Courrier des lecteurs du 14 avril 2004

14 avril 2004

Bonne année tamoule : Nalla Varousha Pirappu

Le nouvel an tamoul est célébré d’après le calendrier hindou (Panjangam) au premier jour du mois de Sittirai, le 13 (l’année bissextile) ou le 14 avril. Cette année on célèbre le Dârana 5105 le mardi 13 avril.
Les années tamoules sont classées en cycles de soixante ans, qui débutent par le "prabhana" (origine) et qui se terminent par “atcham" (impérissable). Le cycle actuel a commencé en 1987, c’est-à-dire la 5089ème année de Kaliyouga Ahudou. Il expirera en 2046 durant la période de Kaliyougam (l’âge de fer ou de misère).
Le Kaliyougam équivaut à 432.000 années, selon le Panjangam. Le Kaliyougam est la quatrième d’une série d’époques dénommées Krita-yougam, Treta-yougam et Doupavra-yougam.
Après des prières tôt le matin, une cérémonie religieuse est dite dans tous les "kovils" (temples) à travers l’île. Le archargar (prêtre officiant) nous donne lecture du Panjangam et de ce que nous attendons durant l’année nouvelle en se basant sur les études astrologiques. Les tamouls conçoivent Dieu comme l’Être Suprême aux formes différentes. Mais Il est un, immuable, omniprésent, omnipotent et omniscient.

Pour vénérer Dieu, ils commencèrent, dès l’antiquité, à bâtir des kovils là où ils élurent domicile. Avec sa croyance, sa prière, son caractère inné de la non-violence et de la tolérance, le tamoul croit apporter la paix, l’harmonie, la connaissance et la joie dans le monde. C’est la raison pour laquelle il s’adhère à la philosophie qui veut que "le monde n’est qu’un et que chaque homme soit lié par le lien de la fraternité" (yâdhoum ouré yâvarourn kehlir).
En sus des lieux réservés pour des rencontres et des activités sociales et culturelles, les tamouls ont construit le kôvil, un lieu idéal pour cultiver leur développement spirituel et religieux. "Koyil illâ oûril koudi iroukka vendham" (n’habite pas un lieu où il n’y a point de kôyil) dit Oulaganaden dans son Oulagamidhi. Les tamouls jusqu’à ce jour, sont restés fidèles à cette pensée, sauvegardant ainsi leur héritage religieux et leurs traditions à travers les âges. La Réunion n’est pas une exception. Ne voit-on pas parsemés à travers notre île tant des kovils ayant des structures répondant tous aux normes de la merveilleuse architecture dravidienne d’où le balipîdam, le kodimaram, le nandi, les différents mourthis en pierre massive ?

Kovil signifie la maison de Dieu. À chaque fois qu’on passe un moment de prière ou de méditation dans un kôvil, on en sort purifié et allégé de nos peines et soucis. D’autres vont au kôvil pour dire à Dieu combien grande est leur souffrance, pour Lui confier leurs amertumes et pour Le remercier. Et d’autres encore chantent des louanges à Dieu pour leur propre plaisir spirituel et pour la paix intérieure. Ces chansons religieuses et classiques sont des manthirams et des bhajanums afin d’entretenir un rapprochement continu avec le Kadavoul.
Le kovil est une institution religieuse où on y enseigne la loi du karma basée sur les écritures saintes du Thiroukkoural de Thirouvalluvae et sur les autres livres traitant de la moralité religieuse pour mener une vie remplie de vertus. On acquiert également le savoir-vivre en société. Celui qui met en pratique les trois préceptes de Vallouvar retrouvera le chemin de la libération. C’est la raison pour laquelle Vallouvar a mis l’accent sur l’action de l’homme par le truchement de trois préceptes : aram (la vertu), poroul (les richesses) et inbam (l’amour). Cette action mènera l’homme au Vîdou (libération).

Les activités religieuses et culturelles dans les kovils nous aident à préserver nos traditions ainsi que notre langue ancestrale. La musique (tamij iseye et Karounadagam iseye) et la danse (le bharata natyam, koummi, kôlattam, pinnal kôlattam, etc.) sont associées aux activités religieuses et spirituelles. La musique façonne le caractère d’un peuple et apporte de l’harmonie parmi les différentes composantes de la société. Le yoga est également pratiqué pour le développement physique, mental et spirituel de l’être humain.
Pour conclure, il faut dire que nous vivons dans un monde déchiré par la haine, la violence et l’intolérance. Les médias nous en témoignent. La guerre, le terrorisme, les maladies et tant d’autres calamités semblent régner en maîtres. Et l’homme reste impuissant devant ces tristes événements. Son seul espoir : une force divine, sa foi, sa prière et sa croyance en Dieu. Pour les tamouls, les kovils sont autant de serres qui protègent surtout les jeunes contre les maux de ce monde. Ils feront d’eux non seulement des vrais citoyens et des hommes complets, mais aussi des vrais êtres humains bien enracinés dans leur culture millénaire, fierté d’une Réunion en quête de l’unité dans la diversité.

Gady Moonesawmy,
membre du Groupe de dialogue inter-religieux de La Réunion


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