Ce que j’aurais aimé lui dire

23 octobre 2006

Comme beaucoup, je suis sensible à sa manière simple et directe de s’exprimer, à l’accent de sincérité qu’elle donne à ses propos et qui tranche avec le ton habituel des discours politiques, au choix de ses formules qui sonnent juste. J’aime ce mot de “démocratie participative”, qu’il s’agit évidemment de faire passer dans les actes.

Mais face aux attaques répétées, souvent acerbes, quelquefois perfides, face à cette docte assurance, à cette prétention à tout savoir qui sont les traits les plus visibles des tenants de la realpolitik, sa grande force à elle réside essentiellement dans la rigueur de ses convictions. En compagnie, et avec le soutien du plus grand nombre, elle n’a qu’une seule cause à défendre qui en vaille la peine si elle veut en même temps éviter le moindre faux-pas : la République, toute la République, et rien que la République. Dans son sens originel, respublica : la chose publique, l’affaire publique de tous. En opposition radicale avec les intérêts privés.

Le contraire absolu de la mondialisation qui n’est au fond qu’un habile camouflage d’une privatisation effrénée et qui conduit, en ce début du 21ème siècle, à la plus scandaleuse des divisions du monde : un cinquième de la population qui possède à lui seul un revenu supérieur de 82% à celui des 20% les plus pauvres ! Et qui fait qu’un habitant sur deux vit, ou plutôt survit, avec moins de 2 euros par jour ! C’est là le nœud du problème qui ne devrait pas échapper aux électrices et aux électeurs de France appelés aux urnes dans quelque 6 ou 7 mois.

En cherchant à se démarquer de sa collègue, Dominique Strauss-Kahn a contribué à sa manière à clarifier encore plus le débat. Il se proclame avant tout social-démocrate, n’hésitant pas à invoquer les mannes de Léon Blum et de François Mitterrand. Or, chacun peut le vérifier tous les jours : la social-démocratie, dans ses premières applications, a fait faillite pour des millions de laissés pour compte, victimes de la pauvreté, du chômage, de la précarité, de discriminations de toutes sortes... Dans ces pays d’Europe où elle s’est déjà installée et dans d’autres pays du monde. De toute urgence, il faut donc inventer autre chose : le vrai socialisme, qui n’a rien à voir avec toutes les expériences malheureuses menées jusqu’ici, et sinistrement dans les pays de l’Est.

Aussi, je n’ai qu’une chose à dire, ou à redire, à Ségolène Royal : il faut, avec l’ensemble des Français, oser aujourd’hui la République. Dans toutes ses implications, économiques, sociales, politiques, culturelles. Travailler à donner chair aux trois mots de sa belle devise : liberté, égalité, fraternité, pour qu’ils cessent d’être seulement en l’air, comme au fronton de nos bâtiments publics où ils passent presque inaperçus. Oui, la République contre l’économie de marché. La République contre cette société d’affairistes obnubilée par les superbénéfices, les rentes, les dividendes, les actions en bourse, les stock-options, indifférente à celles et ceux, de plus en plus nombreux, qui connaissent la gêne, la pauvreté, voire la misère, et peu soucieuse au fond de la “fracture sociale” signalée pourtant par certain bien placé et qui va s’élargissant.

Georges Benne


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