Di sak na pou di

Complot ?

François Maugis / 9 janvier 2018

JPEG - 17.3 ko

 

L’homme est comploteur, surtout lorsqu’il prépare un mauvais coup. Donc, des complots de toute dimension, des complots d’apparence honnêtes, d’autres un peu moins, beaucoup de complots et d’ententes plus ou moins internationales, des complots contre des individus, des entreprises, des états, etc, comment peut-on imaginer qu’il n’y en ait pas ? Mais ces complots-là, ne sont rien, ou pas grand-chose. Si l’on fait référence à la pagaille du Monde, à l’injustice et aux déséquilibres qui minent notre humanité, il faut aller plus loin dans l’analyse. Sans l’assassin, le couteau est bien innocent. C’est vrai. Mais si les armes n’existaient pas, il y aurait sans doute moins de victimes. Si les autos n’existaient pas, il y aurait moins de morts sur les routes, etc.

Paradoxalement, dans cette histoire de complot, c’est l’arme du crime qui joue le rôle le plus important. Tout, aujourd’hui est fondé sur la monnaie, les finances, l’économie. Or que nous disent les financiers ? Une bonne entreprise doit doubler son chiffre d’affaires tous les 3 ans ou son capital tous les 5 ou 10 ans maximum. Et je peux vous garantir qu’un nombre d’humain très important est payé, souvent fort bien, pour obtenir ce résultat. Cela n’a l’air de rien, c’est pourtant le nœud gordien de notre histoire. Je ne dis pas que tous tueraient père et mère pour obtenir ce résultat, mais nous n’en sommes pas loin. Il suffit de voir avec quelle délectation les Trump et autres milliardaires, se vautrent dans la boulimie de la fortune et du luxe. Le succès appelle le succès, l’argent appelle l’argent.

Ce rouleau compresseur économique fait peu de cas de l’humain et des dégâts collatéraux qu’entraine l’irrémédiable avancée de la machine économique. On dit de plus en plus que les grandes puissances financières ne craignent plus les états. C’est là que tout capote. C’est là, la ligne rouge que certains humains franchissent allègrement, sans états d’âme, sans scrupules, sans regrets. Certains, pour se dédouaner, entretiennent tout de même quelques œuvres charitables. Mais le mal est fait. Et le pire de l’histoire, c’est que ces modestes œuvres charitables sont destinées à réparer les dégâts perpétrés par les combines financières de ces mêmes « généreux » donateurs. Rassurez-vous, on dépensera le minimum pour enrayer la misère !

Il suffit de regarder les chiffres pour s’apercevoir du résultat désastreux de cette stratégie économique. Depuis plus de 40 ans, la misère augmente dans le Monde alors que l’on nous promettait que le progrès allait réduire les inégalités. Il semblerait que l’on ait aujourd’hui atteint le chiffre pharamineux de 50% de l’humanité au-dessous du seuil de pauvreté, en tout cas, très loin pour ce qui est du niveau de vie, des 50% les plus riches. Je ne peux m’empêcher de penser que cette situation est responsable de la très mauvaise santé physique et morale de l’ensemble de l’humanité (car vous imaginez bien que les 50% de nantis, si par hasard ils avaient la conscience tranquille, ne peuvent échapper à la peur de la vindicte des 50% restant). Alors, complot ? Pas si sûr. Pour parvenir à ce résultat désastreux, il n’y a probablement pas eu besoin de complot. L’arme financière ici, se suffit à elle-même et, malheureusement, elle est terriblement efficace.

François-Michel Maugis – La Réunion
Économiste, écrivain et philosophe