Café Bourbon

23 octobre 2006

Les cymes des caféiers embaument dans la nuit des tropiques,
Caloupilé, Ravinsaro, Girofle et citronnelle dégagent mêlées, leurs senteurs
Le jardin créole nous enivre et ses vapeurs apaisantes, narcotiques
Nous plongent pour des heures dans la paix du dormeur.

Le soleil de décembre fait rougir le verger
De cerises écarlates cachées dans le vert sombre.
Les Béliers jaunes repus chantent dans la pénombre,
Remerciant Dieu de ce festin gracieux.

Dos courbé, d’arabica moka, les femmes emplissent leurs paniers
Puis, d’un geste lent répandent, les grains longs et pointus.
Sur l’argamasse accueillante et brûlante
Le nectar se concentre sous le soleil ardent.

Après avoir séché, il faut décortiquer,
Les pileuses, en cadence, gonflent leurs pectoraux
Séparent de la parche graines jumelles, caracolis
Le roi du jour encore terminera la tâche de ses rayons généreux.

Tenant d’une main ferme le lourd poêlon chauffé à blanc,
Nénenne Augusta tourne et retourne les jolies perles noires,
La grande spatule de bois fait un joli raffut
Dégageant dans l’air pur un parfum entêtant !

Le moulin à café va finir la besogne,
Réduisant les baies noires en une mouture fine
L’eau brûlante de la grègue doucement exhalera
Du jus sombre les vertus excitantes, digestives.

A p’tites gorgées pour pas brûler,
Dans un p’tite tasse et bien sucré,
Toute la journée, il est tout prêt,
Not’ti café pour remonter !

Claude Moy de Lacroix-Mignard

En hommage à Marc Rivière, fanal de notre café pays.


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