et l’autre ont été tués dans un accrochage. Ces deux hommes, témoigne-t-il, sont morts sous la torture, l’été 1957, à l’école Sarouy.

      "Les tortures qu’on m’a infligées, à moi, je l’admets. Ce que je ne pardonne pas, ce sont tous ces mensonges pour tenter de cacher la vérité. Même chose pour Ali Moulaï et Saïd Bakel [deux responsables de région du FLN]. Comment le général Schmitt peut-il prétendre qu’ils ont parlé sans même qu’on ait eu besoin de leur donner une seule gifle ? Tous deux ont été affreusement torturés à l’école Sarouy. Ils étaient là, en même temps que moi. Ce qu’ils ont enduré est abominable. Je me souviens que Saïd Bakel implorait Dieu de mourir. Il n’en pouvait plus de ce qu’on lui infligeait. [...] " Dans la salle des supplices, Lyès Hani croise un jour une jeune fille qu’il connaît depuis qu’elle est enfant. Elle s’appelle Ourida Meddad. Elle a 19 ans. "Je sortais de la salle de tortures. Elle y entrait. On l’avait mise nue. On a commencé à la passer à la gégène devant moi. Le lieutenant Schmitt était là. Ensuite, on m’a fait sortir." Lyès est enfermé avec d’autres détenus dans une salle de classe du rez-de-chaussée quand le corps d’Ourida Meddad vient se fracasser, un jour d’août, dans la cour de l’école. L’adolescente s’est-elle suicidée ou l’a-t-on jetée par la fenêtre ? Il l’ignore. Ce qui est sûr, en revanche, c’est qu’elle était dans la salle de torture, au premier étage, avant de chuter. " J’ai entendu l’un des tortionnaires descendre l’escalier à toute vitesse en criant : “La salope, elle s’est défenestrée !” J’ai retenu ce mot parce que c’était la première fois que je l’entendais. [...] " Rachid Ferahi a 15 ans quand il voit son père torturé devant lui à l’école Sarouy. Avec Mouloud Arbadji, il fait partie des plus jeunes moudjahidin de la guerre de libération. Sur son scooter, l’adolescent transporte des bombes.

      Son père est arrêté le 6 août 1957. Quelques heures plus tard, c’est au tour du fils d’être interpellé et conduit à l’école Sarouy. Au premier étage de l’établissement scolaire, Rachid Ferahi découvre son père, nu, attaché à une barre de fer glissée sous ses genoux, les mains ligotées sur les pieds. La barre est posée entre deux tables de classe. Juste à côté, "maigre comme un Ethiopien", est assis un chef de région du FLN, Ali Moulaï, dans un état épouvantable. " Il était cadavérique. On voyait ses côtes à l’œil nu. On lui avait rasé les cheveux ainsi que la moustache. Pour achever de l’humilier, on avait placé à côté de lui une bouteille de vin et un verre. Comme s’il buvait de l’alcool, lui, le musulman ! Schmitt était debout, face à lui. Il tenait une bouteille à la main, avec de l’eau dedans mélangée à du détergent ou quelque chose comme cela. De voir ce spectacle, mon père et Ali Moulaï, tous deux dans cet état, j’étais déjà détruit. " Le lieutenant Schmitt était, dit-il, " le chef d’orchestre des tortures et jouissait particulièrement quand l’un de nous était humilié ".

      En pleine nuit, se souvient-il, cet officier venait le réveiller, à coups de pied, en lui criant : "Alors, petit fellagha, quand est-ce qu’on te coupe la tête ?" Comme Lyès Hani, Rachid Ferahi se dit prêt à pardonner les tortures mais pas les mensonges ou les dénégations. "Les tortures, je dirais : “C’était de bonne guerre”. Mais affirmer qu’Ali Moulaï a été retourné par l’armée française, alors qu’il a parlé sous l’effet d’épouvantables tortures, je ne peux pas le supporter." Rachid Ferahi est resté marqué par une scène "totalement gratuite" à ses yeux. "Schmitt a fait danser, nu, un des chefs de la résistance. Cet homme s’était déjà complètement vidé de ses tripes. Alors qu’il avait tout déballé, qu’on ne lui avait rien laissé de son honneur, Schmitt s’amusait à lui crier : “Danse ! Danse !” Et l’autre, brisé, a dû obéir." Ces témoignages sortent dans "le Monde" du vendredi 18 mars 2005, daté du 19, jour anniversaire du cessez-le-feu entre la France et l’Algérie, au lendemain des accords d’Evian, en 1962. Sollicité pour un entretien dans ce même numéro, afin qu’il puisse donner sa propre version des événements, le général Schmitt a décliné la proposition.

      L’ancien chef d’état-major a fait valoir qu’il était engagé dans deux procès en appel et qu’il s’était "fixé comme règle de réserver [ses] déclarations aux juges". Le général Schmitt va cependant finir par réagir, en choisissant son média. Le samedi 19 mars, il déclare sur France-Inter que ces accusations de torture formulées contre lui sont "de la pure affabulation". " [L’école Sarouy] n’était pas un centre d’interrogatoires. C’était le cantonnement de la compagnie d’appui du 3e RPC et nous avions d’ailleurs essentiellement des missions de type Vigipirate, patrouilles, gardes, etc. [...] Il n’y a pas eu de séances de torture. C’est une pure invention de gens qui veulent se venger quarante-huit ans après qu’on les a fait tomber en les piégeant par la ruse. Seulement si aujourd’hui ils disaient : “Nous avons parlé sans être torturés”, tout s’écroule autour d’eux. La torture, elle a été employée, mais je dis : en août, nous n’avons pas eu besoin de l’employer. C’est une vengeance tardive." "Affabulation ? Pure invention ?" Le général Schmitt aurait mieux fait de se taire. [...]

      Quelques jours après que "le Monde" eut consacré deux pages au passé du général Schmitt à l’école Sarouy arrive au journal une grande enveloppe blanche en provenance de Nice. Un certain Raymond Cloarec, chevalier de la Légion d’honneur et médaillé militaire, se porte au secours de celui qui fut lieutenant en Algérie, en 1957. Cet ancien parachutiste s’indigne "qu’on accable" l’un des plus brillants généraux de l’armée française, "qu’on le diffame et qu’on l’humilie". Une grande photo est jointe à ce courrier.Elle est datée du 17 septembre 2002. On y voit, posant côte à côte, Raymond Cloarec et le général Schmitt. Mais ce n’est pas tout. Outre sa lettre et la photo, l’inconnu joint un document de quatre pages. Il s’agit, explique-t-il, d’un extrait de ses Mémoires, qu’il a rédigés et déposés en 2002 au Service historique de l’Armée de Terre, le SHAT, autrement dit aux Archives militaires de Vincennes. [...] Médusée par cet envoi tombé du ciel, j’appelle ce Raymond Cloarec. Je ne sais pas à quoi m’attendre. Dans le courrier qu’il m’a envoyé, tout se mélange : coups de colère et bons sentiments. Comment va-t-il m’accueillir ? Contre toute attente, le contact est bon. Très vite, la confiance s’établit.

