Le sens des responsabilités
10 juin, parNote de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
2 avril 2007

Les personnes qui m’ont fait l’honneur d’apprécier mon roman “Graine de Bagnard” - roman qui a pour toile de fond le pénitencier pour enfants de l’îlette à Guillaume - et/ou d’assister à mes conférences sur le thème du “Traitement de la Jeunesse dite délinquante dans la colonie réunionnaise du 19ème siècle”, seront intéressées - j’en suis certaine - par le téléfilm diffusé ce mercredi 04 avril sur RFO à 20h10.
Intitulé “les Vauriens”, il aborde l’histoire d’une des plus terribles colonies pénitentiaires pour enfants que connut la France : la colonie maritime de Belle Ile en Mer. Contrairement à l’îlette à Guillaume, cet établissement n’était pas dirigé par une congrégation religieuse mais par l’administration. C’est un épisode dramatique que relate ce téléfilm : la révolte des petits détenus en 1934.
Un marmaille avait commis la grande faute de manger son fromage avant sa soupe, ce qui était contraire au règlement. Il fut alors jeté à terre par deux gardiens qui lui écrasèrent le visage à coups de talon. La colonie se révolta, saccagea le bâtiment, molesta les “matons” avant de s’enfuir. Mais, le tambour de ville retentit pour annoncer les évasions. Une prime de 20 francs était promise par fugitif ramené. Ce fut la ruée, une véritable chasse à l’enfant menée par les habitants et même par les vacanciers. Certains empochèrent jusqu’à 200 francs.
Ce dramatique évènement inspira à Jacques Prévert un poème, dont voici un extrait :
Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
Maintenant il s’est sauvé
Et comme une bête traquée
Il galope dans la nuit
Et tous galopent après lui
Les gendarmes, les touristes, les rentiers, les artistes
Bandit ! Voyou ! Voleur ! Chenapan !
C’est la meute des honnêtes gens
Qui fait la chasse à l’enfant.
Carné voulut tourner un film sur le pénitencier de Belle Ile en Mer. Pour de multiples raisons (financières, climatiques, etc.), ce projet n’aboutit pas.
Avec “les Vauriens”, cet oubli est réparé et, à travers ce téléfilm, c’est un hommage aux milliers d’enfants enfermés pendant plus d’un siècle dans des colonies pénitentiaires, qui est rendu. Dans de nombreuses régions françaises, les murs de ces sinistres geôles se dressent encore et aucun habitant, aux alentours ne connaît leur abominable histoire.
Les souffrances, les brimades, les tortures, les agressions sexuelles, l’abandon et même les morts qui ont touché ces générations de petits vagabonds ou orphelins embarrassent notre bonne conscience actuelle.
En France métropolitaine, le voile gêné qui recouvrait l’existence de ces petits bagnards a été levé par quelques livres et surtout par ce téléfilm qui fait découvrir au grand public un pan peu glorieux de notre histoire.
A La Réunion, que fait-on pour préserver le site de l’îlette à Guillaume et pour restaurer la mémoire des marmailles qui y ont été détenus ?
Rien.
Le site se meurt dans l’indifférence générale.
Le cimetière des petites tombes d’enfants est dans un état d’abandon qui brise le cœur.
Plusieurs sont morts dans des travaux gigantesques accomplis par leurs bras juvéniles.
L’émotion suscitée par la découverte des sépultures de Saint-Paul est tout à fait compréhensible. Mais, pourquoi ce site attire-t-il immédiatement intérêt et capitaux alors qu’un pénitencier pour enfants du 19ème s. qui a compté jusqu’à 240 détenus sombre dans un méprisant oubli ?
L’ONF a, depuis 1999, un projet de réhabilitation en cours. A quand son exécution ? Les ruines n’attendent pas ; la vigne marronne les étouffe inexorablement.
Le site appartient au conseil général mais ne semble guère éveiller d’intérêt - encore moins de compassion - sous cette présidence comme sous la précédente.
Jeilette, Joseph Lespoir, Siau, Jean-Baptiste Joseph, Sitale, Charles Toussaint, Marcellin Magellan, Gustave Morbit, Louis Victor et d’autres petits anonymes sont morts au pénitencier de l’îlette à Guillaume et tout le monde s’en fout.
Aucun nom, aucune plaque, des tombes abandonnées.
Depuis la sortie de mon livre, je me démène pour sensibiliser les décideurs à la cause de ces petits fantômes, de ces petits sacrifiés d’une société intolérante dans laquelle l’administration avait une aussi grande responsabilité que l’Église.
Église qui a fait un retour honnête et courageux sur ce passé trouble qu’elle accepte de regarder en face.
L’administration, elle, refuse tout hommage, dénie à ces enfants martyrs le droit à un minimum de considération, à savoir que le lieu où ils ont souffert ne disparaisse pas des cartes et des mémoires.
Un tel mépris me bouleverse.
Aussi, je ne peux que vous encourager à regarder, mercredi 04 au soir, ce téléfilm “les Vauriens” qui est, paraît-il splendide.
Malgré sa violence, regardez-le.
Même si vous suffoquez tellement votre gorge sera nouée, regardez-le.
Et, au même instant, ayez une petite pensée pour les “Graines de Bagnards” de l’îlette à Guillaume. Faute d’être reconnus par notre société, qu’ils revivent avec compassion dans votre cœur et votre mémoire.
Pascale Moignoux
Ecrivain
Note de la Rédaction au sujet d’une tribune intitulée « Nommer le privilège zorey pour construire l’égalité à La Réunion »
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Messages
19 avril 2008, 19:45, par René Santoni
Bonjour,
Je viens de publier un ouvrage sur un bagne pour enfants d’Ajaccio (1855_1866), et j’ai la même indignation que vous !
http://site.voila.fr/bagne-enfant-ajaccio/
Cordialement,
Voir en ligne : La colonie horticole de Saint-Antoine