Apprendre à écrire

6 juillet 2007

À ceux qui n’ont pas la plume facile et qui éprouvent des difficultés pour écrire le français, je voudrais reprendre ici ces lignes d’Alain, le philosophe et le poète : « Comment apprend-on une langue ? Par les grands auteurs, non autrement. Par les phrases les plus serrées, les plus riches, les plus profondes, et non par les niaiseries d’un manuel de conversation. Apprendre d’abord, et ouvrir ensuite tous ces trésors, tous ces bijoux à triple secret. »
À sa suite, je propose une recette toute simple, que j’ai souvent l’occasion d’expérimenter : je pars d’un beau texte, le principal critère étant pour moi que je peux le dire à haute voix, me souvenant de la remarque de Flaubert : « je ne sais q’une phrase est bonne qu’après l’avoir passée dans mon “gueuloir” ». Je le découpe ensuite en groupes de souffle, comme fait l’instituteur ou l’institutrice qui enseigne la lecture à ses élèves, et je m’applique à le lire à haute voix, ou plutôt à le dire, ou mieux encore à le jouer, en détachant chaque groupe de mots pour lui donner toute sa force. Pour prendre un seul exemple : « Un jour, / sur ses longs pieds / allait, / je ne sais où, / le héron au long bec emmanché d’un long cou... » Alors je découvre encore mieux que le rythme du vers de La Fontaine traduit admirablement le dandinement du héron, et que le portrait moral calque sur le portrait physique. Le même travail sur Proust, dont les phrases me semblaient si longues, me permet de mieux goûter aujourd’hui toute sa richesse et sa profondeur. Et c’est toujours Alain qui m’instruit quand, observant l’enfant occupé à lire, il affirme : « Je ne vois pas (qu’il) puisse s’élever sans admiration et sans vénération... Rien n’est trop beau pour cet âge. »

Georges Benne


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Témoignages - 82e année


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