      La conversation va durer une heure et demie. Je découvre un homme de 69 ans au parcours totalement atypique. Mécanicien électricien de formation, Cloarec a 19 ans quand il s’engage dans l’armée. Il arrive en Algérie en 1955 avec le 3e RPC, régiment d’élite qu’il ne quittera plus. "Je suis un enfant du "3"", aime-t-il répéter. [...] Cloarec considère Bigeard comme son "père spirituel". Chaque dimanche matin, il l’appelle au téléphone, à 10 heures précises. Tous deux évoquent le bon vieux temps. Le général lui dit souvent : "Cloarec, vous êtes un de ceux qui ont “fabriqué” Bigeard !" En Schmitt, Cloarec dit admirer le chef militaire. "En Algérie, nous l’appelions “le professeur”. Avant de nous embarquer dans une opération, il étudiait minutieusement la situation. Il a souvent évité de nous faire tuer, à l’inverse d’autres lieutenants, des fous qui ne cherchaient qu’une chose : obtenir la rouge [la Légion d’honneur] ! Schmitt, on lui faisait confiance. Avec lui, on aurait accepté de passer par un trou de souris ! [...]" Quand il découvre l’article du "Monde", le samedi 19 mars 2005, Cloarec est assailli de sentiments contradictoires.

      D’un côté, il souffre et s’exaspère de voir l’armée française et le général Schmitt de nouveau "jetés en pâture". De l’autre, il est bouleversé d’apprendre que les Algériens n’éprouvent ni haine ni ressentiment envers la France. Ainsi, les moudjahidin seraient prêts à tourner la page sur les tortures, les exécutions sommaires et tout le reste pourvu que ces horreurs soient reconnues ? Cloarec n’en revient pas. Il lit et relit les propos de Lyès Hani, Mouloud Arbadji et Rachid Ferahi. Et si c’était vrai ? Tel est l’état d’esprit de Raymond Cloarec lorsque je lui téléphone pour la première fois. "Allô, madame Beaugé ? Je me suis permis d’appeler le général Schmitt pour lui dire que j’étais en contact avec vous. Mince ! Je n’en reviens pas. C’est la première fois qu’il me parle comme cela : “Cloarec, vous êtes un minable, vous êtes un salaud ! Vous m’avez trahi ! Tout ce que j’essaie de contredire, vous l’avez raconté à cette femme infâme.” [...] Ça a duré trois quarts d’heure. Il m’a incendié. Il était fou de rage ! J’ai répondu : “Ecoutez, mon général, on est attaqué, j’essaie de vous défendre ! - Vous n’aviez pas à me défendre, fallait pas parler à cette femme ! - Mais je n’ai rien dit d’autre que la vérité, mon général ! Ce que j’ai écrit [aux Archives de Vincennes], c’est ce que j’ai vécu ! [...] Et de toutes les façons, elle peut aller voir dans les archives, elle va les lire, je lui ai donné la cote [référence] et tout, elle peut y aller, et c’est écrit ! - Ah bon, mais si c’est comme ça, je vais appeler les Archives. Je vais interdire qu’elle les lise, vos archives !” [...]

      Mardi 29 mars. Me voici aux Archives militaires, dans l’enceinte du château de Vincennes, à la première heure. Le week-end m’a paru interminable. Les Archives sont en effet fermées du samedi au lundi inclus. J’obtiens sans difficulté le fonds Cloarec, cote 1KT 1208, division des fonds privés. Personne n’a tenté de me barrer la route. Assise dans la grande salle de lecture, au milieu d’une trentaine de chercheurs, je consulte le dossier. A première vue, il ne contient aucune révélation spectaculaire. [...] Dans un classeur intitulé "Ma guerre d’Algérie. Ce dont je me souviens", Cloarec a versé aussi bien ses souvenirs de combat que ses citations militaires, ses photos souvenirs, ses échanges épistolaires et des considérations personnelles. [...] Cloarec a rédigé ces souvenirs quand la torture faisait la une de l’actualité en France, en 2000 et 2001. On sent un homme profondément déstabilisé. Il ne sait plus quoi penser. Que souhaite-t-il ? Lui-même ne le sait pas. Tantôt il s’élève contre "ces infâmes accusations de torture qui visent nos soldats", tantôt il supplie que l’on commence à "faire notre mea culpa des deux côtés". A la France, estime-t-il, de donner l’exemple, puisqu’elle est un pays démocratique. Certaines de ses phrases sonnent comme des cris ou des appels au secours : "Après avoir vu ce que j’ai vu, seule la mort viendra me libérer de ce harcèlement cauchemardesque et je trouverai enfin le repos. [...]" Parler ? Se taire ? Où est son devoir ? Cloarec semble écartelé. [...] Entre fin mars et fin avril 2005, nous nous appelons presque quotidiennement, Cloarec et moi. Je ne l’enregistre jamais mais je prends des notes et il le sait.

      Il continue de me rapporter, éberlué, ses coups de fil avec Schmitt, ainsi que leur échange de courrier, jusqu’à la rupture finale. "Cloarec, vous me plantez un coup de poignard dans le dos ! Vous défendez des FLN au lieu d’avoir l’esprit de corps !" [...] Un peu plus tard, c’est au tour de Bigeard de faire pression. Il le fait à sa façon, moins brutale, moins arrogante, en jouant sur le registre affectif. " Et l’esprit para, Cloarec ? Vous oubliez l’esprit para ? - Non, mon général, je ne l’oublie pas, mais je travaille pour la vérité. [...]" Je sens Cloarec écœuré. Ses idoles s’écroulent. S’il ne se fait plus la moindre illusion sur le général Schmitt, il garde pour Bigeard une affection indéfectible et tente encore de lui trouver des excuses. " Pourquoi continuent-ils à nier, tous les deux ? Je ne les comprends pas, soupire-t-il régulièrement au téléphone. Ils ne veulent pas admettre ce qui s’est passé. [...]" Jour après jour, Cloarec se livre davantage. Certains souvenirs l’obsèdent. Il ne s’est jamais confié à qui que ce soit et aujourd’hui il éprouve le besoin de " soulager sa conscience qui [le] torture depuis quarante-cinq ans ". Alors, il parle, sans s’arrêter. [...]

      " Il fallait toujours être les meilleurs. C’était à qui ramènerait le plus de renseignements. Alors, un cadavre de plus ou de moins..." Dans ce climat, tout était bon pour tester les hommes. Un jour, Cloarec reçoit ainsi l’ordre d’abattre un interprète musulman. L’homme parle trop fort tandis que l’unité est en pleine opération. Il devient dangereux. " “Descends-le et sans faire de bruit !” ordonne le lieutenant P. Je l’ai emmené et je l’ai poignardé jusqu’à ce qu’il tombe... Il fallait qu’on prouve en permanence que nous étions des durs. On nous inculquait la haine. Mais cette haine, elle nous venait aussi spontanément quand nous découvrions les atrocités des fellaghas. Il suffisait qu’on tombe sur des copains égorgés et mutilés, des civils éventrés..." Quand il lui arrivait de se poser des questions et de manifester des doutes après une exécution sommaire, Cloarec s’entendait répondre : " T’en fais pas, de toutes les façons, c’était un traître à la patrie." Avec le même lieutenant P., les paras du "peloton fana" vont un jour massacrer un douar en Kabylie puis l’incendier. Les femmes se sont enfuies. Les enfants se sont cachés. Il reste 37 hommes, dont beaucoup sont âgés ou infirmes.

