Di sak na pou di

Des feux gigantesques embrasent l’ouest des Etats-Unis

Bruno Bourgeon / 17 septembre 2020

Il y a un air d’apocalypse sur la côte ouest des États-Unis. De multiples feux font rage en Californie, en Oregon et dans l’État de Washington. Au moins 8 personnes ont péri et des dizaines de milliers d’autres été évacuées. Les images de quartiers réduits en cendres, de fumées épaisses, de ciel orange et de lumière rouge feu en pleine ville ont envahi les réseaux sociaux. Depuis des années, les habitants sont habitués aux incendies. Mais ces derniers temps, en 2020 particulièrement, tous les records ont été battus.

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En Californie, les flammes ont grignoté 1,2 million d’hectares (l’équivalent des deux départements des Charentes) depuis le début de l’année. Du jamais vu. Six des vingt plus larges incendies de l’histoire de l’État ont eu lieu en 2020. Et l’« August Complex Fire », un assemblage de 37 feux qui ont touché la forêt de Mendocino à partir du 17 août, est désormais le plus étendu de l’histoire californienne (190.000 hectares, 3/4 de La Réunion).

Dans l’Oregon, la gouverneure Kate Brown a assuré le 10 septembre n’avoir « jamais vu des incendies hors de contrôle d’une telle ampleur ». En 3 jours, les flammes ont calciné le double de la végétation qui brûle en moyenne en 1 an. Le gouverneur de l’État de Washington, Jay Inslee, a de son côté pointé du doigt la crise environnementale. « Je penserai à ces incendies et à leurs conséquences sur nos populations quand nous prendrons nos prochaines décisions pour combattre le changement climatique », a-t-il déclaré jeudi. Son homologue californien, Gavin Newsom, a affirmé « ne plus avoir de patience face aux climato-sceptiques ».

Les climato-sceptiques nient le lien entre changement climatique et giga-incendies. Pourtant il est indéniable, selon les climatologues. « Les températures plus chaudes assèchent les combustibles » — ici des arbres malades ou morts — explique Park Williams, du Lamont-Doherty Earth Observatory de l’université de Columbia. « Dans les zones où les combustibles abondent et sont très secs, tout ce dont vous avez besoin est une étincelle. » Cette étincelle peut être naturelle, comme un éclair (fréquence des orages « secs » de l’été californien, renforcés par le changement climatique), ou humaine, comme un acte de pyromanie ou un feu de camp mal éteint. Cette année, des feux d’artifice tirés par des parents lors d’une « gender reveal party » — une fête pour révéler le sexe de leur bébé — ont même été responsables de l’incendie « El Dorado » en Californie.

Peu d’experts s’attendaient à observer cet effet cascade, lorsque plusieurs catastrophes surgissent en même temps ou se succèdent et s’amplifient les unes les autres. Non seulement les incendies sont des dangers immédiats, mais ils provoquent des fuites de dangereuses particules chimiques dans l’eau potable. Des recherches effectuées après l’incendie de 2018 qui a détruit la ville de Paradise ont ainsi montré que des quantités anormales de benzène (cancérogène certain) s’étaient retrouvées dans les canalisations.
La canicule et l’air empli de fumée menacent par ailleurs la santé (problèmes respiratoires, crises cardiaques) de populations déjà affectées par la pandémie. Ceux qui n’ont pas de système d’aération adéquat chez eux sont pénalisés. Sans parler des conséquences économiques pour les riverains aux maisons détruites.

Les vents d’automne ne devraient rien arranger. Une étude publiée en août montre que le changement climatique augmente le risque de conditions extrêmes propices aux incendies en automne en Californie. La fréquence des jours présentant ces conditions extrêmes a plus que doublé depuis les eighties. Les habitants de l’Ouest américain n’en ont pas fini.

Bruno Bourgeon, porte-parole d’AID

D’après Reporterre : https://reporterre.net/Du-jamais-vu-des-feux-gigantesques-devastent-l-ouest-des-États-Unis