Du Saint prépuce de Jésus... à la sainte mâchoire de Saint André

25 novembre 2006

Après la statue de la Vierge à l’imitation de celle de Lourdes qui, le 27 mai 1940 à Saint-Pierre, se met à bouger la tête et à tendre les bras à une vieille dame en train de prier ; après la statuette, réplique de la Vierge de Manduria en Italie qui, à quelque 60 années de distance, dans la bonne ville du Port, se met à suinter de l’huile d’olive, « vierge » comme de bien entendu, et vendue à « 50 francs la fiole » ; après la “Madone de la Révélation” qui réserve ses “messages’” à un jeune “illuminé“ de Savannah, quand donc en finira-t-on avec toutes ces mascarades autour des apparitions mariales ? Et avec tous ces trafics éhontés autour des reliques, dont celles du Saint prépuce de l’Enfant Jésus qui ont refleuri dès le Moyen âge ; en passant par les restes de Sainte Thérèse de Lisieux débarqués chez nous un beau jour du mois de janvier 2003 et promenés en grande pompe dans toute l’île... jusqu’au « petit bout d’os de la mâchoire » de Saint André qui arrive aujourd’hui, miraculeusement conservé pendant plus de 2.000 ans et transporté dans les airs comme la Tortue entre les deux canards de la fable de La Fontaine, mais à beaucoup plus grands frais évidemment parce que plus confortablement à l’abri à l’intérieur d’un imposant reliquaire « sculpté dans du bronze et de l’argent » !

À La Réunion, « terre de croyances », pour reprendre le titre d’un dossier du “Journal de l’île”, mais en réalité terre de crédulité, terre de superstitions où, comme l’écrit fort justement le Père Jean Cardonnel, « s’étale la religion infantilisante de l’île toujours restée Bourbon dans ses profondeurs coloniales, raccourci d’une Eglise aux racines esclavagistes... », terre de prédilection enfin des voyantes et des voyants de tous bords, des marabouts de toutes espèces comme ceux dénoncés ces jours-ci dans la presse pour avoir abusé de leurs victimes, ne sommes-nous pas en droit de nous demander ce qui a bien pu pousser les organisateurs d’une telle opération ?

S’ouvre alors la grande question qui ne devrait échapper à personne : sommes-nous le peuple de l’Universelle Résurrection ou les conservateurs de la multinationale des saintes reliques ?

Georges Benne


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Témoignages - 82e année


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