      On les regroupe et on les abat au pistolet-mitrailleur. De ce village, qui constituait un point de ravitaillement pour le FLN, il ne restera plus une trace. " Le pire, c’est que tous les hommes n’étaient pas morts, ils faisaient semblant de l’être en s’écroulant les uns sur les autres. On m’a donné l’ordre de soulever la tête de chacun d’eux pour vérifier ce qu’il en était et de tirer la dernière rafale, se souvient douloureusement Cloarec. J’ai toujours en mémoire le regard de l’un de ces blessés. Ses yeux disaient : “Il va me tuer !” Tout cela, je l’ai vécu, je le porte en moi... C’est pour toutes ces choses, général Schmitt, qu’il ne faut pas me pousser ! [...]" Quand Cloarec n’était pas en opération, l’une de ses tâches consistait à faire le tour des centres de torture d’Alger (villa Sésini, école Sarouy, villa Nador, Bains Romains...) pour ramasser les corps de ceux qui avaient succombé lors des interrogatoires. " J’avais l’ordre de les jeter dans un ravin, ou en plein centre d’Alger, puis de tirer sur eux une rafale de mitraillette. Ensuite, j’allais déclarer : “Fuyard abattu”..."

      Parmi les scènes qu’il "garde sur le cœur depuis quarante-cinq ans", Cloarec en cite une qui s’est passée en Kabylie. On arrête un fellouze, les armes à la main. Le lieutenant P. décide de l’interroger. Le type a droit à toutes les tortures. Il ne dit rien. Quand l’interrogatoire est terminé, P. dit à Cloarec : "Y a plus rien à en tirer, descends-le." Cloarec emmène le prisonnier dans un oued, 100 mètres plus loin, et le fait mettre à genoux. " Caporal, laissez-moi mettre ma médaille militaire, je l’ai dans ma poche ", dit alors le condamné. Cloarec le fouille. La médaille est bien là, avec un certificat tout chiffonné mais très lisible. " Mettez-la-moi sur la poitrine ", demande le prisonnier. " Où c’est que t’as gagné cela ? l’interroge Cloarec. - J’ai fait la guerre bien avant toi. J’ai servi la France dans l’armée française [pendant la Seconde Guerre mondiale]. J’ai défendu ton pays et je n’ai pas peur de mourir. " Cloarec s’étonne : "Mais pourquoi maintenant tu nous tires dessus ?" Réponse : "Parce que, aujourd’hui, je défends mon pays !" L’homme regarde Cloarec droit dans les yeux jusqu’à la fin. "Je lui ai tiré trois balles dans la tête. Dans l’ambiance de l’époque, j’étais sûr que j’avais raison. Je devais l’abattre comme un chien. Il était un ennemi et un tortionnaire, comme les autres. Mais depuis cinquante ans, ses yeux ne me lâchent pas. Aujourd’hui, je sais qu’il avait autant le droit de vivre que moi. [...]"

      Florence Beaugé

      Notes
      [1] Florence Beaugé, "Algérie, une guerre sans gloire. Histoire d’une enquête", Calmann Lévy, 2005, 300 pages,18 euros

    • merci dominique d’avoir rappelé cette triste réalité mais il y a des faits beaucoup plus grave qui engagent la responsabilité des gouvernements francais de l’epoque.

      Bien cordialement

      karim

    • Une Guerre sans « non » ?
      mercredi 2 janvier 2008

      par S. Raouf

      Auteur d’une thèse de doctorat soutenue dernièrement, Tramor Quemeneur est l’auteur d’Une Guerre sans « non » - Insoumissions, refus d’obéissance et désertions de soldats français pendant la guerre d’Algérie. Il s’est entretenu avec l’Abbé Davezies pour les besoins de son travail universitaire.

      Le Quotidien d’Oran : Dans quelles circonstances, Robert Davezies s’engage contre la guerre d’Algérie ?

      Tramor Quemeneur : Robert Davezies est un prêtre ouvrier de la Mission de France, dont de nombreux membres ont été très tôt engagés contre la guerre d’Algérie. Il prend conscience de la situation coloniale en Algérie et des tortures qui y sont pratiquées par l’intermédiaire de deux autres prêtres ouvriers : Jean Urvoas, impliqué dans l’aide aux Algériens, dès le début de l’année 1955, et Bernard Boudouresques.

      Courant 1956, Robert Davezies s’oppose à la guerre d’Algérie dans un cadre légal, avant d’accepter d’aider les Algériens à la demande de Bernard Boudouresques, en juin 1957.

      Q.O. : Quelles formes a pris son engagement anticolonial ?

      T. Q. : Robert Davezies fait partie des membres fondateurs du « réseau Jeanson », le principal réseau d’aide aux militants en France, créé en 1957 par le philosophe Francis Jeanson. Dans ce cadre, Davezies participe au passage illégal des militants algériens entre l’Espagne, puis l’Allemagne et la Suisse, et la France. C’est d’ailleurs lui qui a infiltré, en France, les membres du commando qui a vainement cherché à exécuter le ministre Jacques Soustelle. A partir de 1958, il participe aussi à la collecte des fonds de la Fédération de France du FLN. Même si le « réseau Jeanson » est ébranlé par plusieurs arrestations, en 1960, Robert Davezies continue son aide au FLN, dans le cadre du réseau du militant communiste juif égyptien Henri Curiel. Robert Davezies contribue, enfin, à la création de « Jeune Résistance », structure de déserteurs et d’insoumis français réfugiés en Suisse. Mais il est arrêté en janvier 1961 et condamné à trois ans de prison, peu avant le cessez-le-feu. Il est incarcéré à Fresnes avec les autres militants algériens et français. C’est là qu’il apprend la signature des Accords d’Evian.

      Q. O. : Ce parcours « algérien » fait-il de lui une figure marquante de l’opposition des Français à la guerre d’Algérie ?

      T. Q. : Assurément. Il a lutté infatigablement tout au long de la guerre. De plus, il a écrit plusieurs livres sur cette page. En 1959, il a publié « Le Front », un recueil de témoignages d’Algériens, avant d’écrire « Le temps de la justice » et « Les abeilles » : deux récits sur la lutte contre la guerre d’Algérie et la vie des militants incarcérés. Le conflit terminé, Robert Davezies a milité en faveur des opposants français à la guerre d’Algérie dont certains sont restés emprisonnés jusqu’à la fin de l’année 1963. Ils étaient alors un peu oubliés de tous.

      Il a aussi oeuvré en faveur de leur amnistie qui n’est intervenue qu’en 1966. Enfin, Robert Davezies a continué à soutenir les mouvements de libération nationale, notamment angolais. On peut dire que toute sa vie a été marquée par l’expérience fondatrice de la guerre d’Algérie contre laquelle il s’est totalement investi.

      © le Quotidien d’Oran

    • Faces cachées de la seconde guerre mondiale

      La guerre d’Algérie a commencé à Sétif
      Le 8 mai 1945, tandis que la France fêtait la victoire, son armée massacrait des milliers d’Algériens à Sétif et à Guelma. Ce traumatisme radicalisera irréversiblement le mouvement national.
      Par Mohammed Harbi

      Désignés par euphémisme sous l’appellation d’« événements » ou de « troubles du Nord constantinois », les massacres du 8 mai 1945 dans les régions de Sétif et de Guelma sont considérés rétrospectivement comme le début de la guerre algérienne d’indépendance. Cet épisode appartient aux lignes de clivage liées à la conquête coloniale.

