Des sectes… au contenu de la foi

26 septembre 2003

Monseigneur est mécontent, et il le fait savoir. Ce n’est pas la première fois en effet qu’il s’en prend si vertement aux sectes, et singulièrement à l’une d’entre elles établie à Pont-d’Yves dans la commune du Tampon. C’est qu’elles deviennent de plus en plus envahissantes, ces Églises d’un nouveau genre, qui ont trouvé dans notre île une terre d’élection. Jusqu’à se permettre toutes les audaces, comme celles de célébrer publiquement, en s’inspirant du rite de l’Église catholique officielle, des cérémonies, des messes, et même de distribuer ouvertement les sacrements !
Après les remous provoqués ici et là par ses diverses interventions dans les médias, les réactions n’ont guère tardé. En voici une justement, de Stéphane Arien, président de l’association Faire le Jour, « pour la défense des libertés, des droits fondamentaux et de la laïcité », et que publie le courrier des lecteurs. À partir des « trois caractéristiques essentielles », « constitutives », selon lui, de la « secte », à savoir : « une forte pression psychologique proche de la manipulation mentale, l’obligation de donner de l’argent et la difficulté à sortir de l’organisation », M. Arien interpelle directement l’évêque sur le fonctionnement de son église.
Je me garderais, vous pensez bien, d’entrer dans cette polémique ; mais je m’en voudrais de refermer trop vite le débat, alors qu’il touche au cœur même de la foi. Permettez-moi seulement deux remarques.
La première concerne l’éducation religieuse donnée aux enfants. Voici ce qu’affirmait à ce sujet un penseur du siècle précédent, et qui devrait nous faire réfléchir : « Quand on a le malheur d’apprendre la religion dans la première enfance, elle sera idolâtrie toute la vie, soit qu’on la conserve, soit qu’on la repousse. Car l’enfant croit d’abord ce qu’on lui dit, non par force d’esprit mais au contraire par faiblesse : ce qu’il croit l’accable et l’écrase ; sa religion est hors de lui comme une chose, comme une puissance cachée dans les choses, comme un tribunal hors de lui ».
La seconde s’applique à cette mauvaise lecture de la Bible prise au pied de la lettre, qui fait tant de tort depuis des siècles, et qui tourne résolument le dos au précepte pourtant sans appel de l’apôtre Paul : « La lettre tue ; seul l’esprit vivifie ». Alors qu’il s’agit avant tout de savoir interpréter le Grand Livre -c’est l’objet de ce qu’on nomme d’un mot savant : l’herméneutique- conformément au premier Commandement de Dieu dans le Décalogue, tel qu’il est résumé en une formule lapidaire par l’évangéliste Luc : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence, et ton prochain comme toi-même ».

Georges Benne,
La Plaine des Cafres


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