Un vestige de la société esclavagiste est en train de tomber
11 juin, parCourrier des lecteurs
12 octobre 2010

Ce film qui transporte les foules (deux millions d’entrées en quatre semaines), je l’attendais avec impatience. Enfin, j’ai pu aller voir cette tragédie historique portée à l’écran du cinéma Cambaie à Saint-Paul et je n’ai pas été déçu.
J’avais été bouleversé, meurtri, lorsque j’avais appris l’assassinat de ces moines de Tibhirine. Le monde entier a hurlé de douleur. Quelques-uns sont restés silencieux, muets de stupeur. Auraient-ils dû quitter cette Algérie qui n’était pas leur pays, son histoire troublée qui n’était pas la leur ? Ils y sont restés. Leur monastère n’était pas interdit d’accès. Avec eux, les fondamentaux de la vie monastique demeurent présents. Le grand public apprécie cette existence qui alterne vie communautaire, prière et travail.
Le film les présente s’activant dans leur jardin, vendant leurs produits sur le marché local. Ils prient régulièrement dans leur modeste chapelle. Leur rythme de vie séduit par sa simplicité. Pour autant, le film ne cherche pas à embellir la vie monastique. Ils se réunissent souvent, et surtout depuis qu’ils sont menacés d’expulsion, voire de mort. Ils ont peur. Ils pensent peut-être à partir, mais la prière et la foi qui les animent les décident à rester.
Xavier Beauvais ne filme jamais les moines comme des martyrs, mais comme des humains fidèles à leurs vœux.
Des intégristes de tous bords viennent les voir. Sans problème, le médecin-moine soigne les blessés, les terroristes. Ainsi le Père supérieur (Christophe Lambert) arrive à faire prendre conscience de l’importance de Noël pour les chrétiens. Ils se donnent une poignée de main. Chacun respecte la religion de l’autre. Les bons moines trappistes français vivent en harmonie avec les musulmans algériens, et ce, malgré le danger et par fidélité envers une population amie et déshéritée. Ces moines ne cherchent pas à convertir, mais simplement à vivre paternellement en frères avec ces Algériens frustes et abandonnés par leur État défaillant.
Ce film arrive à point. Étienne Senhier le reflète bien en écrivant : « C’est un autre rapport entre l’islam et le christianisme, très éloigné du choc des civilisations. Il ne s’agit pas d’un film sur le dialogue islamo-chrétien ».
Cette mère de famille très engagée dans la rencontre des cultures, Mehrézia Maiza, est allée voir le film deux fois déjà et compte bien y retourner.
N’empêche que l’assassinat des moines de Tibhirine, ces martyrs modernes, victimes de la barbarie de la guerre, laisse un goût amer aux chrétiens du monde entier. Qu’on le veuille ou non, ce film reflète bien l’histoire d’un dernier épisode de la guerre d’Algérie. La mort n’appartient pas à l’Homme. Qu’on cesse une bonne fois pour toutes de s’entre-tuer pour les idées que l’on défend ! Le film ne montre pas la tuerie… et pourtant.
C’est à juste titre que le jury lui a attribué le Grand Prix du dernier Festival de Cannes. Il succède à… “Une prophète” de Jacques Audiard !
Marc Kichenapanaïdou
Courrier des lecteurs
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Messages
12 octobre 2010, 09:01, par laurence
Quelques précisions en marge de ce magnifique film :
Le réalisateur s’appelle Xavier Beauvois (et non Beauvais) et l’acteur qui joue Christian est Lambert Wilson (et non Christophe Lambert).
Par ailleurs, si tu es libre de ta conclusion, il faut quand même savoir que la guerre civile des années 1990 pendant laquelle les moines ont été assassinés (parmi 20 autres chrétiens) fut une guerre d’abord entre algériens : 150 000 d’entre eux sont morts dont une centaine d’imams. Il ne s’agit donc plus du tout du même contexte que la guerre d’indépendance.