Di sak na pou di

Ebauche hypothétique du processus sous-jacent à l’apparition des cancers

Otto Warburg et Wilhelm Reich deux oubliés de la recherche en cancérologie

Frédéric Paulus / 4 avril 2018

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Au-delà de la présentation de ce processus, ce courrier poursuit trois buts : 1) Interpeller des chercheurs, à la Réunion comme dans l’hexagone, afin d’examiner les fondements scientifiques de l’ébauche du processus imaginé et argumenté ci-dessous. Nous dressons les contours d’une nouvelle voie de recherche autour de cette maladie. 2) Informer le grand public, avec le concours des médecins généralistes, pour sortir cette maladie de l’impasse génétique afin d’examiner avec les personnes touchées par le cancer une dimension émotionnelle qui aura été sous-évaluée tout en étant liée à l’histoire de la personne. 3) Attirer l’attention sur les guérisons « miraculeuses », expression d’un professeur de cancérologie de l’Institut Gustave Roussy à Villejuif. Ce dernier sujet sera évoqué en fin de courrier.

Nous rappelons que si nous ne sommes pas spécialisés en oncologie, notre initiative est cependant alimentée de lectures inter et transdisciplinaires sur ce sujet. Nous sollicitons en plus d’expertises locales, parallèlement à notre action réunionnaise, des expertises hors de l’île en espérant un débat contradictoire et fructueux.

Un récent ouvrage, (2012), « Un nouveau regard sur le cancer » de Jean-Pascal Capp, docteur en cancérologie et chercheur à l’Institut national des sciences appliquées (Insa) de Toulouse, très documenté et semble-t-il apprécié dans les milieux de cancérologie, évoque l’impasse où se trouverait la recherche sur le cancer. « Comment sortir de la spirale de l’échec dans la lutte contre le cancer ? » demande-t-il.

Nous avançons l’hypothèse que le cancer pourrait être perçu sous l’angle d’une « régression » au stade près-symbiotique pré-eucaryote déclenché par un instinct primitif de vie animant les cellules qui chercheraient à se désolidariser de l’organisme ; rencontrant des conditions au sein du milieu intérieur contraires à leur équilibre biologique (homéostasique). Celui-ci ne leur fournirait pas les conditions de leur vie de cellules eucaryotes liées à la solidarité intra et intercellulaire. Jean-Pascal Capp suggère de s’approcher du niveau le plus proche de ces cellules pour en comprendre la logique tout en intégrant une vision darwinienne selon Jean-Jacques Kupiec, chercheur en neurosciences et embryologiste au Centre Cavaillès de l’Ecole normale supérieure de Paris, dont nous partageons la suggestion. La biologie moléculaire se doit d’être également évolutionniste.

Nous savons qu’un ensemble de cellules cancéreuses extraites d’un organisme se maintiennent en vie (en boite de culture assurant leur alimentation) jusqu’à devenir immortelles si elles sont régulièrement alimentées. Darwin lui-même en serait-il étonné ? C’est cet aspect d’immortalité troublant qui nous fait penser à la réactivité d’un instinct de vie telle une bactérie qui cherche à vivre et à se reproduire quelles que soient les conditions extérieures. L’interprétation qui vient à l’esprit est que ces cellules « cancéreuses » chercheraient à fuir l’organisme, déterminées par leur « logique génétique (?) » de cellules « égoïstes » en se désolidarisant de l’organisme hôte abandonnant leur destin altruiste (solidaire) en une sorte de revirement énantiodromique. Ne pouvant réellement quitter l’organisme, elles l’entrainent à sa perte.

