Di sak na pou di

Deux tendons d’Achille des sociétés modernes : l’éducation et la santé des citoyens

Frédéric Paulus / 27 janvier 2020

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1) L’éducation : Elle est dépendante en grande partie des parents. Depuis peu la puissance publique reconnaît l’essentialité de leur place et se soucie d’organiser une politique d’accompagnement potentiel des parents par « Les mille premiers jours de la petite enfance ».
Ainsi entendons-nous, ici ou là, évoquer la « neuro-éducation ». Le Professeur au Collège de France Stanislas Dehaene a été reconnu comme premier de cordée dans ce domaine par le Ministère de l’Education Nationale. Le Professeur va-t-il avoir l’audace de réformer le « système » éducatif alors que de grands pédagogues se sont heurtés avant lui à réformer l’Institution ? Nous citerons, Maria Montessory (1870-1952)., Ovide Decroly (1871-1932), Janusz Korczak, (1878-1942 au camp d’extermination de Tréblinka), Célestin Freinet (1896-1966)… Ceux-ci ont toutefois innové dans le champ pédagogique en l’absence des parents, créant des écoles hors des normes de celles qui en gouvernent la plupart, pérennisant ainsi l’isolement et la non implication des parents. En même temps elle propose de façon inégalitaire une offre d’écoles « différentes » générant auprès de certains parents (majoritairement argentés) des comportements de « consommateurs » d’écoles différentes. Le modèle de la grégarisation de la population par tranche d’âge regroupant des enfants en surnombre, touche la plupart des écoles publiques et se pérennise contribuant à générer des inégalités sociales voir « La Reproduction » de Pierre Bourdieu et « L’hypocrisie scolaire » de Marie Duru-Bella notamment.

2) La santé : Si nous devions la définir comme désir de vivre, plaisir d’agir, rapport actif avec l’environnement, sentiment d’exister, créativité, la santé ne serait pas que l’absence de maladie. Ce second tendon d’Achille se diagnostique en considérant les dépenses exponentielles de prise en charge des maladies. Celles-ci furent interprétées selon la croyance en des causes expliquées génétiquement. Elles sont, de nos jours, de plus en plus reliées à des causes multifactorielles épigénétiques, et donc non génétiques, suggérant des causes « environnementales » aux cellules et des organismes mettant en cause le mode de vie. De plus les prismes des outils de diagnostic, du microscope jusqu’au scanner, auront contribué à occulter (dramatiquement !) la sensibilité cellulaire et a fortiori la notion de « conscience cellulaire » que nous devons au grand biologiste Faustino Cordon (1909-1999). Les scientifiques qui ignorent les travaux « cordoniens » localisent dogmatiquement la conscience dans des aires cérébrales visualisables comme autant artefacts d’objectivité.

Le peu de résultats en termes d’amélioration de la qualité de vie semble confirmer ce constat éducatif et sanitaire.

Dans ce diagnostic le mode de vie de la société de consommation qui a valorisé la réussite matérielle aura engendré une fragilité existentielle dès la vie fœtale et jusqu’à la mort, touchant les plus faibles culturellement et économiquement ; au risque de détourner l’être humain d’alternatives qui elles seraient guidées par la science. La science ayant découpé le vivant, elle a de nos jours grand peine à réintégrer les multiples parcelles de connaissance en un tout cohérent. Par exemple, un autre grand scientifique, Antonio Damasio, qui se disait voici trente ans seulement neurologue, se présente de nos jours comme neuroscientifique, psychologue et philosophe, sur la voie de cette convergence des sciences reliant (enfin) les sciences humaines aux sciences de la vie.

Damasio est, quant à nous, notre premier de cordée, un révolutionnaire, si nous devions populariser sa démarche en la connectant aux nouvelles données de l’épigénétique. Il prend ainsi le relais du Professeur Henri Laborit (1914-1995), un « mal aimé » de la médecine hospitalière parisienne.

Frédéric Paulus, Directeur scientifique du CEVOI
Centre d’Etudes du Vivant de l’Océan Indien