Di sak na pou di

Chikungunya la honte !

Témoignages.re / 25 janvier 2006

Marcher le dos courbé en ravalant sa rage et sa honte, voilà à quoi est réduite une grande partie de la population réunionnaise. Mais d’où vient ce mystérieux virus ? Le gouvernement français, si muet sur le problème, voudrait-il se débarrasser de La Réunion ? Je trouve honteux et lamentables les propos du ministre de l’Outre-mer François Baroin à propos du chikungunya dans notre île. Dire sur France Inter que cette maladie ressemble à "une grosse grippe avec le dos courbé" (point final !!), c’est du déni pur. Depuis qu’une association a été créée pour informer sur la maladie, les autorités, subitement, se sont manifestées annonçant des plans de lutte contre le moustique, promettant une information régulière, livrant au public de nouveaux chiffres. En l’espace de 2 semaines, on est passé de 6.000 à 10.000 cas officiellement déclarés. Le président de l’Ordre des médecins à La Réunion parle, lui, de 40.000 cas voir plus. Les médecins et les hôpitaux sont débordés, les agents de la DRASS aussi. Deux radios se sont emparées du sujet chik : Freedom qui accueille les innombrables témoignages des gens qui souffrent un vrai martyr et KOl (Kanal Océan Indien) qui chaque matin fait une chronique sur l’épidémie avec des commentaires souvent intéressants car très documentés.

Dans un article du journal “Le Monde”, la DRASS de La Réunion se vante d’avoir pris toutes les mesures nécessaires et à temps pour enrayer l’épidémie. Souvenons-nous qu’au mois d’avril ou mai 2005, le docteur Lasalle disait aux médias réunionnais de ne pas être inquiets et que l’épidémie allait vite prendre fin, avec l’arrivée de l’hiver austral sans doute... Je m’étonne que de nombreux médecins n’aient pas pris cette épidémie au sérieux dès le début. Ils ont péché par optimisme.
Aujourd’hui, je suppose qu’ils sont tous revenus à plus de lucidité face au déferlement des patients dans leurs cabinets, et face à leur impuissance à guérir et à soulager les malades.

La maladie peut durer des semaines, des mois, pourquoi pas des années ? On assiste à de nombreuses rechutes avec des douleurs qualifiées d’atroces, même de la part de personnes qui ne sont pas douillettes. Les faibles comme les plus costauds sont touchés, les pauvres et les riches (comme forme d’égalité il y a mieux !).
Pour se protéger en revanche, mieux vaut être riche, car les produits et les médicaments que nous devrons utiliser pendant des mois sont très chers. Certains commencent à s’inquiéter de l’effet des nuages insecticides qui seront répandus dans toute l’île, nuages toxiques ou bénéfiques ? La peur de la maladie crée la psychose de la saleté, il est grand temps de prendre conscience de la gravité de la situation et de dénoncer les décharges sauvages, les immondices qui empuantissent l’île dans toutes les régions et font proliférer les rats.

Par contre, il est inquiétant d’observer des attitudes de rejet vis-à-vis des personnes atteintes par le chikungunya, cela étant dû à la peur d’être contaminé que ce soit au travail ou au sein des familles. C’est aux autorités médicales je pense de bien faire passer l’information sur le mode de transmission du virus et de réaffirmer si besoin qu’il s’agit réellement d’une transmission par le moustique, car de nombreux Réunionnais sont persuadés que le virus se transmet dans l’air, et que l’on ne nous dit pas tout... Les médecins ne sont-ils pas les mieux placés pour nous parler, nous informer ? Il serait utile d’organiser au moins un débat sur chaque chaîne radio et TV qui réunirait les politiques, des membres du monde médical, scientifique (notamment un représentant du laboratoire consacré aux virus à La Réunion, un de ces rares endroits ultra protégés en France dont on a très peu parlé dans nos médias...).

À défaut d’être guéris, les gens attendent d’être informés, écoutés, sinon avec compassion, au moins avec respect, ce qui n’est pas le cas lorsqu’on entend des interventions du ministre François Baroin ou du préfet ou des responsables de la DRASS. Les gens attendent des propos sincères, pas des annonces ou informations creuses, fausses et calamiteuses qui drécrédibilisent à terme toute autorité.
Mentir sur les chiffres par exemple est une très mauvaise tactique.

Enfin, à l’attention de l’ensemble des collectivités, je lance un appel : ne pouvez-vous créer en urgence des emplois visant à aider les gens à leur domicile, car des centaines de malades sont isolés, incapables de se mouvoir (jeunes ou vieux) et le problème ne fait que commencer, les grandes pluies n’ont pas encore eu lieu.

Défendons nos droits avec les lois de la République et osons porter plainte contre qui il faudra pour les séquelles du chikungunya qui ne manqueront pas de se manifester et de perdurer.

Une dionysienne