En ces périodes où la Nature rappelle quelles sont ses propres dimensions, il semble que les esprits s’échauffent et perdent de vue les principes élémentaires d’une gestion durable des milieux. C’est ainsi qu’au lieu de s’engager à changer les mauvaises habitudes et à remédier aux erreurs commises sur l’aménagement et l’utilisation des espaces littoraux, nous avons vu fleurir des propos inconsidérés, des décisions sans réflexion, qui font craindre le pire pour l’avenir.
Ces milieux coralliens sont particulièrement vulnérables de par leur faible éloignement de la côte, de leur faible extension (25 km de long) au regard d’une densité de populations de plus de 800 ha/km2 en zone littorale.
Au cours de ces dernières décennies, de nombreuses activités liées au récif corallien se sont développées et densifiées : pique-nique, détente sur les plages de sable blanc, baignade dans les eaux calmes du lagon ; mais aussi plongée sous-marine, surf, promenades en mer, pêche...
Parallèlement, l’urbanisation littorale, les activités humaines et agricoles sur les bassins versants s’accroissaient de façon considérable.
Il n’était pas raisonnable de penser que tout ceci pouvait être sans conséquence sur le milieu ; nous en rappelons quelques unes :
- La détérioration de la qualité des eaux du lagon est défavorable aux coraux, mais favorise le développement des algues concurrentes. La diminution de la vitalité corallienne conduit à un déficit en apport de sable blanc au niveau des plages, à un affaiblissement de l’effet protecteur de la barrière favorisant l’érosion, et à une diminution des espèces pêchées entre autres...
- Les multiples activités de prélèvement dans le milieu dépassent de loin les capacités de production du récif corallien. Si la pêche professionnelle est moins tournée aujourd’hui vers les récifs coralliens et ne représente que 1/5 des prises dans ces milieux, en revanche, la pêche de loisir avec les pêcheurs sous-marins (600 environs), les pêcheurs à la Gaulette (estimés à environ 3.000), les plaisanciers (500) prélèvent au total au moins 405 T/an (Séminaire GIZC 1999). Ces prélèvements ne sont pas durables car ils excèdent de beaucoup la capacité de production des récifs coralliens estimée dans la bibliographie entre 60 et 70 T/an. L’affaiblissement des populations de poissons conduit à réduire la vitalité corallienne, car si les coraux constituent un abri et une source de nourriture pour les poissons, ces derniers entretiennent et maintiennent les coraux en bonne santé.
- Les actions mécaniques répétées et permanentes à l’égard des colonies coralliennes notamment au niveau des platiers oblitèrent leur possibilité de régénération. Même un pêcheur à pied averti ne peut distinguer à l’œil une repousse corallienne étant donnée sa petite taille !
Les enjeux pour l’avenir sont énormes et nous voyons qu’il est impératif de structurer les différentes activités humaines, de modifier ou conduire certains comportements pour que les générations futures puissent elles aussi profiter des ressources de ce milieu.
C’est dans ce but que la Réserve Nationale Marine a été créée en février 2007 afin que son futur gestionnaire puisse intervenir, coordonner, gérer au mieux ce milieu et non le mettre sous cloche comme se complaisent à le répéter les adversaires de ce projet.
Les contours et les réglementations de cette Réserve sont un compromis né de la concertation pendant plus de 2 ans avec les différents utilisateurs du milieu, les décideurs locaux et les scientifiques.
C’est ainsi que 70% des zones coralliennes sont en réserve, ce qui ne représente toutefois que 6 à 7% du littoral réunionnais. Par ailleurs, seulement 1,5 km (6% du littoral corallien, soit 0,6% du littoral réunionnais) sont classés sanctuaires afin de permettre une reconstitution de leurs peuplements. Et c’est pour cette même raison que dans certaines zones de protection intermédiaire, y compris des lagons, les prélèvements sont limités, voire exclus, tout en permettant des activités durables comme la baignade ou la plongée.
Revenir en arrière comme le déclament certains relève d’une forme d’irresponsabilité grave aussi bien vis-à-vis des Réunionnais d’aujourd’hui que de ceux de demain.
VIE OCEANE,
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