Di sak na pou di

Coronavirus : la stratégie officielle est seulement de ralentir le virus. Pourquoi un tel choix ? A quel coût humain ?

Luc-Laurent Salvador / 20 mars 2020

JPEG - 78.6 ko
L’aéroport Roland-Garros à Gillot est la principale porte d’entrée du coronavirus à La Réunion.

La présidente du Mouvement pour la Paix de la Réunion a appelé à l’arrêt des vols et à la fermeture de Roland Garros. En période de confinement cette demande paraît pleine de bon sens et ô combien légitime.
Mais ce n’est pas le bon sens qui prévaut depuis le début de l’affaire. Être allé chercher en Chine nos confinés français et renvoyer ensuite en permission tout le personnel ayant été à leur contact était déjà l’indice d’une légèreté criminelle.

Mais ce n’est rien comparé à l’aveu du ministre de l’Education Nationale qui, dans son intervention de dimanche sur France Info nous a permis de comprendre que la politique gouvernementale n’a jamais été d’empêcher le virus de passer mais seulement de le ralentir afin d’éviter la saturation des services de santé.
Un ministre affirme ainsi que le gouvernement n’a pas cherché à protéger la population au maximum comme l’ont fait les Chinois ou les Sud-coréens en tentant, chacun à leur manière, de stopper la diffusion du virus. Cela semble à peine croyable quand on y songe.
L’objectif a seulement été de limiter les dégâts en prétendant tenter de limiter la saturation des services de santé qui sera, bien sûr, inévitable, tant lesdits services ont été réduits à la portion congrue par les politiques libérales faites de libéralités pour les riches et de restrictions pour les pauvres, avec notamment la réduction/privatisation/destruction des services publics.

Les questions qui se posent maintenant restent sans réponse :
1) Pourquoi ce choix ?
2) Qui a fait ce choix ?
3) Quelles autorités médicales l’ont validé (car on suppose qu’elles ont eu leur mot à dire, ce qui serait la moindre des choses n’est-ce pas ?).

Tout au plus, peut-on, pour la deuxième, faire l’hypothèse que la décision a été prise au niveau européen puisque la plupart sinon toutes les nations européennes ont fait ce même choix de laisser leur population exposée et d’attendre la fin de la pandémie qui viendra quand la moitié ou plutôt 70 % auront été atteints et seront ainsi « vaccinées » à la sauvage. Nulle surprise à ce que l’Europe soit dorénavant l’épicentre de la pandémie.
Quoi qu’il en soit, je veux croire que le bon peuple prendra acte de son abandon délibéré par des autorités dont la mission première est pourtant de le protéger. Dès que la situation le permettra, il devrait exiger que tous les responsables soient poursuivis pour ce que l’on peut bien qualifier de crime.
Si vous trouvez ce terme un peu fort, faites le calcul : dans le meilleur des cas, avec un taux de létalité minimal de 1,1 % comme en Corée du sud et seulement la moitié de la population atteinte à la fin de la pandémie (soit 22 millions de personnes de plus de 25 ans), cela devrait faire dans les 200.000 morts, soit plus de dix fois la canicule de 2003. Dans le pire des cas, avec 70 % de la population atteinte et 28 millions de contaminés de plus de 25 ans, avec le taux de 3,4 % annoncé par l’OMS (le taux actuel en France), cela pourrait approcher du million de morts.

Ce sont des chiffres à prendre avec prudence, car les données ne sont pas sûres et il y a beaucoup d’incertitudes mais dans l’Histoire, bien des têtes sont tombées pour beaucoup moins que ça. Ma conviction est donc que, même dans le meilleur des cas, une mise en examen de nos dirigeants devra être faite afin que justice soit rendue, que les coupables soient dûment châtiés et, surtout que les leçons soient tirées, notamment sous le rapport des nécessaires solidité et abondance de nos services de santé.
Mais ce qui ne laisse pas de m’étonner est que nos élus et autres décideurs se comportent comme si, au final, aucun bilan ne devait être réalisé ou, plutôt comme s’ils savaient ne pas avoir de compte à rendre le moment venu, comme s’ils étaient au-dessus des lois, sûrs de ne pas être inquiétés par la justice.
Je me demande si ce constat n’est pas encore plus effrayant que la pandémie elle-même…

Luc-Laurent Salvador