“Discret projet PS pour l’Outre-mer”

16 mai 2006

Depuis le début de cette année, le PS national a mis en place une convention chargée, dans la perspective de son projet pour 2007, d’organiser plusieurs États généraux thématiques. Le 29 avril était examiné en Guadeloupe le projet socialiste pour l’Outre-mer. La rencontre était animée par François Hollande et Dominique Strauss-Kahn. Elle a adopté 88 propositions pour "des outre-mers plus forts dans une République fière de sa diversité".
Malheureusement, peu de détails sur le contenu de ces propositions sont parvenus jusqu’à La Réunion.
Le site officiel du PS national qui rend régulièrement compte de l’avancement des préparatifs du projet est resté peu prolixe sur la rencontre du 29 avril dernier.
Il reproduit une courte dépêche d’agence qui indique que les débats ont été "centrés sur l’obtention de "l’égalité réelle" entre les DOM-TOM et la métropole".

Le projet socialiste propose, si la gauche l’emporte en 2007, la transformation du ministère de l’Outre-mer en un ministère d’État "pour lui permettre d’intervenir dans tous les domaines de l’action gouvernementale".
Invité par RFO-Guadeloupe, François Hollande a précisé : "Nous avons fait l’égalité formelle, c’était déjà très important dans la République, mais l’égalité réelle n’est pas au rendez-vous et depuis 4 ans, les crédits pour l’Outre-mer sont en régression constante". Le Premier secrétaire du PS a proposé que des mesures fiscales dérogatoires outre-mer soient gardées mais en étant "liées à l’emploi". Il a estimé que l’Outre-mer pouvait mettre en œuvre des taux dérogatoires de WA sur un certain nombre d’activités (tourisme, l’hôtellerie et la restauration).

Selon d’autres sources d’information, dans son projet, le PS resterait prudent sur la question du débat institutionnel. Selon des extraits cités par le journal “France-Antilles", le projet discuté par la Fédération de Guadeloupe indique : "la politique en faveur des Outre-mer a trop longtemps été réduite au débat institutionnel. Le Parti socialiste considère certes qu’il convient de rester à l’écoute des demandes de modernisation institutionnelle qui pourraient émaner des élus d’Outre-mer, notamment dans les DOM (...) L’épanouissement économique, social et culturel des sociétés d’Outre-mer constitue la priorité car les Outre-mer sont des territoires qui souffrent d’un retard de développement et de handicaps structurels que seule une action volontariste et une politique assumée de discrimination positive territoriale sont en mesure de traiter".
Le recours au terme de "discrimination positive" va dans le même sens que la position de la fédération de La Réunion qui, elle, privilégie la mise en application du principe de la préférence régionale comme l’a affirmé Gilbert Annette. Au nom de la discrimination positive, le PS serait prêt à nommer un ultramarin à la tête du ministère de l’Outre-mer, s’il revenait au pouvoir en 2007. Pourtant, sur RFO-Guadeloupe, François Hollande a contesté, en référence à son utilisation par Nicolas Sarkozy, la notion de "discrimination positive". "Je récuse cette formule de discrimination positive, qui utilise un mot que nous voulons repousser, et je préfère parler d’égalité réelle", a-t-il déclaré. Comprenne qui pourra.

Quant au débat sur l’évolution institutionnelle, force est de remarquer qu’il est remis sur le tapis à la Martinique et en Guyane.
Emmenés par Claude Lise, sénateur et président du Conseil général, des responsables du PPM - le parti d’Aimé Césaire - ont créé, le 26 mars, une nouvelle formation politique, le Rassemblement démocratique qui revendique "un statut d’autonomie dans le cadre de la République française et de l’Union européenne".
De son côté, le Parti socialiste guyanais qui n’a rien à voir avec le PS et qui dirige le Conseil régional, le Conseil général et la mairie de Cayenne tenait congrès les 1er et 2 avril. Il a réaffirmé sa demande d’un statut spécial.

En articulant son projet autour du thème de "égalité réelle", le PS confirme l’actualité d’une revendication outre-mer mais plus spécifiquement dans les DOM, reste d’actualité 60 ans après le vote de la loi du 19 mars 46. En posant l’exigence d’une "discrimination positive territoriale" le parti de Français Hollande revendique peut-être ce que certains désignent sous l’expression "d’égalité collective", en demandant, au-delà d’une égalité sociale individuelle à achever, une égalité entre toutes les collectivités de la République, l’Outre-mer en tête, et les moyens pour y arriver.

Sinon, tout ce qui ressort du projet socialiste ne mange pas de pain et ressemble fort à des pétitions de principe. C’est sans doute pourquoi la fédération locale préfère discuter de candidatures aux législatives plutôt que de projet pour la présidentielle. Elle laisse sans doute les instances parisiennes du parti y travailler. Pourtant, l’élection du président de la République, pierre de voûte du système politique français a lieu avant la désignation des députés !

Marie Savrimoutou
Saint-Leu


Signaler un contenu

Un message, un commentaire ?


Témoignages - 82e année


+ Lus