      La vie politique de l’Algérie, plus distincte de celle de la France au fur et à mesure que s’affirme un mouvement national, a été dominée par les déchirements résultant de cette situation. Chaque fois que Paris s’est trouvé engagé dans une guerre, en 1871, en 1914 et en 1940, l’espoir de mettre à profit la conjoncture pour réformer le système colonial ou libérer l’Algérie s’est emparé des militants. Si, en 1871 en Kabylie et dans l’Est algérien et en 1916 dans les Aurès, l’insurrection était au programme, il n’en allait pas de même en mai 1945. Cette idée a sans doute agité les esprits, mais aucune preuve n’a pu en être avancée, malgré certaines allégations.

      La défaite de la France en juin 1940 a modifié les données du conflit entre la colonisation et les nationalistes algériens. Le monde colonial, qui s’était senti menacé par le Front populaire – lequel avait pourtant, sous sa pression, renoncé à ses projets sur l’Algérie –, accueille avec enthousiasme le pétainisme, et avec lui le sort fait aux juifs, aux francs-maçons et aux communistes.

      Avec le débarquement américain, le climat se modifie. Les nationalistes prennent au mot l’idéologie anticolonialiste de la Charte de l’Atlantique (12 août 1942) et s’efforcent de dépasser leurs divergences. Le courant assimilationniste se désagrège. Aux partisans d’un soutien inconditionnel à l’effort de guerre allié, rassemblés autour du Parti communiste algérien et des « Amis de la démocratie », s’opposent tous ceux qui, tel le chef charismatique du Parti du peuple algérien (PPA), Messali Hadj, ne sont pas prêts à sacrifier les intérêts de l’Algérie colonisée sur l’autel de la lutte antifasciste.

      Vient se joindre à eux un des représentants les plus prestigieux de la scène politique : Ferhat Abbas. L’homme qui, en 1936, considérait la patrie algérienne comme un mythe se prononce pour « une République autonome fédérée à une République française rénovée, anticoloniale et anti-impérialiste », tout en affirmant ne rien renier de sa culture française et occidentale. Avant d’en arriver là, Ferhat Abbas avait envoyé aux autorités françaises, depuis l’accession au pouvoir de Pétain, des mémorandums qui restèrent sans réponse. En désespoir de cause, il transmet aux Américains un texte signé par 28 élus et conseillers financiers, qui devient le 10 février 1943, avec le soutien du PPA et des oulémas, le Manifeste du peuple algérien.

      Alors, l’histoire s’accélère. Les gouvernants français continuent à se méprendre sur leur capacité à maîtriser l’évolution. De Gaulle n’a pas compris l’authenticité des poussées nationalistes dans les colonies. Contrairement à ce qui a été dit, son discours de Brazzaville, le 30 janvier 1944, n’annonce aucune politique d’émancipation, d’autonomie (même interne). « Cette incompréhension se manifeste au grand jour avec l’ordonnance du 7 mars 1944 qui, reprenant le projet Blum-Violette de 1936, accorde la citoyenneté française à 65 000 personnes environ et porte à deux cinquièmes la proportion des Algériens dans les assemblées locales », écrit Pierre Mendès France à André Nouschi (1). Trop peu et trop tard : ces miniréformes ne touchent ni à la domination française ni à la prépondérance des colons, et l’on reste toujours dans une logique où c’est la France qui accorde des droits...

      L’ouverture de vraies discussions avec les nationalistes s’imposait. Mais Paris ne les considère pas comme des interlocuteurs. Leur riposte à l’ordonnance du 7 mars intervient le 14 : à la suite d’échanges de vues entre Messali Hadj pour les indépendantistes du PPA, Cheikh Bachir El Ibrahimi pour les oulémas et Ferhat Abbas pour les autonomistes, l’unité des nationalistes se réalise au sein d’un nouveau mouvement, les Amis du Manifeste et de la liberté (AML). Le PPA s’y intègre en gardant son autonomie. Plus rompus aux techniques de la politique moderne et à l’instrumentalisation de l’imaginaire islamique, ses militants orientent leur action vers une délégitimation du pouvoir colonial. La jeunesse urbaine leur emboîte le pas. Partout, les signes de désobéissance se multiplient. Les antagonismes se durcissent. La colonie européenne et les juifs autochtones prennent peur et s’agitent.

      Au mois de mai 1945, lors du congrès des AML, les élites plébéiennes du PPA affirmeront leur suprématie. Le programme initial convenu entre les chefs de file du nationalisme – la revendication d’un Etat autonome fédéré à la France – sera rangé au magasin des accessoires. La majorité optera pour un Etat séparé de la France et uni aux autres pays du Maghreb et proclamera Messali Hadj « leader incontesté du peuple algérien ». L’administration s’affolera et fera pression sur Ferhat Abbas pour qu’il se dissocie de ses partenaires.

      Cette confrontation s’était préparée dès avril. Les dirigeants du PPA – et plus précisément les activistes, avec à leur tête le Dr Mohamed Lamine Debaghine – sont séduits par la perspective d’une insurrection, espérant que le réveil du millénarisme et l’appel au djihad favoriseront le succès de leur entreprise. Mais leur projet irréaliste avorte. Dans le camp colonial, où l’on craint de voir les Algériens rejeter les « Européens » à la mer, le complot mis au point par la haute administration, à l’instigation de Pierre-René Gazagne, haut fonctionnaire du Gouvernement général, pour décapiter les AML et le PPA prend jour après jour de la consistance.

      L’enlèvement de Messali Hadj et sa déportation à Brazzaville, le 25 avril 1945, après les incidents de Reibell, où il est assigné à résidence, préparent l’incendie. La crainte d’une intervention américaine à la faveur de démonstrations de force nationalistes hantait certains, dont l’islamologue Augustin Berque (2). Exaspéré par le coup de force contre son leader, le PPA fait de la libération de Messali Hadj un objectif majeur et décide de défiler à part le 1er mai, avec ses propres mots d’ordre, ceux de la CGT et des PC français et algérien restant muets sur la question nationale. A Oran et à Alger, la police et des Européens tirent sur le cortège nationaliste. Il y a des morts, des blessés, de nombreuses arrestations, mais la mobilisation continue.

      Le 8 mai, le Nord constantinois, délimité par les villes de Bougie, Sétif, Bône et Souk-Ahras et quadrillé par l’armée, s’apprête, à l’appel des AML et du PPA, à célébrer la victoire des alliés. Les consignes sont claires : rappeler à la France et à ses alliés les revendications nationalistes, et ce par des manifestations pacifiques. Aucun ordre n’avait été donné en vue d’une insurrection. On ne comprendrait pas sans cela la limitation des événements aux régions de Sétif et de Guelma. Dès lors, pourquoi les émeutes et pourquoi les massacres ?

      La guerre a indéniablement suscité des espoirs dans le renversement de l’ordre colonial. L’évolution internationale les conforte. Les nationalistes, PPA en tête, cherchent à précipiter les événements. De la dénonciation de la misère et de la corruption à la défense de l’islam, tout est mis en œuvre pour mobiliser. « Le seul môle commun à toutes les couches sociales reste (...) le djihad, compris comme arme de guerre civile plus que religieuse. Ce cri provoque une terreur sacrée qui se mue en énergie guerrière », écrit l’historienne Annie Rey-Goldzeiguer (3). La maturité politique n’était pas au rendez-vous chez les ruraux, qui ne suivaient que leurs impulsions.

