Amiante : nous ne connaissons pas tout !

30 octobre 2006

Mettant en application un nouveau dispositif législatif, le Conseil régional a vérifié plusieurs sites bâtiments que ses services occupent dans toute l’île contiennent de l’amiante. La collectivité s’est rendue compte que c’est effectivement le cas pour certains bâtiments. En rendant publique cette donnée, la Région apporte une information décisive : on sait maintenant que de l’amiante a été utilisée à La Réunion dans la construction immobilière. En raison de ses propriétés d’isolation acoustique, thermique, et de résistance à la chaleur, l’amiante a été utilisée dans de nombreux matériaux.
Dans un premier temps, dès le lendemain de la deuxième guerre mondiale, dans les chantiers navals et l’industrie textile. Ensuite, à partir des années 1950, 1960, et 1970, sa diffusion s’accélère. Mélangé à du béton, l’amiante entre dans la construction d’immeubles.
Dès les années 30, sa “cancérogénicité” est connue : des cas suspects sont recensés en Grande-Bretagne. Pourtant, aucun pays européen ne procède à une interdiction. Le puissant lobby pro-amiante veille au grain. Les pays européens s’orientent alors vers “utilisation sécuritaire" qui vise à protéger les travailleurs de l’amiante. À partir des années 80, on commence à s’alarmer réellement des conséquences sanitaires de l’utilisation de l’amiante dans les constructions. Lorsqu’il se dégrade, des fibres cancérigènes se répandent dans l’atmosphère. Un peu partout en Europe, les cas de cancer se multiplient. Autour du cas de l’université de Jussieu, la mobilisation pour interdire l’amiante s’intensifie. La France interdit son usage à partir de 1997. En 1999, une directive européenne interdit l’amiante au 1er janvier 2005 dans tous les États-membres.
Depuis de nombreux dispositifs ont été pris pour interdire les locaux contenant de l’amiante (Tour Montparnasse), détruire les porteurs d’amiante (le Clemenceau) ou vérifier si des constructions de toutes sortes (immeubles comme maisons individuelles à usage privé ou pas) contiennent ce produit.
Depuis le 1er septembre 2002 avant d’acheter un appartement, le futur acquéreur est en droit d’exiger une attestation de non-présence d’amiante. Les notaires doivent obligatoirement réclamer ce document lors de toute vente dans une copropriété. Les recherches doivent être faites lorsque le permis de construire a été délivré avant le 1er janvier 1980 sinon avant le 1er janvier 1997 lorsqu’un faux-plafond a été posé. Pendant longtemps, La Réunion ne se sentait pas concernée par ce problème. À partir de là, une démarche s’impose : vérifier de manière méthodique si tous les immeubles collectifs à usage privé ou public construits avant 1980 contiennent de l’amiante. La priorité pourrait être donnée aux écoles, collèges, lycées, facultés, c’est-à-dire tous les établissements scolaires. Il n’y a sans doute pas lieu de s’alarmer car le produit incriminé pourrait avoir été utilisé dans des proportions acceptables. Il faudrait cependant appliquer le principe de précaution.

Muriel Sarnon


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Témoignages - 82e année


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