Désinformation par omission

4 mai 2007

Le premier mai, je n’ai presque pas quitté des yeux mon petit écran, non pas seulement pour attendre jusqu’à 22 heures 30 le début du grand meeting parisien de Ségolène Royal, qui devait obligatoirement être transmis en direct par la chaîne LCI après la diffusion deux jours avant de celui de Nicolas Sarkozy, mais surtout pour avoir des images toutes fraîches d’un événement d’une portée infiniment plus considérable à l’échelle du monde. Et ces images tant attendues ne sont jamais venues. Du moins sur cette chaîne et ce jour-là. Dans tous les bulletins d’informations qui ont défilé en boucle sur la chaîne annexe de TF1, pas un seul mot sur ce qui s’est passé à Caracas au Venezuela. Certes, l’œil des caméras était bien tourné en direction de l’Amérique latine, mais uniquement vers Cuba, où l’on cherchait à savoir si Fidel Castro serait présent ou non au traditionnel défilé du 1er mai à la Havane.
Que s’est-il donc passé de si important que l’on a volontairement caché aux téléspectateurs en ce 1er mai, date symbolique entre toutes de la Fête du travail ? Hugo Chavez, Président triomphalement réélu en décembre dernier, avait attendu ce jour-là pour annoncer officiellement que son pays reprenait le contrôle des sites pétroliers de l’Orénoque : ces immenses sites d’exploitation de brut du bassin de l’Orénoque, qui étaient jusque là entre les mains des grandes compagnies étrangères, Conoco-Phillips, Chevron et Exxon Mobil pour les États-Unis, BP pour la Grande Bretagne, Statoil pour la Norvège et Total pour la France. Que le Venezuela se retirait du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque Mondiale, véritables “mécanismes de l’impérialisme” à ses yeux responsables de l’appauvrissement général du pays « Aujourd’hui, nous tirons un trait sur cette époque perverse (...) nous avons enterré cette politique qui n’était rien d’autre qu’une tentative visant à s’emparer des plus importantes et plus précieuses ressources des Vénézuéliens. »
« Nous avons un compte là-bas et ils doivent nous rendre notre argent avant de le détourner définitivement... » Quinze jours après son refus de renégocier les accords antérieurs avec ces deux institutions, il décide de rembourser par anticipation les dettes cinq ans avant leur échéance fixée en 2012 réalisant ainsi une économie sur les intérêts à venir de 8 millions de dollars. De quoi augmenter le salaire minimum et réduire la durée légale du travail car « les travailleurs vénézuéliens méritent le meilleur du meilleur ».
Ainsi, avons-nous été privés des images de ces milliers d’ouvriers rassemblés à Jose pour veiller toute la nuit devant les installations au son de la salsa, comme au grand meeting de Caracas pour fêter autour de leur président, avec leurs chapeaux, casques et drapeaux rouges, de la couleur de la révolution bolivarienne, cet événement anticipateur de la nécessaire transformation de tous les rapports humains dans le sens non pas du capital mais de l’humanité.

Georges Benne


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Témoignages - 82e année


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