Di sak na pou di

Covid-19 : la bataille de Wu Han

Coronavirus

Ary Yée Chong Tchi Kan / 20 mars 2020

Wu Han est une ville de 11 millions d’habitants, la capitale de Hubei, une province aussi peuplée que la France. Son nom a été médiatisé pour avoir été l’épicentre d’un virus qui a envahi la planète. L’Histoire retiendra la bataille de Wu Han dans une guerre mondiale d’un genre nouveau.

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La ville et ses habitants ont payé un lourd tribut pour contenir la propagation du virus et vaincre l’épidémie (3199 morts). La référence à la guerre a servi de mot d’ordre à la mobilisation générale du peuple, du parti communiste chinois, de l’armée et du gouvernement. Au cours d’une visite surprise sur place mardi 10 mars, XI Jinping a fait l’éloge de la ville combattante au regard des progrès accomplis.

Le médecin français Philippe Klein, chef d’une clinique internationale, situé au centre de la ville, est un héros de cette bataille de Wu Han. Il a refusé de quitter son poste. Dans une vidéo, il n’a pas son pareil pour raconter son récit de guerre ainsi que les conseils qu’il prodigue aux Français en butte actuellement à cette pandémie inédite. En freinant la propagation, la ville héroïque et ses héros ont fait gagner du temps au reste de la planète. Cependant, la plupart des autorités politiques n’ont pas pris la mesure du désastre afin de coordonner les moyens durant la “fenêtre” ouverte par la résistance.

En effet, deux analyses s’affrontaient : phénomène mondial ou problème chinois ? Du coup, par rapport au lancement de l’offensive chinoise, fin janvier, le Président français a perdu 2 mois avant de se résoudre à évoquer la “guerre sanitaire”. Dans un désordre indescriptible car la mobilisation générale repose sur un fondement idéologique éloigné de sa pratique : “l’Etat Providence”, “il est des services qui doivent être placés en dehors des lois du marché”.

Nous avons bien à faire à une maladie émergente aux conséquences imprévues qui vont accentuer la prise de conscience d’une communauté de destin planétaire dans laquelle les expériences chinoises vont beaucoup compter. Pour briser la chaîne d’expansion de la maladie, le Chef de la mission conjointe OMS-Chine, Bruce Aylward, a souligné l’importance de la vitesse d’exécution de la décision : “la vitesse, la vitesse, la vitesse”. Les médications n’interviennent qu’en seconde ligne. En d’autres termes, les tergiversations actuelles des autorités politiques et sanitaires sont irresponsables. L’appréciation vaut aussi pour La Réunion.

Lorsque la guerre sera terminée et que le monde entier commémorera la bataille de Wu Han, on retiendra que la France n’a pas su tirer profit de ses atouts. Les images des expatriés fuyant les zones contaminées ont marqué les esprits. En effet, Wu Han est la ville la plus française en Chine. Elle abrite un consulat général de France, une réplique de la Tour Eiffel et des Champs Élysées. Elle est très connue pour sa “Vallée optique”, un équivalent de la Sillicon Valley. Le niveau de coopération universitaire et économique est très ancien et très élevé entre les 2 pays. La Région Réunion s’était inscrite dans ce sillage, il y a une quinzaine d’années.

Après 3 mois de lutte acharnée, on assiste à un renversement du mouvement historique. C’est la Chine qui vient en aide à l’Europe et le monde. Les usines chinoises s’adaptent à l’effort de guerre sanitaire. Actuellement, 2500 usines produisent 120 millions de masques par jour. On n’a pas fini de parler de la victoire de Wu Han.

Ary Yee Chong Tchi Kan