Drames de la mer

2 août 2007

Personne n’est insensible au drame de ces deux jeunes jetskieurs et à la douleur de leurs proches. Cependant, chacun doit savoir que la mer ne se dompte pas, mais qu’il faut composer avec elle. Cela suppose un apprentissage, et des connaissances élémentaires sur les plaisirs et les dangers qu’aucun engin flottant ne peut affronter sans risques. Le principe de précaution est toujours de rigueur quand la soif de sensations fortes vous envahit et vous attire dans cet océan où tant de marins, tant de capitaines, tant de bateaux ont sombré corps et biens, emportant avec eux leurs secrets. Les Tabarly, Colas, grands initiés, et bien d’autres, ont payé de leur vie cette passion des sports marins, de la compétition, en voulant braver ces forces halieutiques. La modestie est de règle face aux éléments de la Nature, et personne ne doit se satisfaire de ces pulsions toutes subjectives à des plaisirs non maîtrisés. Face à cela, les règles de sécurité maritime sont bien définies dans une littérature pour le moins rébarbative, mais combien nécessaire, à la préservation de vies dans une des mers les plus dangereuses du globe. Ne pas s’y conformer relève de l’inconscience.
Même si notre île a toujours eu le dos tourné à la mer, il est urgent de prendre des mesures éducatives « pour mieux faire connaître les plaisirs et les dangers de la mer », phrase inscrite dans l’Article premier de l’Association des Amis de la Mer créée il y a 30 ans.
Il ne me paraît pas osé, après avoir dit, de soumettre à la réflexion des lecteurs ce poème de Baudelaire :

« Homme libre, toujours tu chériras la mer !
La mer est ton miroir ; tu contemples ton âme
Dans le déroulement infini de sa lame,
Et ton esprit n’est pas un gouffre moins amer.
Tu te plais à plonger au sein de ton image ;
Tu l’embrasses des yeux et des bras, et ton cœur
Se distrait quelquefois de sa propre rumeur
Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage.
Vous êtes tous les deux ténébreux et discrets :
Homme, nul n’a sondé le fond de tes abîmes,
O mer, nul ne connaît tes richesses intimes,
Tant vous êtes jaloux de garder vos secrets !
Et cependant voilà des siècles innombrables
Que vous vous combattez sans pitié ni remord,
Tellement vous aimez le carnage et la mort,
O lutteurs éternels, O frères implacables ! »

Claude Télégone


Signaler un contenu

Un message, un commentaire ?


Témoignages - 82e année


+ Lus