“Dieu est Dieu, nom de Dieu”

3 octobre 2006

Nous sommes nombreux à professer "des relations avec Dieu...". D’où nous vient cette aptitude ? Nous la tenons de cette succession de femmes et d’hommes qui, en traversant les âges, nous ont légué leurs expériences épurées qui nous sont arrivées dans les Écritures. Elles ont pour nom : Torah ou Mahabharata pour les uns, Bible ou Coran pour les autres. Toutes ces pages nous narrent les nôtres, dans leurs relations avec cette transcendatalité. Dans ces relations se nouait notre croissance en humanité, se creusait notre besoin de justice, s’exprimait notre soif de vérité. Ainsi, dire Dieu, c’est réciter des histoires d’hommes pour dépasser toutes ces petitesses d’hommes, et l’ouvrir sur une humanité toujours en devenir, toujours en projet, toujours en tension. Et pour moi qui suis chrétien, je le résumerais en : "Pour que l’autre soit pour moi un frère qui incombe que j’en sois le gardien...". Dieu est ce génie de l’Homme qui appelle à ce que chacun de nous aménage notre monde pour que notre quotidien et celui des nôtres soient tolérables, et nous conduise à apprécier ces petits moments de bonheur qui ne doivent pas être égoïstes mais partagés.
Cette affirmation, je la puise dans la Bible, Bibliothèque des témoignages de mes pères dans la foi. La Bible doit être visitée comme telle. Ainsi, l’amateur de biographies ou de récits historiques ira combler sa curiosité avec les livres de tel ou tel prophète ou dans le récit de l’Exode. Alors que le poète prendra du temps et se délectera avec un Psaume, le théologien, lui, fréquentera plus familièrement ce grand livre de réflexion qu’est la Genèse. Le féru de droits musera dans le Lévitique ou le Deutéronome. Dans cette bibliothèque, chacun a de quoi pour s’occuper. Le familier que je suis de ces Écritures m’a donné cette certitude, et les témoignages de nos pères mettent ceci en lumière : ces milliers d’années, nos pères nous ont donnés un visage de Dieu qui, à l’origine, est un Dieu tout puissant avec sa cohorte de soldats qui guerroient, et, progressivement, cette image deviendra le visage d’un Père, et Isaïe, dans ses derniers chapitres, nous le dépeindra comme ressemblant à une mère qui prend son petit sur ses genoux, et, avec Jésus, notre Dieu devient le Frère. Il est à reconnaître dans tous ces efforts que nous faisons pour combattre toutes les injustices qui abîment l’Homme. C’est parce que celui qui a faim est restauré, que celui qui est nu est habillé, que celui qui est en prison est visité que Dieu se donne à voir dans notre aujourd’hui. Ce sont tous ces gestes qui nous permettent de le rencontrer. Au nom de Dieu, c’est sacrilège que de tuer. Dans toutes les religions, connaître Dieu, c’est prendre parti pour la vie, et la vie des hommes en particulier. Qu’as-tu fait de ton frère, a demandé Dieu à Caïn ? Après le 11 septembre 2001, la réalité dans toute son horreur ; des terroristes ont tué en se faisant kamikazes pour défendre l’honneur de Dieu. "Dieu est Dieu, nom de Dieu...". Cette réplique de Maurice Clavel, lors d’une émission de Bernard Pivot dans les années 1975, est aujourd’hui plus que d’actualité. Qui sont-ils ceux-là, et quelle fatuité font-ils preuve que de vouloir défendre l’honneur de Dieu ? Au nom de quelle légitimité Dieu ne se suffirait-il pas à lui-même, qu’il ait besoin de l’homme pour défendre son intégrité ?
Une question demeure pour moi, notre monde n’est pas aussi bon que l’on voudrait nous le faire croire pour qu’il produise des hommes capables d’un “jusqu’auboutisme” de la sorte. Pourquoi ? Que devons-nous faire ensemble pour y remédier ?

Alex Maillot


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