Ça m’énerve !

3 mars 2007

Marie-Andrée Ciprut, Martiniquaise, habite la France dans le Pays de Gex. Présidente de l’AGRAF (Association Gessienne contre le Racisme et le Fascisme), a écrit à “Témoignages” : ’J’ai réagi très positivement à l’article : “Campagne électorale ou les défaillances de la mémoire” de Stéphanie Longeras publié dans l’édition du samedi 24 février 2007 (page 3). J’eu, moi-même, en son temps, l’occasion d’écrire des articles dans les journaux à propos de la ’racaille’... »

Ça m’énerve que les femmes soient toujours jugées par rapport à leur physique et/ou leur famille, quelles que soient leurs occupations, même si elles assument avec brio des tâches ardues et des métiers où bien des hommes échoueraient à leur place.
Ça m’énerve que les ténors du Parti Socialiste n’arrivent pas à digérer qu’une femme ait remporté, le 16 novembre 2006, 60,60% des suffrages dans une élection démocratique à l’intérieur de ce même parti : du jamais vu que la droite libérale essaie de copier.
Ça n’énerve qu’on parle des tenues vestimentaires de Ségolène au lieu des problèmes de fond qu’elle soulève dans ses déplacements en France et/ou à l’étranger.
Ça m’énerve qu’on lui demande toujours comment elle fera pour conjuguer sa vie familiale, l’éducation de ses enfants, avec sa vie politique et professionnelle, oubliant qu’elle assume ces tâches et ce jonglage depuis 1982.
Ça m’énerve qu’elle doive se justifier à ce sujet et dire - ce qui est hélas la vérité ! - qu’étant femme, on attend d’elle un plus qu’on ne demanderait jamais à un homme.
Ça m’énerve que sa première phase de campagne, phase participative qui consiste à recueillir témoignages et opinions, soit prétexte à ce constat paternaliste condescendant que venant d’une femme, cette démarche signifie qu’elle n’a pas d’idées et qu’elle en attend des autres.
Ça m’énerve que même les sympathisants, et surtout les sympathisantes, trouvent dommage que Ségolène n’ait pas de vrai programme. Ils ou elles sont dans une bienveillante expectative assortie de méfiance indulgente : ils et elles la soutiennent sans trop y croire. Pour elles et eux, ce n’est pas possible qu’une femme puisse gagner !
Ça m’énerve que les coups bas proviennent de tous les bords, de la Droite comme de la Gauche, et aussi de l’intérieur du Parti Socialiste sensé être rassemblé.
Ça m’énerve qu’on doute de la victoire de la femme Ségolène Royal parce que c’est une femme dans toute sa splendeur. On me prétend même que les seules femmes ayant vraiment compté, les Margaret Thatcher, les Martine Aubry et autres, ne sont que des hommes déguisés. Quant à la Condoleezza Rice, elle aurait perdu sa peau de noire par sa complicité avec George Bush !...
Ça m’énerve que média, autres candidats et commentateurs de tous bords guettent les faux pas de Ségolène pour les stigmatiser, tels des tarentules attendant leurs proies, en passant étrangement sous silence les imperfections de Sarkozy.
Ça énerve les mâles socialistes bien pensants et mal pensants de constater que cette petite femme a des chances de devenir la première Présidente de la République française.
Ça m’énerve, ça m’énerve ça m’énerve.
Ça m’énerve que ça les énerve !

Marie-Andrée Ciprut
Auteure de Outre-Mère, essai sur le métissage, Editions de l’Harmattan, Présidente de l’AGRAF (Association Gessienne contre le Racisme et le Fascisme)


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