      Chez les Européens, une peur réelle succède à l’angoisse diffuse. Malgré les changements, l’égalité avec les Algériens leur reste insupportable. Il leur faut coûte que coûte écarter cette alternative. Même la pâle menace de l’ordonnance du 7 mars 1944 les effraie. Leur seule réponse, c’est l’appel à la constitution de milices et à la répression. Ils trouvent une écoute chez Pierre-René Gazagne, chez le préfet de Constantine Lestrade Carbonnel et le sous-préfet de Guelma André Achiary, qui s’assignent pour but de « crever l’abcès ».

      A Sétif, la violence commence lorsque les policiers veulent se saisir du drapeau du PPA, devenu depuis le drapeau algérien, et des banderoles réclamant la libération de Messali Hadj et l’indépendance. Elle s’étend au monde rural, où l’on assiste à une levée en masse des tribus. A Guelma, les arrestations et l’action des milices déclenchent les événements, incitant à la vengeance contre les colons des environs. Les civils européens et la police se livrent à des exécutions massives et à des représailles collectives. Pour empêcher toute enquête, ils rouvrent les charniers et incinèrent les cadavres dans les fours à chaux d’Héliopolis. Quant à l’armée, son action a fait dire à un spécialiste, Jean-Charles Jauffret, que son intervention « se rapproche plus des opérations de guerre en Europe que des guerres coloniales traditionnelles (4) ». Dans la région de Bougie, 15 000 femmes et enfants doivent s’agenouiller avant d’assister à une prise d’armes.

      Le bilan des « événements » prête d’autant plus à contestation que le gouvernement français a mis un terme à la commission d’enquête présidée par le général Tubert et accordé l’impunité aux tueurs. Si on connaît le chiffre des victimes européennes, celui des victimes algériennes recèle bien des zones d’ombre. Les historiens algériens (5) continuent légitimement à polémiquer sur leur nombre. Les données fournies par les autorités françaises n’entraînent pas l’adhésion. En attendant des recherches impartiales (6), convenons avec Annie Rey-Goldzeiguer que, pour les 102 morts européens, il y eut des milliers de morts algériens.

      Les conséquences du séisme sont multiples. Le compromis tant recherché entre le peuple algérien et la colonie européenne apparaît désormais comme un vœu pieux.

      En France, les forces politiques issues de la Résistance se laissent investir par le parti colonial. « Je vous ai donné la paix pour dix ans ; si la France ne fait rien, tout recommencera en pire et probablement de façon irrémédiable », avait averti le général Duval, maître d’œuvre de la répression. Le PCF – qui a qualifié les chefs nationalistes de « provocateurs à gages hitlériens » et demandé que « les meneurs soient passés par les armes » – sera, malgré son revirement ultérieur et sa lutte pour l’amnistie, considéré comme favorable à la colonisation. En Algérie, après la dissolution des AML le 14 mai, les autonomistes et les oulémas accusent le PPA d’avoir joué les apprentis sorciers et mettent fin à l’union du camp nationaliste. Les activistes du PPA imposent à leurs dirigeants la création d’une organisation paramilitaire à l’échelle nationale. Le 1er novembre 1954, on les retrouvera à la tête d’un Front de libération nationale. La guerre d’Algérie a bel et bien commencé à Sétif le 8 mai 1945.

      Mohammed Harbi.Colonialisme, Histoire, Nationalismes, Seconde guerre mondiale, Violence, Algérie, France

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      Mohammed Harbi
      Historien, auteur, avec Benjamin Stora, de La Guerre d’Algérie, 1954-2004, la fin de l’amnésie, Robert Laffont, Paris, 2004.

      (1) André Nouschi, « Notes de lecture sur la guerre d’Algérie », dans Relations internationales, n° 114, 2003.

      (2) C’est le père du grand islamologue Jacques Berque.

      (3) Annie Rey-Godzeiguer (1990), Aux origines de la guerre d’Algérie 1940-1945. De Mers El Kébir aux massacres du Nord constantinois, La Découverte, Paris, 2002.

      (4) Jean-Charles Jauffret (1990), La Guerre d’Algérie par les documents. Tome I, L’Avertissement (1943-1946), Services historiques de l’armée de terre (SHAT), Paris.

      (5) Redouane Ainad Tabet, Le 8 mai 1945 en Algérie, OPU, Alger, 1987, et Boucif Mekhaled, Chronique d’un massacre. 8 mai 1945, Sétif, Guelma, Kherrata, Syros, Paris, 1995.

      (6) On en a eu un avant-goût dans les travaux en cours de Jean-Pierre Peyrouloux. Voir à ce propos « Rétablir et maintenir l’ordre colonial », Mohammed Harbi et Benjamin Stora, op. cit.

    • le bruit des archives

      sous le peuple, visage de la population
      sur les photographies de Marc Garanger

      par Arnaud Macé

      De la guerre d’algérie, nous avons des images. mais il n’y a pas d’équivalent aux portraits de ces femmes, regroupées dans un camp dans le secteur d’Aumale (actuellement Souk el Ghozlane), que Marc Garanger, alors appelé, fut amené à photographier en 1960. de face, forcées à se découvrir. celles-ci donnent un visage à la population et témoignent de sa mise à nu par l’armée. Quand la France coloniale, à son tour, se dévoile.

      Ce ne sont pas des images comme on en voit beaucoup de la guerre et des populations qu’elle affecte — des images saturées par leurs revendications, image en gloire du peuple en arme ou image exigeant la pitié, la compassion, l’effroi. Ce n’est pas que la situation en Algérie ait manqué de peuple en lutte ou de misère, ni que les femmes des camps de regroupement du secteur d’Aumale, en 1960, n’eussent pu incarner cela. Ce n’est pas que les photographies de Marc Garanger ne soient pas militantes. C’est plutôt que leur sens politique est d’une autre nature, et doit d’abord être compris comme une politique qui met en œuvre les pouvoirs propres de la photographie — une continuation de la guerre par d’autres moyens, ceux par lesquels sont menées des opérations sur le visible : il s’agit moins en effet de crier ou de revendiquer, que de rendre visible ce à quoi la guerre coloniale a précisément pour but de refuser la visibilité. Ainsi, tout simplement, des visages, ceux des femmes algériennes, visages plusieurs fois invisibles, plusieurs fois niés.

      Comme le confie un officier parachutiste à l’historienne qui l’interroge sur la pratique du viol comme instrument de guerre contre la population : il n’aurait pas pu y avoir beaucoup de viols en Algérie parce que, à la différence des filles d’Indochine, « le problème des Algériennes, c’est qu’elles étaient sales et voilées » (témoignage recueilli par Raphaëlle Branche, La Torture et l’Armée pendant la guerre d’Algérie, 1954-1962, p. 290). Le crime est parfait : le visage des femmes s’efface derrière le voile et la saleté ; même violées, leur viol n’aura jamais eu lieu. Même dévoilé pour les besoins de la photo d’identité, même vu, ce visage reste invisible : « Venez voir, venez voir comme elles sont laides ! Venez voir ces macaques, on dirait des singes ! » (propos du Capitaine à ses officiers d’État-major, rapportés par Marc Garanger, Femmes Algériennes 1960, postface). C’est contre cette invisibilité que le photographe mène sa guerre ; par le portrait, il donne à voir le visage d’une population qu’on ne veut pas voir.

