Assez d’instrumentaliser le travail social des Associations !

19 octobre 2006

Le politique devrait se féliciter de l’engagement militant et bénévole des citoyens qui mettent leur énergie au service de causes humanitaires. Quand la société civile manifeste ainsi sa capacité à se mobiliser, elle fait grandir la démocratie. Alors, pourquoi s’approprier ses initiatives ? Les susciter, oui, et leur donner les moyens de vivre à travers un partenariat respectueux de la mission dc chacun. Or, depuis dix ans, à Saint-Denis, tant avec une municipalité de gauche qu’avec une municipalité de droite, le chemin est difficile pour établir cette qualité de partenariat, si tellement les pratiques sont ancrées de "mettre la main" sur l’action initiée par le milieu associatif !
L’inauguration de l’Espace de Solidarité et d’Insertion de la rue Turpin marque cette continuité d’une municipalité à l’autre. Rapportée par les journaux, c’est un "copié-collé" du projet de la Halte Dionysienne, chargée en 1999 et 2000, conjointement par la DRASS et le préfet d’assumer la mise en place, à terme, d’un CHRS pour les personnes en grande précarité sociale et sans logement.
Il serait trop long dc raconter toute l’histoire. Rappelons quelques jalons. En 1998, la DRASS s’inquiète dc la dégradation de l’abris "l’Étoile du soir" créé à Saint-Jacques par le Père Grienenberger en 1985. Avec le concours de l’AREL, elle initie une discussion avec l’AEPQS, association de la paroisse de Saint-Jacques gestionnaire de "l’Étoile du soir" et du Restaurant de l’Amitié. Décision est rapidement prise de rassembler un collectif d’associations (UTPV, Abbé Pierre, Secours Catholique, Association Martin Luther King, Croix Rouge Française) pour créer une nouvelle structure.
La Mairie de Saint-Denis, à travers le CCAS est immédiatement associée au projet qui se veut fédérateur. Mais rapidement, des conflits de stratégie sont apparus entre les associations et les visées municipales. Pourtant, par la voix du CCAS, était affirmé un changement de politique ; le service à rendre doit être "extemalisé" par rapport aux services municipaux, et il doit être professionnalisé.
L’évêché s’engage alors à mettre à disposition de la Halte Dionysienne un bâtiment neuf sur le terrain de Saint-Jacques qui doit faire l’objet d’une démolition et s’inscrire dans la rénovation du quartier au sein du Grand Projet de Ville. En réunion de concertation à la DRASS, la SHLMR s’engage, pour sa part, à rechercher dans son patrimoine un local qui pourrait être mis à disposition de l’association pour une durée limitée (2 à 3 ans).
Première grande déconvenue : Sans y associer le collectif d’associations fondateur de la Halte Dionysienne, le CCAS crée l’événement en inaugurant, le 20 mai 2000, la Maison de la Solidarité, baptisée Alain Peters, dans un bâtiment mis à disposition par la SHLMR. Demi surprise car la chaise du CCAS demeurait désespérément vide à nos conseils d’administration. La promesse de la mairie de "démunicipaliser" le Centre d’Hébergement du Butor et d’en confier la gestion à la Halte Dionysienne avait été pourtant enregistrée (PV du 8 octobre 1999).
Deuxième grande déconvenue : En 2004, la phase de démolition sur le terrain dc Saint-Jacques exige de déménager le Restaurant de l’Amitié. La Halte Dionysienne relance la concertation et propose au Maire un petit bâtiment rue Montreuil. Moins de vingt mille euros sont nécessaires pour le mettre aux normes. Malgré un " forcing" opéré en août-septembre 2004 dans l’espoir d’ouvrir ce "restaurant du cour" avant la période cyclonique, rien ne bouge et le projet s’enterre... Octobre 2006, comme par enchantement, l’espace Turpin voit le jour. Ni la Halte Dionysienne, ni l’économe diocésain en charge du chantier de Saint-Jacques n’ont eu l’honneur d’être convié à l’inauguration !
Que voulons-nous collectivement ? Ouvrons un débat, allons koser ! Surtout, sortons de ces pratiques : elle tue l’associatif, elle tue l’engagement militant et bénévole. C’est la cohésion de notre société qui est en jeu : disposer d’un large tissus d’acteurs qui relient en permanence les institutions de la République et l’environnement immédiat dans lequel les citoyens ont à inventer notre vivre ensemble.

Stéphane Nicaise
Co-fondateur de la Halte Dionysienne, en qualité de Président de l’AREL


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Témoignages - 82e année


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