Un vestige de la société esclavagiste est en train de tomber
11 juin, parCourrier des lecteurs
20 août 2008

J’étais tranquille, j’étais pénard, je n’étais pas accoudé au comptoir, j’avais fumé la fleur du mal. Pour ne pas rater une miette du concert en plein air sur le front de mer à la Ravine Blanche.
Au beau milieu du public de plus de dix milles fans endiablés. Moi, debout droit sur mes jambes les yeux rivés sur le devant de la scène éloignée d’une cinquantaine de mètres, décibels en technicolor. Le concert touche à sa fin ce sont les rappels.
J’entends le chanteur, mais ne le voit point parmi les musiciens à la guitare sulfureuse. Je connais la chanson par cœur. L’esprit vagabond je plane. C’est bon et je le sais car j’ai subi l’épreuve. L’épreuve qui fait mal au point de vous faire détester l’humanité toute entière.
Non ce n’est pas Higelin, ce n’est pas Renaud, ce n’est pas non plus les Rolling Stones, c’est lui. Un message pour me dire : « Eh gus ce n’est pas là-bas que ça s’passe, regarde derrière-toi ! » Je sens une tape dans le creux des reins. Surpris, je tourne la tête, mais oui mais non c’est quoi ce chahut ? Ce n’est pas une illusion, c’est bien lui. Cali à deux pas, sueur et cheveux collés, protection rapprochée trois pompiers veillent au grain, micro en main nos regards l’espace d’un instant c’est-à-dire une éternité s’entrechoquent juste le temps de chanter rien que pour moi ces quatre mots "C’est quand le bonheur". Une minute plus tard il est porté aux nues par des admirateurs en délire, soulevé à bout de bras tel le nouveau libérateur d’une jeunesse à la recherche de justice, de li..ber..té.. Cali chante pour un monde meilleur, c’est du bonheur.
Quand tu es la victime de l’injustice, de la bêtise, la jalousie, la haine ordinaire gratuite. Quand tu es humilié, bafoué, miné, vidé, acculé par des sans scrupules dépourvus d’amour propre qui n’en n’ont rien à foutre de rien. Pour garder la tête hors de l’eau rien de tel que de se raccrocher aux paroles des belles chansons.
Des chansons qui font du bien, des auteurs interprètes qui ont souffert tout autant que toi.
Gilles de la Ravine Blanche.
Courrier des lecteurs
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