Du Café Pointu au développement du pays

12 mai 2007

Le Café Pointu est un atout majeur pour le développement du pays, notamment pour la plus-value qu’il peut apporter dans le cadre touristique. Hélas, certains techniciens ont opté en d’autres directions. Ainsi, un café pour lequel “les spécialistes” nous annonçaient des prix extravagants pour l’exportation, les prix sont tombés à 12 euros, plaçant notre “Pointu” à l’échelle d’un café ordinaire, révélant une perte à la production (payée par les subventions).
Or, notre marché interne a besoin de ce café pour la dégustation qui pourrait être artisanalement rentable, ne serait-ce que grâce aux devises de nos touristes et pour lesquels la plus-value serait bien plus grande, tant pour l’économie locale que pour la destination Réunion.
Le dossier du Café Pointu sera bientôt transféré au Département, et il est fort probable que les quelques planteurs lésés issus d’une filière qui ne se sera pas autonomisée risquent de faire alors le siège de la collectivité, car cette production n’est économiquement pas viable (un SMIC pour une exploitation de 3 hectares, c’est bien maigre) et ce, dans la mesure où elle ne s’est pas constituée sur une chartre de qualité comme le suggérait fort justement l’APN. Si les intuitions du Président de la Région sont parfois bonnes (aujourd’hui, bon nombre de politiques commencent seulement à évoquer les dégâts du réchauffement de la planète), la promotion du Café Pointu est pour sa part, bien entendu, une action favorable pour l’île, mais la précipitation au résultat et à sa médiatisation prématurée a engendré hélas erreur sur erreur, faisant entrer cette filière dirigée par les techniciens dans une impasse à venir inéluctable à l’image du thé ou du tabac qui furent des échecs, alors que la réussite était possible (et est toujours possible pour notre Café Pointu).
Quant à qualifier les plants de “Pointu” de « nanisme » par ces mêmes spécialistes comme échappatoire est là aussi de l’ordre de la plus grande fantaisie, car nous savons bien que dans certaines régions de l’île, si la végétation a des tendances “bonzaï”, notamment sur les hauteurs, cela vient tout simplement du fait que le terreau dans les veines des anciennes laves volcaniques ne s’est pas constitué comme il se fallait... Dans les endroits où le terreau existe, même en altitude, les plantes s’épanouissent comme des bons Mokas (bien que les cafés pointus soient indigènes et endémiques) et ils furent dès l’origine, voilà 3 siècles, dénommés Laurina, cette différence procurant un goût typé recherché, sans hybridation d’un café qui pourrait justement faire notre véritable renommée.
Ce Laurina endémique à la bonne altitude produit le “Ti Canot”, pointu à ses deux extrémités. Sur le littoral, il est plus rabougri, produisant du Ti Grain ou du Ti Bœuf. Quant au Bourbon Pointu proposé par le CIRAD, il s’agit d’un plan hybride qui est un mélange de Moka et de Pointu, il produit un café au goût agréable, mais qui n’a pas la qualité soit du Bourbon Rond (du Moka la cour de La Réunion) qui a de l’amertume et nous rappelle le Bourbon Rouge du Guatemala considéré par Malango comme le meilleur du monde, soit de notre Ti Canot si caractéristique (en seconde position) qui fut aussi expertisé par Malango grâce à notre ami Marc Rivière.
L’exportation d’un café hybride de toute la production locale sur le Japon, avec l’effet d’annonce qui s’en suit, porte en lui le syndrome de l’échec, car c’est dans le pays et à La Réunion que le Bourbon Rond et le Pointu de Bourbon, qui sont deux variétés différentes et succulentes, doivent être, avant tout, consommés. S’il se dégage un surplus de production (ce qui est peu probable), il pourrait alors être exporté.
Aujourd’hui, la subvention à la production du café hybride de la CIRAD, par mode exotique, sert aux revendeurs japonais qui vendraient 50 euros les 100 grammes, cela leur faisant une marge d’environ 5.000%. En clair, la subvention européenne via La Région enrichit ces revendeurs avec la sueur de nos planteurs subventionnés, mais lorsque la subvention s’arrêtera, que feront-ils du café hybride planté et non rentable ? Le rêve est donc japonais, certainement pas Réunionnais, et pas pour très longtemps, car la qualité est la clef de la réussite dans la longue durée. Or, La Réunion est une terre où le café est goûteux.
Avant d’envisager d’arracher notre bon géranium qui est lui aussi un des meilleurs au monde, il faudrait envisager une production de caféiers, soit du Moka devenu indigène depuis le 18ème siècle, soit notre Pointu endémique, à échelle familiale ou artisanale dans laquelle le surplus serait collecté dans des coopératives de producteurs puis revendu sous forme labellisée dans le circuit touristique (hôtel, café) et plus tard, localement en grande surface, d’où la nécessité d’une chartre qualité.
La vieille tradition créole du bon café longtemps serait ainsi pérennisée et même... magnifiée...
Oui, le Pointu de Bourbon (Laurina) et le Bourbon Rond (Moka), qui ne sont pas le “Bourbon Pointu” du CIRAD, doivent être accompagnés non pas vers le précipice, mais sur le chemin de la réussite... qui prendra bien une génération, une à deux décennies de longue préparation...
Quant au débat, il reste ouvert.

Christian Vittori


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