Quand le communisme chinois séduit l’Américain
13 juin, parLe monde a changé
2 novembre 2005

Choquées, indignées, et plus que jamais solidaires de la tragique situation de la jeune Carole, tatouée, violée, avilie par son compagnon et père de son enfant de 6 ans ; Nous, membres et adhérentes de l’association Femmes Solid’Air !, tenons à exprimer notre révolte devant la barbarie sans cesse renouvelée et qui brise la vie de nombre de femmes dans notre île. Cette hallucinante escalade effrénée a de quoi nous effrayer, et notre prise de position, nous voulons qu’elle soit partagée de tous.
Cette situation portée à notre connaissance par le biais des médias suscite beaucoup d’émotions à juste titre par le côté atroce et spectaculaire des tortures infligées à Carole, mais nous voudrions quand-même dire que des situations aussi insoutenables sont vécues en silence beaucoup plus fréquemment qu’on ne peut l’imaginer par trop de femmes sur l’île.
Malgré une évolution évidente de la place des femmes dans nos sociétés, des comportements de propriétaire subsistent dans l’esprit de certains hommes transformés souvent en "manipula-tueurs".
Les droits des femmes ont changé, mais avec encore des insuffisances.
La liberté des femmes reste encore un domaine où dans le cadre de l’intime, sous le sceau du silence et du devoir conjugal peuvent se jouer les pires scenarii.
La société commence à intervenir pour limiter les abus commis et perpétrés depuis tant de siècles sur la personne de la femme, qui pour nombre d’hommes devrait rester soumise.
Les lois doivent être plus fermes, plus sévères et plus rapidement applicables pour qu’enfin et très vite évoluent les mentalités.
Les lois sont à l’image de la société dans laquelle nous vivons depuis tant de siècles, lois d’hommes faites par et pour les hommes et évoluant trop lentement au regard du peu de femmes impliquées dans les instances décisionnaires.
Prenons l’exemple de la Belgique, pays européen, au 14ème siècle, qui définissait dans ses textes de lois les droits des femmes ainsi :
"Le mari qui bat sa femme, la blesse, la taillade de bas en haut et se chauffe les pieds dans son sang, ne commet pas d’infraction s’il la recoud et si elle survit". On connaît le Code civil de 1804 où la femme mariée est soumise à la puissance maritale et doit donc totale obéissance à son mari. Le 19 ème siècle est celui de l’intime où les volets des maisons sont clos. Il est évident que beaucoup de violences conjugales se déroulaient au sein des maisons, puisque la femme était pieds et poings liés par rapport au mari. Tout laisse à penser que notre inconscient collectif en reste imprégné.
À un niveau sociologique, comme le posait Suzy Rojman du CFCV, "... nous, pouvons-nous poser la question : “D’où viennent les violences ?”"
Le premier constat est que ce sont les femmes et les enfants qui en sont les victimes à 98% et les hommes les auteurs. La question qui se pose immédiatement est : "est ce le fait d’hommes malades psychologiquement ou le fait d’une tolérance sociale qui autorise les violences, ou quelque chose comprenant les deux explications ?
Nous pouvons dire que les rapports de domination imprègnent tous les aspects de la vie.
Cette domination des hommes sur les femmes, entre autres, a une base tout à fait matérielle qui est le travail domestique gratuit et le soin apporté aux enfants. La violence de la domination n’est pas tout le temps exacerbée, cela ne serait absolument pas viable. L’idéologie dominante a pour but de faire passer la domination comme naturelle, basée sur la différence biologique, source de rôles et de fonctions qui sont plus ou moins valorisés. Si la domination est vécue comme naturelle, la possibilité de la remettre en question, entre autres par les dominées elles-mêmes, n’est pas du tout évidente....".
L’utilisation abusive d’un rapport de force est une atteinte volontaire à l’intégrité de l’autre. Les conséquences sur la victime sont multiples : perte de l’estime de soi, de son identité, de sa confiance en ses possibilités, de déséquilibre, enfermement, isolement, culpabilisation...
La violence conjugale est un phénomène de société et pas seulement un problème entre un homme et une femme comme on a longtemps voulu nous le faire croire.
Ce problème ne relève pas du droit privé mais du droit pénal. C’est un délit avec circonstance aggravante lorsqu’il s’agit du conjoint.
Indigne d’une société qui se veut civilisée, il n’y a pas de mot pour qualifier ce qu’a subi Carole, et pourtant "à notre grande honte", nous faisons partie de cette société-là et son compagnon est un produit de celle-ci. Ceci pour dire que nous sommes tous concernés, portant notre part de responsabilité, car il n’y a qu’un pas pour passer de bourreaux à victimes et inversement...
Sans parler des cas de "Non assistance à personne en danger"... De ce qui est su de tous et qui est tu par tous... Une sérieuse prise de conscience s’impose : tout d’abord, briser la loi du silence. Prendre le parti de devenir une citoyenne et un citoyen-acteur dans l’expression de ses opinions. II faut une réelle réflexion de société qui passe par une réflexion sur soi avec un positionnement face à l’agressivité de l’autre et la gestion de sa propre agressivité. C’est un vaste sujet, mais incontournable pour parvenir à des changements profonds et salutaires.
Notre association a pour objectif d’aider les femmes à être actrices de leur projet de vie. Nous pouvons les accompagner, mais elles seules peuvent décider de sortir de la violence. Nous sommes présentes, mais nous ne faisons pas à leur place. Chacune est face à des choix qui engagent sa propre vie et celle de ses enfants.
Les femmes victimes de violence ont besoin :
- qu’on les croie,
- qu’on les aide à repérer les pièges dans lesquels elles sont enfermées, pourquoi elles sont ambivalentes et ont du mal à se séparer de leur conjoint, souvent le père de leurs enfants,
- qu’on les soutienne et les encourage dans leur combat,
- qu’on les aide à prendre de la distance par rapport à ce que cet homme leur fait croire, “tu n’auras pas les enfants ; c’est moi qui travaille”,
- ils est important qu’elles connaissent leurs droits sociaux et juridiques,
- elles ont besoin de partager avec d’autres femmes pour ne pas se croire seules dans cette galère et repérer les mêmes mécanismes chez les autres,
- elles ont besoin d’être mises à l’abri, protégées, car elles viennent nous voir dans la crise,
(...)
N’oublions pas que la violence envers les femmes est la première cause de mortalité féminine.
Les femmes n’ont pas fini de se battre pour retrouver leur dignité, c’est pourquoi nous vous invitons également à participer à la Marche Blanche qui aura lieu au départ du Jardin de l’État à Saint-Denis le 27 novembre pour la Journée Internationale de lutte pour l’élimination des violences faites aux femmes.
Association Femmes Solid’Air
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