Contre l’Europe du Tout marché

17 juin 2009

QUI ne voit dans cette abstention massive au scrutin du 7 juin le rejet pur et simple d’une construction mise en place il y a une trentaine d’années par des hommes politiques de tous bords, et qui est loin de répondre aux attentes de la population ? Ils sont nombreux ceux qui accusent l’euro d’être responsable de tous leurs maux, en tous cas de la baisse sensible de leur pouvoir d’achat. Le Président Mitterrand, à l’occasion d’une présentation de ses vœux de Nouvel An, avait fait à ses compatriotes cette imprudente promesse : « De cette Europe, je vous ai parlé à plusieurs reprises. Demain ce sera chose faite ; pour les marchandises et les capitaux tout de suite ; pour les hommes demain ». Mais les “hommes” sont las d’attendre et ils se détournent d’un vote dont ils ne voient plus la signification et dont ils n’ont plus rien à espérer.
Que l’Union Européenne, élargie depuis jusqu’à l’extrême, soit devenue un vaste marché où tout s’achète et tout se vend, c’est l’évidence même. Toutes les forces politiques qui y ont contribué auront beau proposer une Europe « qui protège », une Europe « sociale », une Europe « humaniste », elles sont de moins en moins écoutées. Comme les socialistes quand ils tiennent à la fois ce double langage puisque leurs députés au Parlement européen votent de concert avec leurs collègues libéraux et conservateurs et qu’ils partagent avec eux les postes de commissaires. Au fond, ce qui les réunit tous, on le voit bien dans la vie de tous les jours, c’est leur adhésion commune à la realpolitik et à l’économie de marché, que chacun d’eux juge incontournable.
Il fallait les voir, les représentants des divers partis et formations politiques, s’affronter l’autre soir sur le plateau de télévision transformé pour la circonstance en foire d’empoigne. Mais au-delà des querelles et des escarmouches, des piques et des railleries, des critiques et des gros mots, leur passion bruyamment affichée pour l’Europe cache mal leur complicité réelle autour de cette Europe libérale dont ils ont l’air de bien s’accommoder. C’est qu’elle a bien servi, cette Europe, et qu’elle sert toujours aussi bien, les intérêts des grands groupes industriels et financiers. Oui, rarement le peuple n’a été aussi peu présent à une élection qui, pour reprendre l’expression de Serge Halimi, le directeur du “Monde diplomatique”, n’est qu’un « simulacre européen ». Puissent les yeux de chaque citoyen de la Communauté s’ouvrir encore plus grand pour ne pas confondre l’Europe des peuples avec l’Europe des marchands et pour savoir bien séparer le nom « mondialisation » de l’adjectif « capitaliste » qui lui donne tout son sens !

Georges Benne


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Témoignages - 82e année


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