Cette déduction nous amène à suggérer deux approches :

1) L’une consisterait à explorer l’environnement cellulaire proche de ces cellules pour comprendre leur réactivité. Du ressort des spécialistes en biologie moléculaire, extrêmement complexe, elle pourrait amener à s’interroger sur les conditions optimales de l’homéostasie, si elles sont satisfaites. Cette dimension soulève de nombreuses questions sur l’alimentation, sa qualité ou sa pollution, le mode de vie, les facteurs de stress, la présence de facteurs de risques cancérigènes, etc. Nous nous référons aux travaux du Dr Laurent Schwartz (rencontré à la Salpêtrière qui nous a fait connaître Otto Warburg) et qui illustre et argumente la description de l’environnement délétère autour de la cellule pour soigner son métabolisme, par exemple, en mettant en évidence « l’asphyxie des mitochondries ». Selon lui, « Pour survire, la cellule cancéreuse n’a pas d’autre choix que d’ouvrir grand les pores pour capter du sucre. C’est aussi ce qu’observe l’oncologue au PET-scan lorsqu’il injecte du glucose « marqué » à son patient. Comme la cellule synthétise à partir du glucose pour créer un peu d’énergie et survivre, elle grossit et finit par se diviser comme je l’ai déjà expliqué. Mais on sait que la cellule ne peut brûler, ce qui accroît la pression confiné de l’organe. Sous la pression, le cancer devient dur. La cellule tumorale ainsi comprimée va être poussée à s’échapper de l’épithélium qui l’a vu naître. Comme un animal acculé dans un espace exigu, elle n’a d’autre issue que celle de la fuite », p. 82, in « Cancer, un traitement simple et non toxique », p. 82, Ed Thierry Souccar, (2016). Rappelons qu’Otto Warburg (1883-1970) et Wilhelm Reich (1897-1957) sont les deux grands oubliés de la recherche en oncologie « traditionnelle ».

2) L’autre, parallèlement, sous l’angle psychologique, étudierait si la personne touchée par la « dissidence » de ces cellules présente un niveau de santé qui pourrait nous renseigner sur son état de bien-être ou de mal-être avant cette réaction cancéreuse. Et cela avec sa participation active et désirée car elle serait informée de l’importance d’une telle approche. C’est une démarche interdisciplinaire inhabituelle puisque le cancer est généralement considéré comme une maladie médicale qu’il faut « combattre » sans se poser la question de savoir pourquoi telle ou telle personne présente une symptomatologie cancéreuse et ce par le détour d’une investigation qui ne dissocie pas « l’objectif » du « subjectif ». Un être humain est trop complexe pour une telle dichotomie, nous semble-t-il, et sous prétexte de subjectivité, on laisserait de côté cette dimension. Nous nous posons d’ailleurs la question de l’opportunité de nommer le cancer par ce terme puisque nous pensons voir une réactivité de vie initialement.

Il s’agirait donc de s’interroger sur les caractéristiques existentielles des personnes touchées par le cancer. Notre démarche clinique rappelle le formidable sens clinique du psychiatre Wilhelm Reich, fuyant l’Allemagne nazie, qui aura été victime d’un faisceau d’opinions jugeantes aux USA, pays de la liberté. Il nous laisse un ouvrage « Biopathie du cancer » écrit en 1948, Payot, 1975, pratiquement ignoré de la cancérologie moderne dont nous tenons compte. Selon nos analyses le livre de Jean-Pascal Capp, qui ne site pas Reich, devrait faire naître de nouvelles perceptions qui pourraient nous conduire à nous intéresser individuellement aux personnes touchées, et collectivement par l’intermédiaire de groupes de parole, pour inciter les personnes à ne pas se replier sur elles-mêmes, en intégrant une approche médicale et environnementale complémentaire.

Libérée de l’hypothèse génétique, si l’on retient l’enseignement du livre de Jean-Pascal Capp, la dimension épigénétique devrait être explorée parallèlement aux soins médicaux. La double approche chimique, médicale d’un côté et de l’autre, environnementale qui tient compte de l’histoire de la personne, sa mémoire et son vécu émotionnel devraient faire partie intégrante du processus de soin.

