Di sak na pou di

Disparition de Victor, renaissance psychique de Hugo

Frédéric Paulus / 24 octobre 2016

Disparition de Victor, renaissance psychique de Hugo

Victor est connu comme « l’enfant sauvage de l’Aveyron » recueillit par des villageois et confié à Jean Itard (1774 - 1838) médecin spécialiste de la surdité et de l’éducation spécialisée. Alors que les travaux sur le développement des fonctions linguistiques et cognitives tenaient une place importante à la fois dans les esprits et dans les pratiques, la démarche de ce thérapeute adopta le pari de la rééducation. Elle se heurte à ce qui est considéré de nos jours comme une évidence : des fonctions (biologiques) qui n’auront pas été développées durant les premières années de la vie sont (seraient !) irrémédiablement perdues. De nos jours cet exemple devrait conduire à de nouvelles considérations en testant l’hypothèse d’une non acceptation de la singularité de Victor. L’attitude d’Iard se sera concentrée (pour ne pas dire obstinée) à lui transmettre des rudiments de langage en « amputant » Victor de ses racines bio-culturelles spécifiées dans son biotope forestier où il réussit une certaine adaptation. Ce qui est nommé de nos jours par le terme « d’habitus ». On verra plus bas que l’exemple d’Hugo devrait relancer cette hypothèse. La « thérapeute » d’Hugo fut sa mère qui adopta empiriquement la prodigieuse démarche empathique de rentrer dans l’univers psychique de son fils tout en faisant preuve d’un engagement difficilement qualifiable d’humanité.

Fédéric Lopez présente dans son émission « Mille et une vie » Hugo Horiot, auteur d’un livre écrit en quinze jours : « L’empereur, c’est moi ». (2015), et récemment (2016) un autre ouvrage : « Carnet d’un imposteur, Tromper les autres pour qu’ils ne vous tuent pas, Ainsi va ma vie. » Jusqu’à 6 ans Hugo ne parlait pas. Dans les années 80, il fut étiqueté d’ « autiste Asperger ». Sa mère, Françoise, n’acceptant pas le discours médico-psychiatrique de l’époque, grandement influencé par les travaux du très remarquable et pourtant très humain Bruno Bettelheim avec son ouvrage « la forteresse vide », s’est engagée « corps et âme », poussée par un instinct de vie d’une force incroyable, à tenter de sortir son fils de son autisme. Elle dit : « Je suis entrée dans son monde au lieu de lui demander d’entrer dans le nôtre ».

Actuellement l’itinéraire d’Hugo et son ouvrage devraient interpeller fondamentalement le monde psychiatrique. On croit revivre l’époque où quelques psychiatres, anglais ou italiens, qui furent catalogués d’antipsychiatres, tentèrent de changer nos regards sur la folie ou sur la normalité. On peut espérer que les scientifiques en laboratoire ne seront pas insensibles au témoignage d’Hugo. Le psychiatre Henri Grivois a déjà semé quelques graines sur ce terrain complexe ou la folie semble être en partie conditionnée par le regard de ceux qui se disent « normaux » et qui veulent contraindre les singularités.

Frédéric Paulus