Le sens des responsabilités
10 juin, parNote de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
10 février 2006

Le fameux virus qui fait notre actualité a été identifié depuis plus d’un demi-siècle... dans des pays du tiers-monde mais sans nous inquiéter plus que ça. On ignorait son existence tout simplement. Pendant ce demi-siècle, la situation sanitaire de notre île a fait des progrès colossaux. Un système de soins, certes coûteux mais très performant, qui a permis l’éradication du paludisme, de la lèpre, un allongement considérable de l’espérance de vie et le sentiment d’être définitivement à l’abri de tout problème sanitaire. Un vrai succès, il faut le reconnaître sans barguigner. Or, ce système sanitaire très protecteur a fini par nous rendre fragiles vis-à-vis d’affections tropicales. Nous avons tout simplement oublié que nous n’étions pas seuls dans le Sud-Ouest de l’océan Indien. Dans les pays voisins, Maurice, Madagascar, Comores, Afrique de l’Est, le chikungunya existe aussi, mais de façon atténuée car les habitants se sont peu à peu immunisés. Dans ces pays persiste hélas une forme de sélection naturelle avec la très importante mortalité des jeunes enfants que nous avons quasiment annulée ici.
En dépit de quelques discours et de quelques structures de coopération régionale ayant des moyens réduits, nous professons collectivement un certain mépris pour les "pauvres" qui nous entourent. Sous-entendu, ils n’ont pas la "chance" d’être Français et il leur appartient d’assumer leurs problèmes économiques, sociaux, sanitaires et autres. Notre splendide isolement nous met à l’abri de beaucoup de soucis et nous ne consentons à nous intéresser aux problèmes de l’océan Indien que de façon marginale et épisodique, même si notre attitude s’est bien amendée depuis vingt ans.
L’explosion rapide de l’épidémie de chikungunya est probablement une conséquence de notre haut niveau sanitaire... et de notre ignorance des problèmes de nos voisins régionaux. Nous allons nous en sortir grâce à nos moyens considérables, mais nous serions bien inspirés de nous intéresser de plus près à tous les problèmes sanitaires qui accablent les pays de l’océan Indien. Il y a le chikungunya, mais il y a bien d’autres affections qui sont des plaies pour ces pays et des menaces potentielles pour nous. Le paludisme, qu’on sait soigner fait encore de nombreuses victimes en Afrique de l’Est, mais cela ne nous émeut guère... Jusqu’au jour où la parasitose sera résistante à tout remède et nous reviendra dans les dents. Comme l’écrivait Joshua Lederberg, prix Nobel de médecine 1958 "nous sommes en compétition avec les virus et les bactéries pour la domination de la Terre et rien ne garantit que nous serons les survivants".
Ce qui est sûr, c’est que dans notre propre intérêt égoïste, il est urgent d’aider nos voisins proches et moins proches à éradiquer tous les maux qui les accablent. Faute de quoi, un jour ou l’autre le retour de bâton sera terrible.
Charles Durand
Le Brûlé - Saint-Denis
Note de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
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