Di sak na pou di

Dérèglement climatique : dans la forêt on n’a jamais trop chaud

François Maugis / 30 mars 2020

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Avec la nature, l’homme a voulu jouer au plus fort. Aujourd’hui il s’en brûle les doigts au sens propre comme au sens figuré. En matière de température, trois évènements m’ont marqué. Ayant séjourné 3 ans dans l’une des régions les plus chaudes de la planète (la Guyane), nous étions logés dans des cases modernes, le dernier cri de l’époque en matière de construction (volumes spacieux, climatisation, etc.).

Dormant très mal dans cette belle case, j’ai voulu savoir pourquoi. Et je me suis aperçu qu’en sortant de ma maison, très tôt le matin, l’air était plus frais à l’extérieur qu’à l’intérieur où, pourtant, la clim avait tourné au maximum toute la nuit. Conclusion, les architectes ne savent pas construire des maisons confortables sous les tropiques.

Cette réflexion a été confirmée quelques jours plus tard. Avec quelques amis, nous avons passé la nuit en forêt amazonienne (une vraie cathédrale de verdure). La nuit passée dans un simple hamac suspendu entre deux arbres, fut la nuit la plus délicieuse de ce long séjour en Guyane. Comme nous, la forêt est vivante, elle respire et son souffle est bien plus confortable que la meilleure des clim.

Il y a quelque temps, je traverse à pied, en plein milieu de l’été austral, la grande place goudronnée de Bois de Nèfle Ste Clotilde à La Réunion. Chaleur étouffante et quasi insupportable. Je passe par hasard sous le seul arbre de cette place (un magnifique manguier) et là, surprise. En plein milieu de cette canicule, une oasis de fraîcheur auquel je ne m’attendais pas, un véritable climatiseur naturel capable même de neutraliser localement l’insupportable rayonnement du macadam.

Les vieilles cases créoles ouvertes à tous les vents et plantées au milieu d’un jardin planté d’arbres, ont presque toutes disparu. Dans une lutte un peu illusoire sous les tropiques contre les logements insalubres, elles ont été remplacées par des blocs en béton, superbes accumulateurs de chaleur, qui rendent ces logements invivables sans une climatisation puissante. N’est-ce pas un peu absurde ? C’est sûr en tout cas, qu’ajouter macadam, tôles et béton à l’effet de serre, est la meilleure recette pour nous faire brûler tout vif.

François-Michel Maugis – La Réunion
Économiste, écrivain, philosophe et conférencier