Di sak na pou di

Disney world

Courrier des lecteurs de Témoignages / 20 juillet 2017

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J’ai vu se construire Marne la Vallée et Disney. Apprenti en Psychiatrie à l’hôpital de Coulommiers puis à Maison Blanche pendant quatre ans ; l’autoroute de l’Est et ses embouteillages m’étaient familière. Ce n’est qu’après mon installation à La Réunion et plus récemment que j’ai découvert l’univers d’Eurodisney. C’est une direction préférée des familles réunionnaises, qui quelquefois préfèrent un séjour à Disney plutôt qu’à Paris.

Certes l’intellectuel ne peut que s’horrifier de cet univers industriel de masse, de vulgarité, de foule animée de mouvements browniens - capable d’attendre des heures pour un spectacle de dix minutes ; d’un univers à l’inculture patente et économiquement une industrie culturelle la recherche du profit éhonté. (97 euros le ticket d’entrée adulte)

Ceci étant posé, on peut aussi jeter un autre regard : Nous vivons un Age de barbarie et de fanatisme, de guerres de religion, de stigmatisations et de crimes génocidaires : voilà devant nous un univers voué à l’enfance et dont les symboles démultipliés sont les poussettes et les fauteuils handicapés. Voilà un rassemblement de tous les peuples, de toutes les langues, de toutes les races et de toutes les cultures ou se rencontrent les tatoués et les femmes voilées, les gros et les moches, les belles et les tordus. Un monde qui communie au jeu et à l’esprit d’enfance… Bienheureux, les pauvres en Esprit... Bienheureux les petits… car le royaume est à eux…

Cette pâte humaine, cette Chair qui fait lien au sens de la théologie chrétienne est la nôtre et nous la retrouvons au-delà des apparences trompeuses dans son essentialité.

Donald Winnicot le grand psychanalyste britannique fut avec Melanie Klein dans les années 50, le fondateur de la psychanalyse de l’enfant. Ils ont l’un et l’autre mis en exergue la valeur du jeu et des objets et espaces transitionnels comme fondateurs de l’évolution psychique de l’enfant entre sa relation originelle (maternelle) et son environnement. L’espace transitionnel est le lieu de la créativité et de l’identité symbolique.

Eurodisney ne serait-il pas en quelque sorte un immense espace transitionnel ? Un lieu thérapeutique, où se régénèrent familles adultes et enfants.

Plus loin ne pouvons pas rêver sur un mode transhumaniste d’une planète devenue Disneyworld, régie par le jeu et l’esprit d’enfance. Un univers ou les progrès technologiques permettraient aux groupes humains de vivre selon leurs besoins de gérer leur santé et leur éducation et où les jeux remplaceraient les institutions ? De la finance et de la guerre en particulier ? Herman Hesse dans son dernier roman Le jeu des perles de verre avait imaginé une telle utopie.

Cependant peut-on mettre bout à bout, le message des psychanalystes des années 50 et ceux de la théorie des jeux qui fut un modèle de l’informatique. Des savoirs et des pratiques qui ont créé les jeux audiovisuels ? Des jeux de hasard et d’argent institués, PMU, Française des jeux et loteries de tous ordres ? Des sports et des jeux olympiques ? C’est là une source de réflexion en profondeur et à poursuivre…

Pour revenir à l’utopie d’un disney world, les îles et La Réunion en particulier pourraient donner le corps à une telle utopie : une île devenue un grand espace de loisir et d’attraction ou l’enfant serait roi : cet univers est déjà là devant nous, à chacun de trouver son objet et son espace transitionnel…

Jean-François Reverzy