Défiscalisation en question !

13 juin 2007

La plupart des hommes politiques, impressionnés par les savantes équations des économistes, écoutent religieusement leurs conseils comme s’il s’agissait d’une science exacte !
Or, il n’en n’est rien !
Ce n’est pas parce qu’une banque suédoise décerne un faux Prix Nobel à des économistes choisis parmi ceux qui ne remettent jamais en cause le capitalisme financier que leurs équations mathématiques ont une valeur scientifique ! Cela pour la simple raison que les plus belles équations ne peuvent pas prévoir les réactions humaines !
Par exemple, si l’on s’en tient aux calculs mathématiques des économistes, les mesures de défiscalisations pour l’achat d’un appartement devaient permettre d’acquérir un logement à moindre coût et augmenter leur nombre... Or, la réalité est tout autre ! Leurs équations n’avaient pas prévu que le promoteur augmenterait les prix d’un montant égal à la réduction d’impôt perçu par l’acheteur. En clair, sans contrôle des prix, c’est le promoteur qui ramasse la mise. Il s’agit donc d’un détournement de fonds des caisses de l’État, autrement dit notre argent, vers le compte en banque des promoteurs qui deviennent de fait des assistés. Il est clair que cet argent serait bien plus utile à l’État pour construire des logements sociaux accessibles aux 25.OOO Réunionnais sur les listes d’attente !
En effet, une étude de l’observatoire de l’AGORAH (1) montre l’effet pervers de la défiscalisation à La Réunion, où l’on enregistre entre 1992 et 2003 une augmentation des prix moyens de 125%,soit 10% chaque année.
De surcroît, comme les propriétaires veulent rentrer dans leurs frais, ils proposent un prix de loyer au plus près possible du montant du crédit qu’ils ont souscrit. Résultat : les prix des loyers flambent ! Les salaires ne suivant pas, la population s’appauvrit. L’économie ralentit !
Le constat final a un goût amer. Non seulement la défiscalisation n’a pas permis de répondre à la demande de logement des Réunionnais qui en avaient le plus besoin, car trop chers, mais elle a de plus contribué à une augmentation scandaleuse des prix de l’immobilier. Si bien qu’une part grandissante de la classe moyenne est exclue de l’accès à la propriété...
Nous sommes forcés de constater que les candidats de droite aux Législatives défendent la défiscalisation, que la gauche socialiste s’en accommode avec quelques petits aménagements et que seuls les candidats à gauche de la gauche sont contre, en dénoncent les effets pervers et proposent une vraie politique publique du logement social concertée avec les usagers !
D’autres équations des économistes “démontrent” qu’en créant des zones franches offrant des subventions et autres avantages aux entreprises, celles-ci seront incitées à investir dans ces zones franches. Ils affirment comme s’il s’agissait d’une vérité révélée qu’en supprimant les charges sociales, les produits fabriqués seront moins chers sur le marché et donc plus compétitifs face à la concurrence ! Qu’ainsi, ces entreprises gagneront des clients, dégageront davantage de profits et pourront alors créer des emplois !
Là encore, les savants calculs des économistes oublient le facteur humain ! Qui prouve que ce surplus de cadeaux offerts aux entreprises sans contre partie ira aux investissements productifs, à la création d’emplois, à l’innovation et non pas dans l’achat de produits de luxe, de voyages, d’avions privés, de yachts ou dans les frasques de la jet-set ? De plus, combien d’entreprises, après avoir pompé les subventions de l’État et réalisé des plus-values fantastiques en exploitant ses salariés, ont déménagé sans laisser d’adresse en jetant les travailleurs comme de vieux kleenex ? Les exemples ne manquent pas ! Et les élus au pouvoir, même de gauche, ont envoyé les CRS contre les travailleurs qui voulaient sauver l’outil de travail au lieu de les aider à relancer l’activité sous statut de coopérative gérée par les salariés...
De surcroît, aucune étude sérieuse n’a apporté la preuve de l’efficacité de ces réductions de charges offertes pour l’installation de zones franches ou autre motif ! Qui contrôle ? Qui évalue l’utilisation de cet argent public ? Selon la Cour des Comptes, l’État distribue chaque année, sans discernement et sans contre-parties sur l’ensemble des régions métropolitaines et d’Outre-mer, environ 63 milliards d’euros d’aide aux entreprises dont 24 milliards sont rackettés à la Sécurité sociale (sous forme de réduction de cotisations sociales) ! Avec cette somme, il serait possible de financer plus de 1 million 600.000 emplois à 3.000 euros par mois ! (1.800 euros de salaire direct versé à l’intéressé et 1.200 euros de salaire indirect représentant les fameuses cotisations sociales.) ...
Avant de voter dimanche, repérez bien les candidats qui nous alertent sur le fait que tous ces dispositifs d’aide aux entreprises, zones franches comprises, créent des effets d’aubaine pour les dirigeants et produisent des résultats insignifiants sur l’emploi, les investissements, sur le niveau de vie, le progrès social et le développement économique, au regard des sommes astronomiques englouties... Il faut en finir avec l’idéologie de l’économisme !

D. Le Strat

(1) AGORAH : Agence pour l’observation de La Réunion, l’aménagement et l’habitat.


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