      La guerre d’Algérie a la spécificité, parmi les guerres de la deuxième partie du 20ème siècle, d’être l’une de celles qui a, au plus haut point, donné lieu au face à face entre une armée et une population. Une population : non pas le peuple, non pas la nation, mais plutôt l’objet de la démographie et des pyramides des âges, objet signalé par le fait qu’il se prête à une série d’opérations : administrer, compter, recenser, surveiller, soigner, ficher, nourrir/affamer, isoler, déloger, déplacer, mettre en camps. L’Algérie française est ce morceau de France (devenu territoire français en vertu de la Constitution de 1848) où la population, dans sa majorité, resta l’objet que l’on administre, sans accéder à l’existence politique. Tandis que le peuple français ne connaît que des citoyens, la population des Français d’Algérie fut triée : FMA (Français musulmans d’Algérie) et FSE (Français de souche européenne). Tandis que les FSE (comprenant les enfants d’étrangers européens à partir de l’application du droit du sol en France en 1889, et donc aussi en Algérie, sauf pour les FMA) font partie intégrante du peuple français, la population FMA, formellement française, n’accède pas à la nationalité, ni à la citoyenneté, et reste sans droit de vote (sinon progressivement pour un « collège musulman » dont le poids restera ridicule eu égard au fait qu’il représente la majorité de la population), soumise à un régime juridique spécifique (au moins jusqu’à l’ordonnance du 7 mars 1944 qui supprime le statut pénal de l’indigène et soumet les musulmans aux mêmes tribunaux et aux mêmes lois que les FSE) et, de manière générale, à la discrimination économique et sociale.

      Au cours de la guerre d’Algérie, cette situation connaît d’ailleurs une accélération — au moment où le pouvoir d’administration de la population passe directement à l’armée. Cette forme inédite de pouvoir se déploie dans des zones où le contrôle de l’administration civile s’estompe, où l’armée entend tout à la fois surveiller, éduquer, nourrir, soigner, à travers ses SAS (Sections Administratives Spéciales), créées en 1955 et qui organisent le regroupement d’une partie significative de la population algérienne en camps (plus de 10% de la population totale). De ce face à face entre l’armée et la population, sur lequel la machine d’État n’a elle-même plus qu’une visibilité réduite, nous sont parvenues des images, celles de Marc Garanger.

      Il y a bien eu, pendant la guerre, des images du peuple en arme, de la nation naissante, alors interdites en France : photographies de Kryn Taconis ou de Dickey Chapelle que l’on a récemment eu l’occasion de voir à Paris (Exposition Photographier la Guerre d’Algérie, Hôtel de Sully, 23 janvier-18 avril 2004). Taconis et Chapelle, respectivement hollandais et américaine, suivent tous deux, dès 1957, les troupes du FLN, donnant à voir une armée disciplinée aux antipodes des caricatures véhiculées par la propagande française et les photographes officiels de l’armée. Mais il n’y a probablement pas d’équivalent aux photographies de Marc Garanger (lui-même présent à l’exposition de l’Hôtel de Sully), qui donnent un visage à ce qui sinon n’en n’aurait pas eu : la population des camps de regroupement. Le jeune photographe, sursitaire, appelé sous les drapeaux, arrive en Algérie en mars 1960, où il est affecté à des tâches de secrétariat. Le commandant, voyant quelques photos qui traînent sur le bureau, le nomme, de façon informelle, photographe du régiment, et lui demande immédiatement d’aller photographier « les Fells qui sont au tapis », ce qu’il appelle « son tableau de chasse ». Le photographe devient le témoin des assassinats de l’armée : les gardes du corps tués d’une balle dans le cœur, les prisonniers abattus après interrogatoire, officiellement morts des suites de leurs blessures.

      Les « centres de regroupement » sont le terrain où s’est traduit le plus clairement en Algérie le face à face de l’armée et de la population. On se reportera au document, décisif sur cette question, rédigé par Michel Rocard, alors jeune inspecteur des finances, officiellement chargé d’étudier le régime foncier des terres musulmanes, et qui remet un rapport « sur les centres de regroupement », dont le contrôle échappe à l’administration. Le journal Le Monde en publie des extraits le 18 avril 1959 ; Pierre Vidal-Naquet le publie intégralement dans les n° 12 et 14 de Témoignages et Documents (mai et juillet 1959), et dans La Raison d’État (Minuit, 1962). Il vient de paraître pour la première fois sous le nom de Michel Rocard aux éditions Mille et une Nuits — illustré par des photographies de Marc Garanger. Le problème qui mène à la constitution de ces centres trouve son origine dans la définition par l’armée, dès 1954, de « zones interdites ».

      Un tract intitulé « Appel à la population » (publié par Pierre Vidal-Naquet dans La Raison d’État, p. 59-60), lâché en 1954 par l’aviation sur les montagnes de l’Aurès en révolte, invite les « musulmans » à ne pas suivre les fauteurs de troubles et à rallier immédiatement « et avant dimanche 21 novembre, à 18 heures, les zones de sécurité avec [leurs] familles et [leurs] biens », avant qu’un « malheur terrifiant » ne s’abatte « sur la tête des rebelles » et qu’à nouveau règne « la paix française ». Il s’agit, en vidant des zones où désormais l’on tire à vue, de couper les Fellaghas de tout soutien de la population. Dès 1955, des camps de regroupement apparaissent, mais le mouvement s’accélère en 1957-58, à mesure que l’armée prend le contrôle du pouvoir d’administration sur la population.

      Présentés comme une mesure humanitaire, ces regroupements accomplissent plutôt l’extension du contrôle. L’enquête menée par Michel Rocard permet une évaluation quantitative de la population concernée et de sa répartition démographique. Le jeune inspecteur des finances comprend que les statistiques dont disposent les préfectures sont net-tement sous-évaluées, l’armée évitant de donner une existence administrative à ces centres, tant qu’elle peut se passer de crédits supplémentaires ou qu’elle parvient à faire affecter les budgets des travaux d’intérêts communaux (TIC) à ses dépen-ses. En croisant les statistiques officiel-les et la situation dans les régions qu’il visite, Rocard estime au million la population concernée — chiffre dont on pense qu’il a été dépassé en juin 1958. Le rapport témoigne en outre de la sous-représentation des hommes en âge de se battre ou de travailler et de la sur-représentation des enfants (plus de 50%) dans cette population qui a été coupée de ses moyens d’existence (agriculture ou élevage) par le déplacement.
      La situation sanitaire est alarmante. Les officiers SAS interrogés par M. Rocard le conduisent à l’estimation suivante : « une loi empirique a été constatée : lorsqu’un regroupement atteint 1000 personnes, il y meurt à peu près un enfant tous les deux jours » (p. 126).

