Changer le monde pour donner du sens aux mots

9 octobre 2003

On a l’impression parfois, en lisant Albert Ramassamy, comme en me lisant peut-être, et même en lisant le philosophe Alain (1868-1951), d’appartenir tous les trois à un autre monde.
Certains mots mêmes que nous employons, comme "respect" : « …que (l’enfant) se forme au respect ; car on est grand par le respect et non pas petit ». (Alain) ; comme "volonté" : « Il n’est (donc) nullement question d’apprivoiser les petits d’hommes, quand ce serait pour leur bien. Tout au contraire, il faut mettre en leurs mains leur propre apprentissage, ce qui est fortifier en eux la volonté. Car il n’y a pas d’autre valeur humaine que celle-là ». (Alain) ; comme "éducation" : « Car n’en doutons pas, ce qui est en cause, c’est l’éducation au sens noble du terme ». (Albert Ramassamy) … tous ces mots donc peuvent sembler aujourd’hui dépassés, voire incompris par la plupart.
C’est qu’avec l’engrenage implacable d’une mondialisation fondée essentiellement sur la recherche effrénée de la compétitivité et du profit à l’échelle planétaire, toute parole ou toute action qui ne va pas dans le sens d’une transformation de la société à la racine, est dérisoire, et peut même servir d’alibi.
C’est pourquoi malgré les bons sentiments qui l’animent, je crains que mon collègue et de peu mon aîné, ne reste en définitive qu’au niveau de la protestation, fût-elle pleinement justifiée après la réaction des élèves et des parents contre la décision du proviseur du lycée Bois Joly-Potier d’exiger une tenue plus correcte dans l’enceinte de son établissement, qu’au niveau du conseil, fût-il le plus avisé, de la mise en garde, fût-elle la mieux fondée, et, sans vouloir nullement le décourager, au niveau malheureusement du simple vœu pieu. Car si nous n’allons pas jusqu’à la mise en cause des fondements mêmes de cette société, qui n’est en définitive qu’un vaste marché où de plus en plus tout s’achète et tout se vend -comme le démontre avec horreur la généralisation à travers le monde, et en toute impunité, de véritables trafics d’homme, de femmes et d’enfants, par la multiplication des « réseaux d’exploitation des clandestins à des fins de commerce sexuel et de travail forcé de type esclavagiste »- alors il ne faut pas s’étonner que les valeurs si chèrement défendues par notre ami, n’apparaissent aujourd’hui quelque peu surannées.


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Témoignages - 82e année


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