Un vestige de la société esclavagiste est en train de tomber
11 juin, parCourrier des lecteurs
23 mars 2006

Aux environs de 1875, à tort ou à raison, Taine (H) admettait que "dix millions d’ignorance ne font pas un savoir", qu’un peuple consulté peut à la rigueur dire la forme de gouvernement qui lui plaît, mais non celui dont il a besoin ; il ne le saura qu’à l’usage !
Si cela est vrai et sans aléas, la redécouverte populiste ne s’impose pas à La Réunion en matière statutaire ! Pourquoi faire l’impasse sur une urgence systémique pour donner la primauté aux limites de notre égo ?
En effet, si l’on en croit Guy Hermet, "... Tout estimable qu’elle soit, la démocratie n’est que le nom le plus récent du pouvoir d’intensité variable que les gouvernants et leurs aides se sont constamment efforcés d’exercer" ! (“Le peuple contre la démocratie”, Fayard, 1989).
Aussi, à La Réunion, “le peuple souverain" aura toujours bon dos, tellement il est difficile de le circonscrire. Surtout si la nécessité d’agir transparaît dans les événements de ces derniers jours.
Certes, notre régime démocratique, ce précieux héritage, constitue toujours un privilège et une garantie. Si donc nous nous devons de le perpétuer, il reste que nous vivons de sa sève qui doit irriguer bien au-delà d’une minorité d’élites, c’est-à-dire vers les 774.600 habitants, avec toutes les implications liées (cf. TER, Edition 2005-2006).
Dès lors, en qui trouver les vertus qui font des élus idoines, des conducteurs ? Parmi ceux-là qui cajolent encore le peuple ou le façonnent dans la peur ou les non-dits depuis des décennies ? Que non !
En d’autres termes, souhaitons qu’ils aient l’envergure et la hauteur de vue requises pour nous garantir la douce mutation à laquelle nous tenons après plus d’un demi-siècle de doute, de tergiversations, de dispersion dans la recherche de "l’intérêt général".
Au regard des errements de la politique spectacle ou folklorique d’autrefois, il reste tout autant à espérer que les jeunes électeurs plus instruits, plus éclairés, plus audacieux, plus rigoureux, seront à la hauteur des défis qui les concernent au premier plan, ne fuyant pas le débat. La toge et non plus l’invective comme certains !
Des questions en sortiraient, nombreuses, répondant aux enjeux de ce siècle. Osons parmi tant d’autres. Ainsi : Et si le peuple était informé de ce séisme avant sa consécration ? Y aurait-il un droit à la diversité dans une alliance à trouver ? Vers la nostalgie de l’autorité ? La fin des despotes ? L’ordre existant ébranlé ? Citoyenneté platonique ? Qui font tourner la roue du pouvoir dans notre département ? Notre rationalisme outrancier, destructeur de verticalité en l’homme, nous réduirait-il à n’entrevoir aucune autre morale ? Comment intégrer nos données à celles de la nation et de l’Europe vers la mondialisation ? Le partage des fruits de la connaissance quand les démunis interpellent encore les opulents. Etc.
Sans oubli et sans haine, laissons donc les historiens travailler sur l’Histoire. Mais, en attendant, cherchons, ensemble, les priorités pour le rayonnement de La Réunion qui en a bien besoin.
Joseph Mondon,
Les Avirons
Courrier des lecteurs
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