Di sak na pou di

Des dates, toujours des dates

Marylène Berne / 5 mars 2019

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8 mars, journée internationale des droits des femmes depuis le 19 mars 1911 grâce à Clara Zetkin. 25 novembre, journée contre les violences faites aux femmes depuis décembre 1999.
Tout le monde en parle 3 jours avant, le jour même, puis après silence radio. Le grand mot d’ordre ces jours derniers est la vie trop chère à La Réunion. C’est une réalité et un combat citoyen mais toutes les inégalités sont à combattre car la société est un tout et pas un seul tiroir appelé « vie chère ». Les femmes sont moins payées que les hommes, dans le privé, entre 20 et 25 % de moins et ce malgré une loi qui date de 1972 (et oui !) et n’est toujours pas appliquée malgré des changements de majorité dans notre pays. D’autres lois, plus récentes, sont respectées sans problème. Mais dès qu’il s’agit des femmes ça coince et pourtant cette injustice est intolérable. Que les entreprises l’appliquent ne parait pourtant pas une tâche infaisable.

Les violences envers les femmes et les enfants par contrecoup n’ont pas diminué, bien au contraire, hélas ! Langage et attitudes sexistes, insultes, harcèlement de rue, harcèlement au travail, moral ou sexuel, coups, blessures, viols et assassinats sont encore le lot de trop de Françaises. Certains juges parlent encore de crime passionnel quand un compagnon tue sans aucun complexe celle qui a partagé sa vie et qui est la mère de ses enfants. Les messages sexistes fleurissent à la télé, la lessive, les aspirateurs, les soins de beauté sont toujours des produits réservés aux femmes et certaines affiches placardées sur les panneaux sont une attaque à la personne féminine. Les auteurs de violences sont emprisonnés, heureusement, mais pas de traitement pour leur faire comprendre l’ignominie de leurs agissements.

Les structures d’accueil pour les victimes sont encore insuffisantes, les associations qui aident les femmes en souffrance manquent de moyens financiers et tout cela depuis des années, exemple le CEVIF ici. Les ministres aux droits des femmes sont devenues des secrétaires d’État et l’actuelle, madame Schiappa, se donne en spectacle aux cotés de monsieur Hanouna, amuseur public aux plaisanteries douteuses, voire racistes ! Est-ce sa place ? N’y aurait-il pas d’autres combats à mener, que faire de l’audience ? Par exemple, faire voter une loi qui déclare fermement le non consentement de tout enfant de moins de quinze ans, victime d’agressions sexuelles par un adulte. Celle qui a été votée est trop floue et ne peut satisfaire celles et ceux qui réclament la protection des mineurs. L’éducation sexuelle à l’école est trop tiède, le nombre de grossesses précoces est significatif d’un manque de connaissances de la part des ados. La contraception et l’IVG ont été des victoires des militantes dont Simone Veil pour l’avortement, mais n’oublions pas que ces avancées peuvent être remises en question par des hommes ou femmes politiques en mal de retour à un passé rétrograde.

Partout dans le monde, les femmes sont en première ligne dans le clan des victimes, elles subissent des mutilations sexuelles dans certains pays, elles subissent les viols qui restent des armes de guerre dans les régions où les conflits perdurent. Le prix Nobel de la paix en 2018 a été attribué à deux personnes admirables. Le docteur Denis Mukwege qui « répare les femmes » violées sauvagement et Nadia Murad, jeune femme, ex-esclave sexuelle du Groupe État islamique. Tout un symbole ! Qu’attendent nos élus et élues pour décréter que toutes ces violences sont une affaire d’État et non des faits divers ?

On refait le Code du travail, on veut transformer l’école et le système de santé mais on se contente de paroles, de bla bla bla quand il s’agit de dénoncer et combattre une inégalité et une violence qui sont une honte pour une démocratie.

Marylène Berne