      Marc Garanger se trouve projeté au cœur de ce « bio-pouvoir » directement exercé par l’armée sur la population, le jour où on lui demande de faire les photos d’identité de celles et ceux qui ont été regroupés dans la région où il se trouve. Comme le jeune inspecteur des finances, le jeune photographe détourne sa mission administrative. Il connaît les portraits qu’Edouard Curtis a faits des Indiens d’Amérique, au début du siècle, et se dit que c’est la même histoire qui se reproduit. Ce ne sont pas des photos d’identité qu’il entend faire, mais « des portraits en majesté d’un peuple ». Les femmes sont convoquées (photo 1). Il les photographie comme elles se présentent, avec leurs coiffes (photo 2). Le commandant, voyant les premières photos d’identité, recadrées 4x4cm, déclare : « On ne va pas faire une photo d’identité avec son chapeau sur sa tête », et l’ordre est donné aux femmes de se découvrir (photo 3, 4 et 5) : ultime opération sur la population déplacée, regroupée, décoiffée. Lors de sa seule permission, en 1961, il emporte clandestinement ses photos à L’Illustré Suisse, à Lausanne, qui les publie quelques semaines après qu’il soit retourné dans son régiment, en Algérie. Le photographe rend ainsi un visage à cette population invisible de femmes, d’enfants et de vieillards qui peuplèrent les camps de l’armée française en Algérie.

      Outre le livre de Michel Rocard (Rapport sur les centres de regroupement et autres textes sur la guerre d’Algérie, Ed. Mille et une Nuits, Paris, 2003), on retrouvera les photographies de Marc Garanger en Algérie dans : Femmes Algériennes 1960, Atlantica, 2002 (3ème édition, 1ère édition chez Contrejour en 1982) ; La guerre d’Algérie vue par un appelé du contingent, Seuil, 1984 (actuellement réimprimé) ; Femmes des Hauts-Plateaux, Algérie 1960, La Boîte à Documents, 1990.

    • Projection du film Cartouche gauloise de Mehdi Chérif :

      Un film sur la guerre d’Algérie

      par B.R
      Cartouche gauloise est le titre du film français de Mehdi Chérif qui sera projeté le 9 janvier prochain à partir de 18 h à la salle Cosmos de Ryadh El-Feth. Les rôles principaux sont interprétés par Assia Brahmi, Tolga Cayir, Mohamed Faouzi Ali Cherif, Mohamed Dine Elhannani, Betty Krestinsky...

      D’une durée de 1h30, ce film est programmé dans le cadre de l’évènement « Alger capitale de la culture arabe 2007 ». Le réalisateur situe le film en 1962. C’est le dernier printemps de la guerre d’Algérie. Le printemps avant l’été de l’indépendance.

      Ali, 10 ans, est vendeur de journaux. Son monde est celui de la guerre et de l’enfance. Dans son monde, il y a les attentats. Il y a l’apartheid. Il y a son père, un moujahid dont on lui a dit de dire qu’il est parti travailler en France.

      Il y a l’arbitraire et la violence de la « pacification ». Il y a le cinéma où Ali va chercher la paix, récitant les dialogues de Los Olvidados qu’il connaît par cœur. Il y a Nico, le meilleur copain d’Ali. Et il y a le foot et l’équipe de Reims...

      « Ils sont les meilleurs ! ». Il y a la cabane qu’ils construisent tous ensemble. Il y a les copains algériens qui se font rafler, exécuter... Il y a les copains français qui partent un à un, en sachant qu’en France « il fait gris, tout le monde est triste et...

      ils n’aiment pas les youdes ». Il y a Djelloul le harki qui fait si peur à Ali... L’homme sans pitié qui, bientôt, fera pitié à Ali... Il y a Barnabé, le chef de gare, muté à Sarcelles où, c’est sûr, il n’est « pas près d’y revoir un Arabe ou un Juif... » Il y a Zina, dont Ali est amoureux...

      Bientôt, elle fuira... Mais qui voudra l’aider, à part peut-être Ali ? Il y a Rachel, la voisine juive, qui – indépendance ou pas ! – reste et dit préférer « mourir de la main des Arabes que d’être humiliée, là bas, en France... » Elle sourit à Ali en lui disant : « Allez...

      Va à ton indépendance... » Il y a l‘amour d’une mère, d’une épouse enveloppant son fils Ali d’affection, de force, de dignité en attendant le retour de la liberté, et avec, celui de « son homme »... Et il y a Nico... encore et toujours.

      Le meilleur copain... Le copain cruel aussi qui hurle : « Vous êtes tous des fourbes ! La cabane, elle est à moi aussi ! » Nico, le copain qui ne « partira jamais »... Jamais ? C’est de la fiction, s’expliquera Mehdi Chérif à la presse qui n’a pas voulu faire un film sur la guerre d’Algérie.

      Il se refuse à porter un jugement sur qui est responsable de la guerre, de ses atrocités. Toutefois, les images doivent lui avoir échappé ; elles sont éloquentes ! Ali (Ali Hamada) a, il serait étonnant qu’il en soit autrement, des copains européens, notamment Nico (Thomas Millet).

      Mais la situation matérielle n’est pas la même pour tous. Chaque matin, Ali fait sa tournée de distribution du journal, l’Echo d’Oran, nous a-t-il semblé. Une cabane en roseaux a été construite par les enfants sous le pont de chemin de fer qui enjambe un oued.

      C’est là qu’ils se retrouvent quand ils ne jouent pas au foot sur un terrain vague. Les discussions entre eux reflètent l’état d’esprit des parents. Le père d’Ali est, selon la terminologie des colonisateurs, un « terroriste ». L’armée est bien présente.

      Elle massacre, torture, viole… Nous sommes peut-être avant le 19 mars. Quoique les exactions aient continué au-delà de cette date ! Les femmes cachent et aident les fellaghas. Aïcha (Zahia Saïd), la mère d’Ali, est très belle et, en l’absence de son mari, reporte son affection sur son fils.

      Un attentat se produit le 14 juillet, soit une dizaine de jours après l’indépendance. Dans les familles pieds-noirs, on prend des dispositions pour quitter le pays. Enfin pas toutes : un couple de personnes âgées décide de rester. Les représailles commencent à s’exercer sur les Maghrébins qui avaient choisi le camp de la France.

      Le sort que notre pays a réservé aux harkis illustre cette donnée que la soumission n’est pas payante ! Ceux qui se retrouveront dans les camps de regroupement installés pour les accueillir vivront le même état d’esprit colonialiste et raciste qui avait conduit à la rébellion.

      Car si Mehdi Chérif regrette le gâchis qui s’est soldé par l’exode de la communauté européenne, celui-ci a des causes objectives qui ont leur source dans 132 ans de colonialisme dont 8 ans d’une guerre pendant laquelle on avait la prétention de régler les problèmes par le recours à la force armée ! La presse française a porté la critique suivante lors de la sortie du film en août 2007 : « C’est un peu le défaut du film que d’avoir voulu évacuer toute analyse de ce qui était en cause dans le drame algérien.

      Chacun y va de ses doléances : les pieds-noirs, les harkis, les Algériens… Il manque celles des appelés du contingent, l’un d’eux ayant clairement exprimé, lors du débat, qu’il n’entendait pas passer l’éponge sur la responsabilité des hommes politiques dans la situation que les jeunes Français de vingt ans ont vécue à cette époque.

      Mais cette intervention s’est noyée dans d’autres. Certes Mehdi Chérif concède, en citant Albert Camus, que « le bonheur rend aveugle ». Ah, c’est bien ce qui était. Les souffrances du peuple algérien n’étaient vraiment pas prises en considération par les pieds-noirs.

