D’une loi RTT à l’autre...

5 février 2008

Soixante-quatre ans après son aînée, la loi des 40 heures, - votée en même temps que la semaine des congés payés par le Front populaire, - la loi Aubry mise en place à partir de l’an 2000 par le gouvernement Jospin aura, semble-t-il, beaucoup plus de mal à s’imposer. Précédant de très peu la Seconde Guerre mondiale de 1939 qui avait mis l’Europe à feu et à sang, la première en date venait combler une immense attente et réparer, du moins en partie, une énorme injustice.
Présentée par ses promoteurs comme une mesure emblématique de la gauche, la loi des 35 heures, qui affrontait le spectre grandissant du chômage, n’a pas soulevé chez ses bénéficiaires le même enthousiasme. Très vite, ces derniers se sont vus contraints de faire le même travail, parfois dans de moins bonnes conditions et en un temps plus court. La plupart ne semblent avoir pas profité pleinement des heures à leur disposition et ont eu le sentiment de n’avoir pas gagné au change. Alors qu’en face, le patronat et tous les gouvernements de droite qui se sont succédé ne se sont pas privés pour la combattre sans relâche tant et si bien qu’elle est devenue avant, pendant et après la campagne de l’élection présidentielle la principale cible de Nicolas Sarkozy et qu’à la question posée lors de sa conférence de presse du 8 janvier : « Souhaitez-vous que 2008 soit la fin, au moins réelle, des 35 heures ? », il a répondu sans hésiter : « Pour dire les choses comme je pense, oui », confirmant le jugement qu’il avait formulé lors du débat avec Ségolène Royal : « une catastrophe pour l’économie française ».
Ainsi, c’est essentiellement pour des raisons économiques très précises qui n’ont rien à voir avec le partage du travail que la loi Aubry a été si vivement critiquée : le Tout marché n’ayant que faire d’une loi qui va à l’encontre de ses propres intérêts. Là réside sa plus grande faiblesse : elle survient au moment où la mondialisation triomphe, dans les faits et dans les esprits, réduisant au passage tous les liens qui ne sont pas marchands. Martine Aubry, un moment, avait vu juste quand elle déclarait pour justifier son projet : « Au fond, il n’y a que deux logiques (il faudrait ajouter : qui sont proprement inconciliables) : celle du profit (pour quelques-uns) et celle de la solidarité (pour le plus grand nombre) ». Mais de concession en concession, de compromission en compromission avec le monde de l’argent, le Parti socialiste, par la voix de ses dirigeants, finira par renier un à un ses principes fondateurs si chèrement défendus par François Mitterrand au congrès d’Epinay de 1971 : « Celui qui n’accepte pas la rupture (...) avec l’ordre établi, (...) avec la société capitaliste, celui-là, je le dis, il ne peut pas être adhérent du Parti socialiste ! ». Le même, par la suite, participera au lancement et à l’installation du Traité de Maastricht qui tourne définitivement le dos aux dits principes.
Il ne restera plus qu’à attendre Dominique Strauss-Kahn et François Hollande, entre autres, pour donner le coup de grâce : « ... il faut reconnaître une bonne fois pour toutes l’économie de marché et ne plus y revenir... », proclamera tranquillement celui-ci au Forum de l’innovation tenu à Paris le 15 décembre 2007. Avec cette appréciation pour le moins surprenante dans la bouche d’un secrétaire général du Parti socialiste : « l’économie de marché est (...) sans doute la plus efficace pour produire de la richesse », mais sans même préciser la manière dont elle se répartit cette richesse !

Georges Benne


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Témoignages - 82e année


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