Di sak na pou di

Autonomie, indépendance, mensonges et vérités (suite)

François Maugis / 13 décembre 2017

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Pardonnez-moi, cher ami, je vais décharger ma bile, non pas sur les frêles épaules de Dalbos mais sur celles de tous ceux qui, comme lui, n’ont pas une vision assez large des choses.

Vous jonglez merveilleusement avec les mots mais beaucoup moins bien avec les idées. Manque de hauteur de vue du spécialiste en littérature que vous êtes ? Vous l’aurez remarqué, j’ai une dent contre les spécialistes. Vous me comprendrez mieux si vous vous référez à la notion « d’honnête homme » héritier du « kalos kagathos » de la Grèce antique, abondamment illustrée dans la littérature du 17e siècle. Nous avions des philosophes ouverts sur le Monde. Nous avons aujourd’hui des « spécialistes » très pointus dans leur domaine mais quasiment ignares dans tous les autres. Dans ces conditions, comment comprendre le Monde dans sa globalité, comment l’aimer ? Quelle synthèse de cette maudite mondialisation, êtes-vous capable de faire ? Vous ne vous en êtes peut-être pas aperçu mais mon courrier du 7 décembre dans Le Quotidien, était une réponse à vos dithyrambes contre deux hommes [1] qui souffrent dans leur corps et dans leur âme car la vie qu’on leur fait mener ne correspond plus à l’idée qu’ils se font du bonheur, de l’équilibre, de la sérénité et de la vie.

Perdus dans la logorrhée de mille spécialistes, le monde actuel perd pied. Noyés dans les circonvolutions machiavéliques de spécialistes de plus en plus bornés, matérialistes et prétentieux, le mouvement brownien des idées a perdu toute ambition morale, toute âme, tout bon sens, toute logique (sauf celle du profit), toute ouverture, toute structure. C’est un château de cartes fragile, c’est une grenouille non viable car exagérément gonflée d’ambition. Un corps immense et mou, coiffé d’une tête minuscule, voilà, pour ceux qui savent observer et connaître, ce qu’est devenue l’humanité. Déjà très malade, ce n’est plus, semble-t-il, un monstre viable.

Alors, les rares microbes qui s’insurgent, les rares esprits éclairés qui ont compris les choses à leur manière, je dis bravo. Être vivant, ouvrir les yeux et faire fonctionner à la fois son cerveau et les 5 sens que la nature nous a donné, pour s’élever au-dessus des miasmes d’une société aveuglée, je dis bravo. Comprendre qu’en suivant aveuglément le joueur de flute, le troupeau de rats court à sa perte, je dis bravo. Se dresser telle Jeanne d’Arc (celle qui devait être complètement folle ou inconsciente) pour sauver sa région, son pays ou le Monde, je dis bravo.

Amis spécialistes, je ne vous en veux pas. Comme nous tous, vous faites partie de ce corps sociétal immense et mou, endormi par les chimères d’une illusoire « success story » qui ne mène nulle part. Se réveiller, penser par soi-même, être autonome, indépendant, voilà la route du salut et merci à ceux qui nous guident sur ce chemin-là.

François Maugis
La Réunion

[1Courrier d’Henri DALBOS du 28 novembre contre Bernard GRONDIN et du 6 décembre contre Beurty DUBAR.