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18 juillet, par4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
Visite de la ministre du Tourisme à Sainte-Suzanne
2 septembre 2025, par

La visite, ce lundi, de la Ministre déléguée auprès du Ministre de l’Economie, des Finances, du numérique, chargé du tourisme pour découvrir un bel outil, la Vanilleraie de Sainte-Suzanne, ne doit pas être réduite à un simple déplacement officiel. Elle prend racine dans une histoire qui dépasse les murs d’une entreprise, si exemplaire soit-elle. Elle s’inscrit dans la mémoire vive d’un peuple et dans la trajectoire universelle d’un génie oublié : Edmond Albius.
C’est ici, à Sainte-Suzanne, qu’en 1841, un enfant esclave de 12 ans mit au point le procédé de fécondation artificielle de la vanille. Cet acte, à la fois scientifique et visionnaire, allait bouleverser l’économie mondiale, offrir à l’île Bourbon une renommée planétaire et donner naissance à ce que nous appelons aujourd’hui la vanille Bourbon. Pourtant, Edmond Albius, ce jeune esclave resté dans la pauvreté et mort dans l’oubli, n’a jamais reçu la reconnaissance à la hauteur de son génie.
La Vanilleraie, que la Ministre visitera, est une entreprise remarquable. Elle a su préserver et magnifier l’héritage de la vanille, redonner à ce produit d’exception toute sa noblesse et transmettre au monde la richesse de notre terroir. Mais cette visite ne peut se limiter à la valorisation économique et touristique d’une filière. Elle doit être replacée dans la profondeur de notre histoire, marquée par l’esclavage, l’engagisme, et par les luttes, les souffrances mais aussi les savoirs et les innovations des esclaves et de leurs descendants.
Il ne faudrait pas que l’histoire se répète : Edmond Albius ne peut pas rester dans l’ombre au moment même où l’on célèbre la réussite de la vanille. La mémoire doit être convoquée, et la reconnaissance doit être affirmée. Cette visite ministérielle est l’occasion d’interpeller le gouvernement sur le projet porté par la ville de Sainte-Suzanne : faire inscrire Edmond Albius à l’UNESCO. Ce serait une manière de réparer une immense injustice culturelle et historique, de rendre au monde l’image véritable de La Réunion : celle d’une île marquée par la douleur, mais qui a su offrir à l’humanité des trésors d’intelligence, de culture et de résilience. Au-delà d’Albius, c’est un hommage collectif qui doit être rendu à tous les esclaves et engagés. Ils ont façonné notre patrimoine immatériel : nos savoir-faire, nos pratiques agricoles, notre musique, notre maloya — ce cri de liberté inscrit au patrimoine mondial. Ils nous ont légué un héritage que nous avons le devoir de faire vivre et reconnaître. Trop sont morts dans la misère, dans l’anonymat, sans sépulture. Leur mémoire nous convoque aujourd’hui à l’humilité et à la fidélité.
Cette visite ministérielle doit donc être plus qu’un protocole. Elle doit être un moment de vérité et d’engagement. Reconnaître Edmond Albius, c’est reconnaître tous les esclaves et leurs descendants. C’est faire de La Réunion non pas une périphérie de l’histoire, mais un centre, un phare qui éclaire l’humanité.
Que cette visite devienne l’occasion de rendre justice. Que par Edmond Albius, La Réunion retrouve une part de sa dignité bafouée, et que son histoire rayonne enfin à la place qu’elle mérite : celle de l’universel.
Bernard BATOU
Ecrivain
Président Association Sauvegarde Mémoire Réunionnaise
4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
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