Le sens des responsabilités
10 juin, parNote de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
26 avril 2008

Oui nous sommes un peuple métissé : c’est une réalité.
Dès le peuplement de l’Ile, l’Ile Bourbon puis l’Ile de La Réunion, le métissage a commencé. Mais chaque immigrant déraciné a voulu garder son identité originelle. C’est naturel, c’est humain.
Ainsi, aujourd’hui, le métissage est valorisé à travers des grandes manifestations culturelles et cultuelles comme le jour de l’an tamoul, le jour de l’an chinois et le jour de l’an arabe.
Bien sûr, on parle aussi du 20 décembre. Cette belle fête, arrosée en manifestations sonores, où tout le monde boit, danse. C’est la liberté de tous les Réunionnais.
Vive Sarda Garriga, le papa de ces esclaves opprimés pendant des années ;
Vive Sarda Garriga, celui qui va effacer ces sommes de souffrances qu’un peuple a porté en étant victime de violences, de viols ;
Merci Sarda Garriga pour libérer ce peuple qui a enfoui dans sa mémoire ces belles images de son pays où jadis il marchait librement dans sa savane avec ses frères en fredonnant des chants liturgiques,
Merci Papa Sarda de nous laisser à nouveau danser aux rythmes de nos instruments musicaux
Merci Papa de nous autoriser d’avoir une pensée pour nos ancêtres et de les honorer selon la coutume.
Mais Papa Sarda, tu nous as oubliés, tes belles paroles humaines la “fanées”.
Aujourd’hui, tous les 20 décembre gomment peu à peu les plaies de l’esclavage. Chaque être humain veut retrouver sa juste place dans cette société réunionnaise métissée.
Mais en réalité, il y a injustice culturelle et cultuelle.
La société réunionnaise est malade. Beaucoup souffrent encore de ce passé où violences, blocages, mal être, sont les maux quotidiens qui empêchent une grande partie de la population réunionnaise de réussir économiquement et socialement. Cette population victime de l’illettrisme se réfugie dans la boisson locale : le Rhum et exprime son exclusion dans des actes violents (conflits conjugaux, bagarres avec des armes blanches, échec solaire chez les jeunes...) la liste est longue.
Que faire alors, faut-il rester les bras croisés et continuer à regarder l’ascension sociale des groupes qui n’ont pas subi de plein fouet la déculturation, l’avilissement massif et profond de l’esclavage. Ceux là ont trouvé une tranquillité d’esprit qui se traduit par une réussite sociale facilitée par cette solidarité autour du culturel et du cultuel.
Qu’en est-il des descendants d’esclaves, Malgaches, Africains, souvent encore au dernier rang économique et social ? Je sais que cela agace profondément d’évoquer un passé peu glorieux et gênant que tous ont envie d’oublier. Encore faut-il pouvoir réellement le faire. Surtout ceux qui en subissent encore les séquelles, comme nous sommes obligés de le constater : des descendants qui ont toujours du mal à “s’aligner” sur les autres.
Bêtise, manque d’initiative, inconséquence, pourquoi pas paresse, incompétence atavique, vices de toute sorte, seraient la raison de leurs difficultés ? On peut toujours fustiger un comportement qui ne semble pas favoriser le dynamisme économique et social.
Vous ne vous êtes pas posé de questions que c’est quand même curieux que cela fonctionne mal pour tout un groupe ? Ne me dites pas que cette généralisation est grossière, peut-être, mais c’est quand même la majorité qui est concernée, et vous le savez...Les individus qui réussissent en ont plus de mérite mais c’est un petit nombre.
C’est tellement plus facile d’être naturellement “digne” de toutes les réussites que vous voyez déjà inscrites dans votre entourage quotidien. C’est tellement plus facile d’avancer quand votre parcours est balisé de repères ancestraux qui vous rassurent sur les valeurs du groupe auquel vous appartenez et auxquelles vous vous accrochez dans les moments d’égarement et de doute.
