’C’est en restant au pied du mur qu’on ne voit que le mur’

14 octobre 2003

La formule -peu importe son origine- est bien connue : "C’est en restant au pied du mur qu’on ne voit… que le mur !". Et c’est pourquoi tout (bon) maçon s’en éloigne suffisamment pour observer l’ensemble de son travail, en corriger les malfaçons et les erreurs, améliorer le tout jusqu’à en faire une œuvre qui s’intègre dans la vie et s’inscrit dans la durée. C’est sans doute comme ça que furent bâtis ces pyramides et ces cathédrales, ces ponts et ces monuments qui, des siècles et des siècles après, témoignent que tout bon maçon est un peu architecte et un peu urbaniste. Un peu, beaucoup…
La réalité aussi est bien connue. Et je l’ai moi aussi vérifié, à ma simple place et à travers un petit exemple. C’était la semaine dernière à Roubaix. Dans les environs de cette ville du Nord de la France, la société Décathlon fabriquait il y peu de temps encore ses fameux vélos. « C’est fini », m’a appris mon interlocuteur du coin, dirigeant d’une association pour l’économie solidaire, « désormais, cela se fait en Pologne ».
Ah bon !… Nos beaux vélos ne sont plus français et ne nous ne le savions pas ! Et me voilà, du coup, qui comprend mieux le récent commentaire de Jacques Delors sur une "Europe trop molle" et dont l’avenir est confisqué par les intérêts d’une certaine conception de l’économie qui délocalise à tout va… car on s’en doute, il n’y a pas que Décathlon et le vélo français, loin s’en faut, à avoir été délocalisés !
Et nous là-dedans ?
Il y a tout juste deux semaines, nous rappelle un lecteur, notre île recevait la visite d’une délégation de la région de Tianjin et celle du secrétaire général de la COMESA.
À travers ces deux événements, nous avons à nous interroger.
Dans la réalité de notre environnement indianocéanique, commet notre île peut-elle devenir productive ? Que peut-elle apporter dans le plateau des échanges ? Comment à l’heure où les gouvernements de la France et de la Chine ont signé un accord global de coopération, pouvons-nous y trouver notre place, toute notre place, si petite soit-elle ? Comment pouvons-nous participer, en prenant la distance nécessaire avec le pied du fameux mur pour en voir toute la portée, au "réexamen en profondeur de notre fiscalité locale", dans le cadre bien compris des "marges de manœuvre de l’article 299-2 du Traité d’Amsterdam", sans avoir à craindre "l’isolement croisant de notre île des zones de libre-échange de la région", nous qui sommes, selon l’expression désormais consacrée, une frontière active de l’Europe dans l’océan Indien ?
Ce sont là, je le crois, de bonnes questions. De bonnes questions qui doivent bannir toute frilosité dans nos raisonnements et toute tentation d’un mode de pensée fortement conservateur.
Ce sont là des questions qui doivent être abordées avec confiance, en faisant bien sûr attention que ce qui relève du sentimental ne prenne pas le pas sur le réalisme et sur nos réalités socio-économiques, tout en n’oubliant jamais qu’il n’est pas de bon projet de développement durable qui ignorerait les relations culturelles.
Toutes les volontés et toutes les compétences, fussent-elles celles des sceptiques ou des prudents, seront nécessaires puisque, une fois encore, il va s’agir "d’assimiler sans se laisser assimiler…".


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