Le sens des responsabilités
10 juin, parNote de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
13 avril 2006

Le préfet se réjouit de la baisse du chômage. Soit. On pourrait être tenté de partager son optimisme et d’applaudir à la baisse du chômage. Mais "ce" préfet, depuis son arrivée, nous a trop habitués à une utilisation très particulière des chiffres pour ne pas le suspecter de quelque entourloupe dans le cas du chômage.
Une "baisse" du chômage n’est pas forcément bon signe. En effet, comment cesse-t-on d’être chômeur pour participer à la baisse du chômage tant espérée ? De bien des façons, pas toujours très agréables. Ainsi, le chômeur peut décéder, il peut être atteint d’une lourde invalidité, il peut quitter l’île, il peut partir en retraite, il peut être radié par l’ANPE ou l’ASSEDIC, il peut aussi renoncer à chercher un emploi et, enfin, dans le meilleur des cas, il peut trouver un emploi plus ou moins précaire.
Le commun des mortels comprend bien que si la baisse du nombre de chômeurs est due à une augmentation des personnes qui renoncent à chercher du travail, cela n’a rien à voir avec un accroissement de l’emploi. Or, c’est bien ce qui se passe depuis quelques années : de plus en plus de gens renoncent à chercher du travail en s’inscrivant dans des démarches d’aides sociales. Quitte à exercer une activité clandestine, "au noir", ce qui prouve en passant que ces personnes ne sont pas des paresseux mais des victimes d’un système qui rend le travail officiel rare et coûteux.
Ce phénomène de baisse du chômage est observé en métropole dans les territoires les plus déprimés car la population s’en va ou renonce à chercher. En revanche, les régions les plus dynamiques comme le Languedoc-Roussillon ont un chômage très important parce qu’elles attirent les candidats à l’emploi sans pouvoir tous les caser. Il convient donc d’être très circonspect quand on affiche une baisse du chômage comme étant favorable. C’est vrai si, en face, on peut prouver que le nombre d’emplois créés a augmenté. Encore faudrait-il tempérer l’optimisme en fonction de la qualité et de la pérennité de l’emploi occupé. C’est inquiétant si, en revanche, beaucoup ont renoncé à chercher du travail. Et c’est souvent le cas à La Réunion.
Il ne s’agit pas d’une simple querelle de chiffres. Mais, quand Cayrel déchiffre la baisse du chômage comme il l’a fait hier, de deux choses l’une : ou bien il cherche à influencer l’opinion publique à "son" profit, ou bien il a quelques lacunes à combler en économie, ce dont je doute... Les journalistes seraient donc fondés à lui demander des précisions sur la nature de la baisse du chômage : création d’emplois ou renoncements à l’emploi ? La différence est loin d’être moustico-médiatique !
Charles Durand
Le Brûlé - Saint-Denis
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