Cinq ans d’euro

8 janvier 2007

On connaît l’expression : « soigner le mal par le mal ». A propos de l’actualité de ce 1er janvier, on peut s’interroger : les grands de ce monde ont-ils décidé de répondre au chaos... par le déchaînement du chaos ? Saddam Hussein a donc été exécuté.
Trois semaines plus tôt, on pouvait lire dans le rapport “Baker-Hamilton” commandité par Bush : « Nul ne peut garantir que, quel que soit le type d’action qui soit menée en Irak, au point où nous en sommes arrivés, cela permettra de mettre un coup d’arrêt au glissement vers le chaos. » Et le rapport martelait : « La politique étrangère des États-Unis est condamnée à l’échec si elle ne bénéficie pas du soutien d’un consensus large et durable. »
Question : à quoi va contribuer l’exécution de Saddam Hussein, sinon à une marche redoublée vers le chaos ? Et en Europe ?
L’International Herald Tribune (1er janvier 2007) salue « l’intronisation de la vedette allemande », Angela Merkel, chargée de « diriger l’Union européenne à un moment critique ». Pourquoi « critique » ? L’Union européenne est « paralysée par la défaite lors des référendums français et hollandais de 2005 », souligne le quotidien. Le même jour, les sondages repris par toute la presse montrent que, cinq ans après son instauration, l’euro est majoritairement rejeté en Allemagne et en France. Imperturbable, le commissaire européen Joaquin Almunia commente : « Il faut rendre les gens conscients des bénéfices de l’euro profitant à l’immense majorité des salariés. » C’est bien connu, les travailleurs ne connaissent pas leur bonheur ! Chaque jour, ils ont la confirmation que, depuis l’arrivée de l’euro, les prix n’ont cessé de bondir, tandis que le pouvoir d’achat est constamment amputé par le blocage des salaires, la remise en cause des retraites, de la protection sociale, etc. De qui l’euro fait-il le bonheur ? Des spéculateurs, des fonds de pension et autres grands groupes financiers (en 2006, les cours des Bourses ont connu leur progression la plus importante depuis quatre ans, en particulier en Europe). De qui l’euro fait-il le bonheur ? Selon le “Financial Times” (28 décembre), la croissance des réserves en euros - en particulier du nombre de billets de 500 euros en circulation - « pourrait résulter de leur utilisation par les criminels ».
C’est logique : une monnaie dont la stabilité est garantie par un traité contraignant pour tous les États, c’est pain bénit pour quiconque ne veut pas voir dévaloriser son capital... Et tant pis si, pour parvenir à ce but, il faut vider les caisses de l’État, privatiser les services publics, ruiner les économies nationales, liquider les régimes de protection sociale, etc.
Chacun le comprend, c’est ce rôle destructeur qui est rejeté avec l’euro. Et pourtant, ils voudraient aller plus loin dans ce sens, espérant qu’Angela Merkel serait capable d’inspirer à d’autres pays (et notamment à la France) une politique de grande coalition, comme celle qu’elle préside en Allemagne. Le but de cette grande coalition étant d’associer partout et à tous les niveaux toutes les composantes politiques et sociales à la mise en œuvre d’une même politique dictée par l’Union européenne. Mais la situation chaque jour plus dramatique de l’économie nationale ne peut trouver de solution sous la dictature de l’euro et de la Banque centrale européenne. Ce à quoi le peuple aspire en démocratie, c’est à une autre politique, tournée vers l’emploi, la protection sociale, les services publics, l’interdiction des licenciements.

René Maillot


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