Que faire quand votre religion est considérée comme superstitions et sorcellerie ? où se réfugier ? où panser vos douleurs ? où se construire ? Où se reconstruire ? Il n’y a même pas un seul espace officiel sur toute l’Ile qui soit reconnu comme tel. Ceci est symptomatique d’une situation certes historique, puisque contrairement aux engagés indiens que Bourbon a fait venir et auxquels il fallait donner un espace cultuel de droit, mais toujours est-il que le servis malgache ou africain se confine toujours dans la sphère privée.
Aujourd’hui, il est urgent d’agir : au nom de la paix sociale, au nom du devoir de mémoire, il faut parler de réparation. Ces jeunes, ces adultes qui ont perdu leurs attaches culturelles et cultuelles, attaches refoulées, oubliées, critiquées, jugées injustement, vivent mal leur ancestralité. Cette partie de la population réunionnaise qui frappe tous les jours aux portes des collectivités pour subir ces nouvelles marques esclavagistes modernes : RMI, CES, contrat CUI, allocations familiales, aides logement, allocation parent isolé... Ces nouvelles chaînes solides et modernes créées par des maîtres plus riches et plus puissants aliènent davantage ces nouveaux esclaves qui sont étroitement contrôlés par des nouveaux “commanders”.
Pour apaiser et panser ces souffrances psychologiques, nous devons restaurer ces sites historiques, ces lieux de mémoires oubliés. Nous devons favoriser l’installation de sanctuaires. Ces lieux chantent l’Afrique et la Grande Ile, ces lieux sont remplis de souvenirs, ces lieux miroitent la culture malgache.
Voilà, nous devons nous concerter pour rendre hommage à ces Réunionnais qui réclament leur identité à travers la mise à disposition des lieux qui leur permettront de se ressourcer, de rendre hommage à leur ancêtre, des lieux qui transpireront leur culture malgache ancestrale, des lieux qui permettront à ces gens d’être considérés comme tous les autres, des Réunionnais fiers, courageux, responsables et surtout armés pour être des citoyens actifs reconnus.
Aline Murin- Hoarau
Note de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
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Messages
1er mai 2008, 16:47, par timamzel-en-exil
si aujourd’hui cette catégorie de reunionnais auquel vous faisez référence subit une injustice sociale, c’est parce qu’ils croient qu’ils seront toujours inférieurs par rapport aux autres catégorie de la population qui réussisse, et c’est ce sentiment d’infériorité qui les empêche d’avancer. Moi même je fais partie de cette catégorie de population,et je fais partie de cette minorité qui a réussi. Cette réussite je la dois à l’école, je pense que c’est le premier moyen d’ascension sociale.
Il n’y a aucune raison pour que les réunionnais descendants d’esclaves malgaches se sentent inférieurs.
Aujourd’hui nous ne sommes plus malgaches, malbars, blancs, chinois...car nous avons le "sang mêlé", nous sommes tout simplement réunionnais car métissé. Et parce que nous sommes tous réunionnais, nous sommes tous pareils, aucun réunionnais ne vaut plus qu’un autre.
1er mai 2008, 18:18
Même si je partage certains constats de l’auteur de cet article, je suis en revanche dubitatif sur ce qu’elle propose comme remède au mal être d’une partie de la population de notre île. Il faudrait donc favoriser l’installation de sanctuaires pour en quelque sorte exorciser le passé.
- Sur le fond, je ne suis pas sûr que le repli sur le religieux constitue en soit un remède.
- Sur la forme je me pose beaucoup de questions : qui doit favoriser l’installation de sanctuaires ? ces sanctuaires seront dédiés à qui ? vous dites que nous devons nous concerter mais qui est ce "on" ? l’Etat, les collectivités ou les citoyens ? Vous parlez de l’absence d’espaces officiels dédiés à des cultes Africains ou Malgaches mais, à l’exception de la plupart des églises catholiques, qui appartiennent pour des raisons historiques aux communes ou à l’Etat, les autres lieux de cultes sont privés. Les temples indiens, les pagodes chinoises, les mosquées ont été construits par des associations de fidèles. Rien n’interdit aux fidèles des cultes Africains et Malgaches de construire des sanctuaires.
Sur la méthode, Lorsque vous affirmez que c’est tout un groupe bien déterminé qui va mal, je me demande sur quelles données chiffrées vous vous appuyez.