L’auteur qui nous guide dans l’étayage de nos hypothèses « au plus près des cellules » est le biochimiste belge Christian de Duve qui présente un pré-requis informatif précieux dans son ouvrage « Poussière de vie », (1995). Nous imaginerons et suggérerons ensuite comment l’évolution d’une bactérie - en se transformant en cellule procaryote et eucaryote après avoir intégré des organites suivant une période d’au moins 1,5 milliard d’années - peut au sein de cette cellule devenue eucaryote avec un noyau et une membrane, se transformer et devenir entropique-cancéreuse. Selon notre hypothèse, dans ce scénario l’idée de se désolidariser nous semble plausible car les organites qui constituent la cellule que nous connaissons de nos jours ont été sélectionnés par l’évolution et la solidarité des différents composants cellulaires auront été progressivement phagocytés puis intégrés comme des invités qui « s’incrustent » dans la cellule. L’expression est de Christian de Duve. Cette intégration-incrustation aura permis une plus grande adaptabilité et sélection cellulaires. La solidarité et la division des tâches (des fonctions) des composants (ou organites intra-cellulaires) auront donc été sélectionnées en fonction de conditions qui assurent leur vie. A contrario, lorsque ces conditions s’avèrent non satisfaisantes sur le plan vital, la logique de l’ensemble de ces composants peut rechercher un fonctionnement différent, considéré comme anarchique par rapport à la configuration initiale. Le comportement solidaire des composants serait vécu comme un carcan. Dès lors la solidarité est compromise et un ensemble de cellules « dissidentes » chercheraient une autre logique de fonctionnement, toujours guidé par la survie. En termes biologiques les caractéristiques endosymbiontes des composants cellulaires perdent leurs fonctions complémentaires au profit d’un comportement similaire à « chacun pour soi ». L’organisme bascule dans la maladie.

En fonction de cette ébauche descriptive du processus sous-jacent à l’émergence d’une réactivité cancéreuse, un nouveau regard pourrait (devrait) se porter individuellement sur le malade dans sa singularité et rechercher les domaines psychologiques et comportementaux qui préexistent comme pouvant mobiliser les forces et l’instinct de vie toujours disponible ; qui auraient une incidence sur le tissu au plus près des cellules « dissidentes ». Les cellules souches multipotentes peuvent-elles spontanément régénérer des tissus endommagés si l’environnement devient « sollicitant » naturellement ? Dans cette optique, ceci nous amène à évoquer, trop succinctement, à regret, l’énigme des guérisons « miraculeuses ». La personne considérée comme guérie peut avoir la foi, et lui attribuer sa guérison. Cette perception est évidemment à respecter, mais sur le plan de la connaissance elle ne devrait pas exclure une investigation fondamentale qui chercherait ce que la maladie et les traitements vécus auront pu modifier et sur le plan existentiel et sur le plan de l’homéostasie.

Le professeur Gilles Favre, professeur de biologie fondamentale et clinique à l’université Paul Sabatier de Toulouse et praticien hospitalier au Centre de lutte contre le cancer de l’Institut Claudius-Regaud, dans une postface à l’ouvrage de Monsieur Capp écrit : « Il est temps d’envisager de nouveaux concepts, de nouvelles voies thérapeutiques… Nous sommes invités à revisiter d’anciennes observations ou théories qui placent l’environnement tissulaire au cœur de la genèse des cancers », p. 234. Nous suggérons, quant à nous, la double approche « tissulaire » avec un autre regard évolutionniste et émotionnel en intégrant la subjectivité de la personne touchée par le cancer, la considérant comme actrice de son traitement. Nous spéculons que cette approche émotionnelle (si elle est désirée) pourrait exercer un « effet de levier » de régénération des tissus par les cellules souches pluripotentes. Cette approche qualifiée d’ « émotionnelle » ne pouvant s’envisager qu’en complémentarité d’approche(s) décidée(s) par des spécialistes en cancérologie qui se sentent compétents au niveau du soin médical.

Ce courrier est un appel à la responsabilisation individuelle et collective des responsables qui gravitent autour de la question que nous pose le cancer, laquelle devrait mobiliser de nouvelles rencontres et de nouvelles initiatives.

Frédéric Paulus
CEVOI, (Centre d’Etudes du Vivant de l’Océan Indien)