Ben mon colon !

22 décembre 2006

La nausée et le dégoût : telles sont les sensations que j’ai éprouvées en lisant le texte ahurissant de M. Albert Ramassamy qui demandait « un sobre 20 décembre ». C’est-à-dire un 20 décembre de l’oubli et de la négation. Il est vrai qu’il n’y a pas grand chose à attendre de ce personnage, mais tout ceci confirme que le respect de l’Histoire n’a aucune valeur pour ce chantre de la décolonisation par l’assimilation.

Car M. Ramassamy préconise que l’on cesse d’explorer la « vase immonde » dans laquelle aurait pris racine une jolie fleur de lotus : contentons-nous de regarder la fleur, nous conseille-t-il. Cette jolie métaphore pour exprimer qu’il convient d’oublier les pages peu reluisantes de l’Histoire de La Réunion, au nom d’un hypothétique “vivre ensemble” aujourd’hui. Mais peut-on raisonnablement penser que les rapports de classe de la société post-coloniale contemporaine soient totalement décorrélés des rapports de domination de La Réunion esclavagiste ? Peut-on nier que le capitalisme de rente qui gangrène aujourd’hui notre île soit bâti sur les décombres de cette société coloniale profondément inégalitaire (ce qui n’est pas peu dire) ? Se plonger dans les racines immondes de la l’Histoire réunionnaise, ce n’est pas du masochisme, c’est préparer les combats de demain pour l’émancipation et pour l’unité réunionnaise, pour la dignité, tout simplement.

D’aucuns (mal intentionnés) rétorqueront que Grouffaud qui traite Ramassamy de colonialiste, c’est fort de café. Peut-être... Mais c’est peut-être plus encore en tant que père de famille que je suis révolté par ses écrits. Non, je ne souhaite pas enseigner à mes enfants que l’histoire de La Réunion commence en 1946, ni même en 1848. Oui, je pense qu’il faut explorer les tréfonds de l’Histoire, quitte à y remuer la merde. J’espère bien que mes enfants, quand ils seront en âge de lire et de comprendre, étudieront le “Code noir”, pour apprendre que les esclaves étaient considérés comme des “meubles”. Je ne voudrais pas, comme je le constate trop souvent, qu’ils croient que Cimendef n’est qu’un piton quelque part entre Mafate et Salazie. Mes enfants ont certainement une partie de leur arbre généalogique souillé par le sang d’ancêtres esclaves. Et alors ? Leur nier cet “héritage”, c’est nier une partie d’eux-mêmes.

Joël Grouffaud


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Témoignages - 82e année


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