      Et presque jusqu’à la fin, et pour certains jusqu’à aujourd’hui, ils n’ont pas compris ce qui était en cause ». Cependant, d’autres trouvent que le film est bien fait. Ali est très beau et parfaitement crédible. Certaines répliques ont valeur de symbole : celle du chef de gare par exemple, qui estime que les seuls en mesure de le comprendre c’étaient les autochtones.

      Celle aussi de Nico qui, à propos de la cabane dont Ali va rester le seul « propriétaire », qui estime que c’est aussi sa cabane. Ali, c’est lui, Mehdi Chérif, romancier et réalisateur dont la part d’enfance est restée en Algérie. Le film fouille une mémoire blessée (la ségrégation, la pauvreté, la séparation...) et pourtant nostalgique.

  • JE VIENS DE LIRE L ENSEMBLE DE VOS MESSAGES
    je suis vraiment heureux et fiert de savoir que nous avons parmis nos anciens paras tels les legionnaires ou les bigeard
    ayant la trempe des raymond cloarec qui ont le courage de devoiler
    leurs actes executes sur ordres ou sans ordres cloarec est un exemple car grace a lui nous decouvrons la face cachee de cette guerre d algerie ou l on ne veut parler que de ce qui est honnorable pour l armee francaise et ses combattants cloarec ce heros pour faits de courage au combat n en parle pas il ne devoile que ce qui ne doit pas etre dit ? LA FACE CACHEE lA torture le tue a petit feu de plus en plus et au fur et a mesure de son viellissement comme il dit : SEULE LA MORT VIENDRA ME LIBERER
    DE CES SOUVENIRS CAUCHEMARDESQUES....comme je le comprends ; ; ; ;
    MAIS QUANT IL DIT : de liberer ma conscience en devoilant nos tortures nos executions sommaires nos viols nos destructions de VILLAGES ET DE SES populations et de leurs habitants pour decreter apres ZONE INTERDITES ? rien que d en parler mais surtout de les avoir ecrites
    ses memoires comme il dit:aucour de ses (57 MOIS OPERATIONNEL SUR LE TERAIN DONT 127 OPERATIONS PLUS LES DEUX BATAILLES D ALGER

    MERCI DOMINIQUE D AVOIR BIEN VOULU PUBLIER LES REVELATIONS DE CLOAREC CA AIDE A MIEUX COMPRENDRE CETTE HISTOIRE QUI FAIT HONTE
    a la FRANCE

  • HALTE A L HYPOCRISIE

    OBAMA a voulu faire montrer aux medias 40 PHOTOS DE TORTURES
    sous la responsabilite de l armee americaine EN IRAK mal lui en a pris car il n avait pas compte sur la reprobation des generaux ,,, ?
    BIS REPETITA POUR L ARMEE FRANCAISE EN ALGERIE
    nous avons fait la meme chose et avons decrete la prescription 10 ANS APRES uniquement pour mettre a l abrie notre armee nos officiers nos capitaines nos lieutenants /DEVENUS GENERAUX AUJOURDH UI /
    A L EXEMPLE D AUSSARESSES qui si lui a avoue par contre ceux qui sont concernes aujourdh ui sont devenus tous sans exception
    AMNESIQUES ? et pries le bon dieu chaque jours pour que la volonte d OBAMA VISANT A DEVOILER CET ETAT DE FAITS NE DETEIGNE PAS SUR LE PRESIDENT SARKOZY pour qu il en face autant pour l algerie ; ; ; ; ; ; ;
    pour nous ce serait d autant plus grave du fait que nous n etions pas en guerre et que dans nos centres de tortures 17 A ALGER 586
    SUR LE TERRITOIRE ALGERIEN ainsi que nos executions sommaires par centaines ou l utilisation du NAPALM OU LANCE FLAMMES OU LA DESTRUCTION DE VILLAGES PAR LE FEU POUR DECRETER ZONE INTERDITES APRES L EXECUTION DES HABITANTS ? le tout contraire AUX CONVENTIONS DE GENEVE ?? DE SURCROIT nous n etions pas en guerre mais EN MAINTIEN DE L ORDRE ? JE DIT HALTE A L HYPOCRISIE ?

    raymond cloarec ancien BIGEARD BOY S
    (è mois en algerie au 3 eme RPIMA

  • Bonjour,
    j’étais gamin ,quand l’Algerie a pris son indépendance.Il importe ce qui s’est passé pendant 132 années.Et pour terminer le deuil de 2 familles originaires de Metlili(w.Ghardaia) je fais un appel à témoignage sur :
    1)Recioui Mohammed,condamné à mort en Novembre 1956,il a été éxécuté par "Meyssonier"le 19 Mars 1957 à 5h05 du matin.De sa famille,vivent 2 soeurs (agées)qui voudraient savoir plus sur les derniers moments de leur frère .
    2)Belmokhtar Slimane ,extrait de la prison de Serkaji à "0h30’} !!!!!} "par les gendarmes !!!!!! pour être éxécuté à la caserne d’Orléans(haut d’Alger).!!!!!!!Il s’agirait du dernier condamné à mort éxécuté en Algerie(1/12/1960).

  • comme un homme civilise venu en Algérie pour une mission d aide ,d amour, de fraternitee, tout humain conscient la france doit reconnaitre son crime le plus odieux que tout le monde le reconnait, et ce n est pas la mer a boire pour cette tranche de francais qui veulent fairent la sourde oreuille en se ventons d etre les pionniers de la civilisation terrestre,c est absurde,c est des ignorants,des sans cervelle, parce que le passe est le passe ,tout le monde maintenant sait qu est se qu une guerre,ses regrets ,crimes,famine, angoisses,mais jusqu’à ou,et de la,les gents savent que seul l’amour l’emportera,la joie,la tranquillité,la paix et a eux seuls ne suffiront pas,car,seul le pardon l’empotera donc il faut excuser,et tant que fils de chahid si la France ne s excuse-pas honorablement devant le peuple algérien et en l’honneur de ses martyrs et gloire a tout ceux qui ont contribues a cette indépendance largement méritée et tant souhaitée,et même nos amis français ont optes pour l’arrêt des crimes envers un peuple qui vivait chez lui paisiblement,sans dérange la moindre tourterelle, alors soyons raisonnable et aimons nous ,sans hypocrisie ni arrières pensées qui peuvent nuisent nos peuples,moi même je veux que les français soient nos copines,mais ,sans excuse je suis contre tout rapprochement avec la France,et je n aurais jamais confiance aux français,et merci d avoir lu mon hommage a mon que je n avais pas fréquente et la faute est aux français qui n ont pas puent arrêtes cette misérable guerre qui m a prive d un ami que dieu le tout puissant aille son âme au paradis incha allah :( j’attends votre avis)

  • la france veut prendre les algeriens pour des imbeciles, des ignorants,des cityoins sans memoires,des gents non civilices,pourtants les francais ont tues mon drand pere age de 75 ans pour cause qu il etait un maitre de coran dans une tente du village comme classe,alors son destin etait commis d office d etre tuer en premier lieu et sans aucune faveur possible, alors ;la france se trompe enormement de son orgueil


Témoignages - 82e année


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